Abonné

Embouteillage / Conflit social Un accord met fin à la grève chez Vittel-Contrex

- - 6 min

Les consommateurs de Vittel et de Contrex peuvent se réjouir. Les bouteilles d’eau minérale des deux marques de Nestlé Waters, la filiale boisson du groupe suisse, seront finalement disponibles en magasin, dans toutes les tailles, alors que les bouteilles petit format commençaient déjà à manquer. Au terme de plus de 7 semaines de grève et d’une réunion marathon de plus de 14 heures, syndicats et direction se sont enfin mis d’accord. Le travail a repris dans les usines d’embouteillage vosgiennes.

Pour Pierre-Alexandre Teullier, directeur des Affaires Extérieures chez Nestlé Waters, il ne s’agissait que de « clarifier la façon dont mettre en œuvre l’accord signé un an plus tôt sur les nouvelles organisations liées aux départs en pré-retraite». La direction estime avoir produit un gros effort de formation, puisqu’en un an, plus de 100 000 heures de formation ont été effectuées, touchant ainsi 6 % des 2000 employés de l’usine. « Dans la majorité des cas » résume le chargé de communication, « les choses se sont donc bien passées, mais dans certains sites, il y avait un besoin d’ajustement». Ajustement ou « un ras-le-bol général de la méthode de management, des recours à la pression et au harcèlement», comme l’exprime le délégué CGT, Christophe Humel, en tout état de cause, les choses ont été précisées. D’ici trois ans, l’ensemble des postes de travail seront examinés puis après d’éventuelles modifications, certifiés ergonomiquement. Une somme de 500 000 euros devrait être attribuée à l’aménagement des postes de travail et l’acquisition de nouvelles machines. Afin de désamorcer les conflits de personnes à la source, un système de médiation en interne a été prévu. Le calendrier des embauches a été avancé de 3 à 6 mois et devrait donc permettre de réduire rapidement les charges de travail. D’ici l’été, 20 personnes devraient rejoindre l’usine de Nestlé Waters Vosges, 15 de plus d’ici la fin de l’année et 15 employés seront encore embauchés début 2007. En plus de la formation et du suivi des évolutions professionnelles, la direction s’est également engagée à recourir à des contrats à durée déterminée nécessaires au « maintien de la marche normale de l’entreprise », par exemple pour faire face aux absences-maladie ou périodes de forte production. Les salariés ont en outre obtenu le déblocage du gel des augmentations selon l’ancienneté.

Si tout le monde est satisfait de la reprise du travail, un bras de fer d’une telle ampleur n’est pas sans conséquences. « Si l’usine est remise en marche », précise Pierre-Alexandre Teullier, « il va maintenant falloir la faire tourner normalement ». Normalement ou même plus que la normale pour les lignes de production qui n’étaient pas saturées, afin d’essayer de rattraper le retard accumulé. « A la fin de la septième semaine de grève, la production accusait un retard de 120 millions de bouteilles, soit un peu plus de 6,5 % de la production annuelle du site», prévient-il. « Nous sommes maintenant en train d’évaluer ce qui est du retard et ce qui est perdu. Pour les lignes qui tournaient déjà en trois huit, c’est évidemment irrattrapable ». Quant aux pertes de chiffre d’affaires, elles ne seront évaluées qu’en fin de saison.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pour les mois à venir, une chose est déjà sûre : on ne verra pas en affichage et à la télévision les publicités pour Vittel et Contrex qui étaient prévues. La première campagne est actuellement en cours, car le conflit est arrivé trop tardivement pour y mettre fin, mais les quatre suivantes ont été annulées et les budgets basculés sur d’autres marques du groupe comme Perrier ou Quezac. Quant au programme d’investissement de 150 millions sur trois ans, il est pour l’instant suspendu. Un tiers aurait déjà été injecté dans la réorganisation et la rationalisation des flux. Il a permis notamment d’unir les usines des deux marques par de nouveaux tuyaux afin d’effectuer l’embouteillage par format et non plus par marque, et de construire de nouvelles lignes de production. L’accord salarial à trois ans signé l’année dernière et prévoyant une réduction des effectifs de 2 100 à 1 600 salariés, n’est cependant pas remis en cause.

Réveil du dossier de la Verrerie du Languedoc

Les questions sociales ne sont pour autant pas toutes réglées pour Nestlé en France. Après Saint-Menet puis Vittel-Contrex dans les dernières semaines, le projecteur se tourne à nouveau vers Vergèze, où Nestlé Waters possède la Verrerie du Languedoc, fabricant des célèbres bouteilles Perrier. Nestlé avait déjà annoncé son intention de revendre l’usine avant l’été. Mais sans attendre, il jette un pavé dans la mare en décidant de conditionner Perrier dans des bouteilles en plastique. Les bouteilles vertes représentent en effet 85 % des 60 millions de chiffre d’affaires de la verrerie. Mais Pierre-Alexandre Teullier conteste cette analyse : « Ceci n’est qu’une légende urbaine. Nous ne voulons pas remplacer le verre par le plastique. Nous devons simplement suivre les consommateurs qui préfèrent porter 6 bouteilles d’un litre et demi plutôt que 4 bouteilles en verre d’un litre, pour le même poids». Les ventes en volume des bouteilles de 1 litre en verre ont en effet été divisées par deux en dix ans. La direction a donc décidé de s’adapter aux deux types de consommateurs avec une bouteille de 75 centilitres en verre, qui est la même dans le monde entier, pour ceux qui sont fidèles au verre, ainsi que deux bouteilles en plastique de 1 litre et 1,5 litres, qui répondent à une tendance de fond de la consommation. « La Verrerie du Languedoc a un problème structurel depuis 1997 » explique encore Pierre-Alexandre Teullier. « Non seulement Perrier est quasiment l’unique client, mais elle dispose d’un outil de production surdimensionné. Pour la première fois, deux repreneurs se sont manifestés. C’est pour cette unique raison que la question revient sur le devant de la scène ».