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Commerce international Un accord à l’OMC, meilleur moyen d’éviter une « explosion du protectionnisme »

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« Alors que les pressions protectionnistes s’intensifient, les mesures (prises par les pays tiers) jusqu’à maintenant ne s’apparentent pas encore à un déluge », mais « il y a de bonnes raisons de rester vigilants », estiment les services de la Commission européenne dans un document remis aux experts des Vingt-sept et recensant les mesures prévues ou mises en œuvre par les principaux partenaires de l’UE pour faire face à la crise économique. « La conclusion des négociations de l’OMC est le moyen le plus efficace de protéger nos intérêts commerciaux et le système multilatéral contre la menace d’une explosion du protectionnisme », ajoute Bruxelles, qui a l’intention de « continuer à pousser » pour un compromis à Genève sur les modalités du cycle de Doha.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept ont considéré eux aussi, à l’issue d’une réunion informelle consacrée à la crise financière et économique, le 1 er mars à Bruxelles, qu’il faut « travailler ensemble au niveau mondial » et, notamment, « mettre tout en œuvre pour dégager un consensus sur les modalités qui permettront la conclusion rapide » du cycle de Doha.

Le même jour, les dirigeants de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) ont demandé, à l’issue d’un sommet à Hua Hin (Thaïlande), que « tous les membres de l’OMC, en particulier les principaux partenaires, s’engagent de nouveau très rapidement et fassent preuve de flexibilité pour parvenir à une conclusion prochaine » des négociations de Genève qui « aiderait à restaurer la confiance et la croissance dans l’économie globale ».

Pascal Lamy espère une réunion ministérielle cet été

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a estimé de son côté, le 2 mars à Sao Paulo, que « la solution à la crise, c’est plus de libre marché, plus de libre-échange et plus de concurrence – comme l’a toujours dit le monde développé au cours des trente dernières années ».

Le président américain a considéré de même, dans son premier programme annuel pour le commerce, que la conclusion du cycle de Doha serait une « contribution importante » à la résolution de la crise économique. Des déséquilibres dans les négociations doivent toutefois être corrigées, en faveur des travailleurs, entreprises et agriculteurs des Etats-Unis, s’est empressé d’ajouter Barack Obama.

Quant au directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, il espère une réunion ministérielle cet été pour trouver un compromis. Les pourparlers multilatéraux pourront reprendre quand la nouvelle administration Obama aura fixé les grandes lignes de sa politique commerciale et quand l’Inde aura organisé ses élections législatives, en avril et mai, a-t-il déclaré à la presse le 4 mars à Canberra.

M. Lamy a ajouté que le sommet du G-20 à Londres, début avril, pourrait jeter les bases d’un redémarrage de ces discussions.

« Risque d’escalade » dans le secteur agroalimentaire

87 mesures potentiellement restrictives ou porteuses de distorsions des échanges pouvaient être recensées en janvier dernier chez les principaux partenaires commerciaux de l’UE, dont 13 dans le secteur agro-alimentaire, selon les services de la Commission européenne. Ceux-ci constatent que « le risque d’escalade » dans ce domaine « semble pour le moment concentré dans trois ou quatre secteurs, parmi lesquels ceux de l’agriculture et de l’alimentaire où à la fois des pays en développement, tels que l’Indonésie, l’Equateur, l’Ukraine et l’Egypte, et développés, comme le Canada et la Corée du Sud, ont pris ou prévoient de prendre de telles mesures pour faire face à la crise économique.

Bruxelles souligne aussi que certaines dispositions de l’UE « ont été perçues négativement » par les pays tiers qui, en particulier, ont « vivement réagi » à la réintroduction des restitutions à l’exportation pour les produits laitiers (beurre, poudre de lait écrémé et entier, certains fromages).

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Les mesures recensées par les services européens dans les pays tiers sont essentiellement les suivantes pour le secteur agroalimentaire :

– Indonésie. Renforcement des exigences d’approbation et d’enregistrement de toutes les denrées.

– Ukraine. Surtaxe temporaire à l’importation de 13% pour des raisons d’équilibre de la balance des paiements.

– Russie. Hausse des droits de douane sur certains types de lait et de crème, le beurre et d’autres matières grasses laitières ainsi que sur les tourteaux de soja.

– Equateur. Augmentations tarifaires pour les quotas d’importation de boissons alcoolisées.

– Egypte. Droit supplémentaire de 70 euros/tonne sur le sucre blanc.

– Canada. Facilités de crédit de 500 millions de dollars sur cinq ans pour encourager de nouvelles initiatives dans le secteur agricole et de 50 millions de dollars sur trois ans pour renforcer les capacités d’abattage.