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Prix du lait Un accord relance l’interprofession

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C’est à deux heures du matin, le jeudi 26 janvier, que s’est conclu un accord national entre les 3 familles de l’interprofession (producteurs, transformateurs privés et coopératifs) sur les modalités de fixation du prix du lait. Après de longues heures de négociation, l’interprofession laitière en panne depuis quelques mois a trouvé la porte de sortie face à un double enjeu. Établir de nouvelles modalités de fixation du prix du lait et définir la recommandation nationale pour le premier trimestre de l’année. Cet accord valide une recommandation pour le premier trimestre 2006 à - 8,9 euros/1000 litres. En moyenne, l’année 2006 devrait se solder par une évolution d’environ - 9,9 euros/1000 litres. Cet accord se fonde sur la difficile valorisation des produits industriels (beurre et poudre), directement touchés par la réforme de la PAC négociée à Luxembourg en 2003. Ce principe devrait permettre d’éviter toute contestation a posteriori et prévenir autant que possible les risques d’abandon de collecte. Mais de l’avis des observateurs, cet accord va plus loin : il engage la filière laitière dans une véritable politique d’adaptation. Pour preuve, est évoquée la constitution d’un comité des sages chargé de traiter le cas des secteurs « en crise » et de faciliter leur restructuration. Après avoir reglé le délicat sujet de la fixation de l’évolution du prix du lait au sein de la filière, les trois familles peuvent retrouver un terrain favorable pour discuter de l’avenir…

La réunion de l’interprofession laitière qui a débuté le 25 janvier à Paris devait, de l’avis et du souhait de tous, permettre à la filière laitière de repartir du bon pied après des mois de crispation. Le défi était de taille.

On se souvient que la venue du Premier ministre Dominique de Villepin au Space à Rennes le 13 septembre 2005 avait permis l’instauration d’un prix du lait « politique » pour la suite de l’année 2005 alors que le ton montait entre les producteurs et les industriels. La faute, notamment à un prix pour les producteurs désespérément orienté à la baisse… pour la quatrième année consécutive. On se souvient des passes d’armes entre les producteurs et les transformateurs qui ont rythmé ces derniers mois à coup de « journées blanches » et autres manifestations.

La logique d’un prix moyen du lait négocié à Paris était contestée par les transformateurs même si tous souhaitent « un bon accord interprofessionnel » permettant aux entreprises de payer le prix du lait en respectant les modalités de cet accord. L’interprofession laitière mise à mal ne pouvait que constater l’étendue des dégâts lorsque les producteurs de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) dénonçaient le « pillage » ou les « vols » des producteurs par les entreprises.

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Une baisse du prix sur l’année 2006

Les temps changent. C’est à deux heures du matin le jeudi 26 janvier qu’un accord sur les modalités de fixation du prix du lait a été trouvé par l’interprofession laitière. Dans un communiqué commun, la FNPL, la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) et la Fnil (Fédération nationale des industries laitières) saluent cet accord du 26 janvier. La Confédération paysanne dénonce, pour sa part « une nouvelle baisse inacceptable pour les producteurs ». La recommandation pour le prix du lait pour le 1 er trimestre 2006 affiche une baisse de 8,9 euros/1000 litres. L’année 2006 devrait se solder par une évolution d’environ -9,9 euros/1000 litres. Cet accord se base sur un système de prise en compte objective de la difficile valorisation des produits industriels (beurre et poudre), directement touchés par la réforme de la PAC négociée à Luxembourg en 2003. Le schéma repose donc sur la réalité des pertes de valorisation du beurre-poudre. Ce principe devrait permettre d’éviter toute contestation a posteriori, de préserver tant que possible les risques d’abandon de collecte et les « effets domino sur les marchés PGC ». « Les membres de la filière pourront donc s’attacher à pérenniser l’ensemble de la collecte française dans le cadre de cette recommandation nationale », souligne le communiqué commun de la FNPL, FNCL et Fnil.

Double prix pour les entreprises

Pour les entreprises laitières, il y aura, au niveau de leur comptabilité, un double prix visant à individualiser les marchés des produits industriels (PI) et celui des produits de grande consommation (PGC). Cette évolution que certains n’hésitent pas à qualifier de « vraie nouveauté » est dans le prolongement des anciens accords. En effet, à partir de septembre 2004, un système de flexibilité était mis en place. Il permettait aux entreprises fortement orientées vers les marchés des produits industriels très déprimés de payer moins bien leur lait pour rester compétitives. Aujourd’hui, les nouvelles règles de calcul permettront de définir une évolution de prix du lait type pour une entreprise réalisant un « mix-produits » moyen à 20 % de PI et 80 % de PGC.L’accord du 26 janvier 2006 prévoit lui aussi un système de flexibilité pour les entreprises dont le mix produit dépasse 20 % de produits industriels par tranche de 2,5 %. Il n’y aura donc plus une seule évolution du prix du lait au niveau national servant de base de discussion au niveau des interprofessions régionales. Mais déjà depuis quelques mois, les entreprises laitières françaises offraient une diversité impressionnante d’évolutions du paiement du lait à leurs producteurs.

Une politique d’adaptation

Mais de l’avis des observateurs, cet accord va plus loin : ce n’était donc pas qu’une bataille de chiffres. Cet accord engage la filière laitière dans une véritable politique d’adaptation. « La situation bouge enfin » assure un observateur du secteur industriel. « La filière redémarre ». Pour preuve, est évoquée la constitution d’un comité des sages chargé d’examiner le financement de projets de restructuration et de développement des entreprises. On peut imaginer que des investissements lourds dans une usine de fabrication de mozzarelle, mieux valorisée que les produits industriels puissent faire l’objet de dérogation pour l’entreprise au niveau de prix du lait payé aux producteurs. En effet, l’entreprise valorisant mieux son lait devrait automatiquement suivant la grille de calcul de l’accord du 26 janvier mieux payer le lait à ses producteurs. Cette évolution ne tient pas compte des lourds investissement en cours. Le conseil des sages pourrait intervenir dans ce type de situation et décider d’une dérogation. L’idée d’un fonds de péréquation reste toujours dans les tuyaux assure la FNPL. Déjà, pacifier le délicat sujet de l’évolution du prix du lait au sein de la filière, permet logiquement aux trois familles de se retrouver sur un terrain favorable pour discuter de l’avenir. Leur objectif est aussi de « travailler au renforcement de la maîtrise de la production et d’étudier tout instrument permettant d’améliorer l’organisation de la filière ». Tout reste à faire… dans une sérénité retrouvée.