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Bio « Un agriculteur bio doit pouvoir aller plus loin que le label UE »

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Guillaume Riou a été élu président de la Fnab (agriculteurs bio) en Assemblée générale le 11 avril qui se tenait dans le Maine-et-Loire. Il prend la succession de Stéphanie Pageot. Cet éleveur de bovins viande, ancien secrétaire national de l’organisation, veut inscrire son mandat dans la continuité. Future Pac, cahier des charges bio, structuration des filières… Il revient avec Agra Presse sur les axes de travail de la Fnab.

Vous venez d’être élu président de la Fnab (agriculteurs bio). Pouvez-nous raconter votre parcours ?

Je suis éleveur de bovins près de Niort. Je me suis installé en 2002. Je ne viens pas du milieu agricole, je suis un hors cadre familial originaire de Rambouillet. Quand je suis arrivé dans la région, je me suis installé en conventionnel avec un élevage de limousines. Progressivement, j’ai fait de l’extensification, j’ai arrêté le maïs irrigué… Je me suis rendu compte que mes coûts diminuaient et mon revenu ne baissait pas. Je me suis alors converti à l’agriculture bio en 2008. Aujourd’hui, j’ai cédé mes limousines à mon fils qui s’installe en individuel sur 35 hectares. Pour ma part, je suis sur 120 hectares et je vais élever des vaches maraîchines, une race menacée de disparition.

L’actualité est riche pour la bio. Quelles seront les priorités de votre mandature ?

Je m’inscris dans la continuité. Nous réaffirmons l’objectif d’atteindre 20 % de surfaces bio le plus vite possible. L’annonce du président de la République d’atteindre 15 % de surfaces bio en 2022 est plutôt positive. Mais pour le moment, nous n’avons pas de visibilité sur les moyens financiers qui seront mis en face de cet objectif. Autre point : nous souhaitons que la gouvernance agricolo-agricole des institutions au sens large s’ouvre davantage à la société civile, aux citoyens. Nous le faisons dans les Gab (réseau départemental de la Fnab), les Grab (réseau régional de la Fnab), etc.

Par ailleurs, nous restons très mobilisés sur la structuration des filières et l’installation. C’est un vrai défi quand la population agricole diminue de 3 % chaque année. Nous invitons notamment les jeunes hors cadre et/ou urbains à venir travailler à nos côtés. Enfin, la future Pac est un axe de travail majeur de la Fnab. Nous espérons un remplacement des aides au maintien par des paiements pour services environnementaux. À l’échelle européenne, nous commençons à comprendre la lourdeur de la mise en place de ces PSE, plus particulièrement sur leur cadrage. La biodiversité n’est pas la même partout, par exemple. Cela doit être pris en compte. Il y a un vrai défi.

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L’agriculture bio a le vent en poupe depuis quelques années. Le changement d’échelle suscite des inquiétudes. Pourquoi ?

On ne doit pas tomber dans une "conventionnalisation". Par exemple, il ne faut pas de filières internationalisées. Nous prônons la reterritorialisation des approvisionnements. En outre, nous ne voulons pas que la bio devienne du conventionnel sans chimie. Enfin, il faut maintenir une transparence sur toutes les filières notamment sur la répartition de la valeur ajoutée. C’est ce que font par exemple Système U et Biolait.

Un des sujets sensibles du moment est le cahier des charges bio européen. Dernièrement, la Fnab a affirmé vouloir la création d’un label bio national public. Qu’en est-il sous votre mandature ?

La Fnab vise toujours cet objectif. Avant tout, nous rappelons que le cahier des charges européen est excellent pour s’engager en bio. Mais après cinq ou dix ans, un agriculteur doit pouvoir avoir la possibilité de s’engager dans un cahier des charges national bio public pour aller plus loin que le label UE. Nous restons vigilants, alors que le cahier des charges UE pourrait être affaibli sur certains points (hors-sol, dispositif de contrôle).