À la suite d’un contrôle des services vétérinaires, un agriculteur en fuite a été tué par les gendarmes, en Saône-et-Loire le 20 mai. Les syndicats demandent une révision du mode des contrôles avec un « droit à l’erreur » et plus de pédagogie.
Le 20 mai, un agriculteur de Saône-et-Loire a été tué par des gendarmes lors de son interpellation. Éleveur de bovins de 37 ans à Trivy en Saône-et-Loire, Jérôme Laronze était recherché depuis le 11 mai. En effet, lors d’une inspection sanitaire, il avait refusé ce contrôle et foncé avec son tracteur sur les forces de l’ordre qui accompagnaient les inspecteurs. Il était en cavale depuis cette date. Samedi, les gendarmes l’avaient localisé. Alors qu’ils s’approchaient de lui, il a foncé sur eux avec sa voiture dans un chemin étroit. Les gendarmes ont ouvert le feu, et il a été touché mortellement, selon la procureure de la République de Mâcon. « Nous sommes choqués et en colère. […] Nous espérons qu’une enquête sérieuse et indépendante déterminera comment nous en sommes arrivés à cette fin tragique », a réagi la Confédération paysanne le 21 mai. « Au-delà, de cet acte et de ses circonstances propres, […] nous mettons ici en question l’absence de prise en compte de la détresse des hommes, souvent seuls dans leur ferme, confrontés à l’humiliation d’un contrôle qui peut parfois faire agir les paysans au-delà de la raison », poursuit la Confédération paysanne qui demande « un moratoire sur les contrôles ».
Un moratoire sur les contrôles
Une enquête a été ouverte pour éclaircir les circonstances du drame. Le 23 mai, Laurent Pinatel, président de la Confédération paysanne, reçu par le nouveau ministre de l’Agriculture Jacques Mézard, s’est longuement entretenu sur le sujet des contrôles. « Il faut trouver des solutions de médiation pour aller vers du dialogue, du soin. Il faut avoir une approche humaine sur ces contrôles », soulignait-il à la sortie de l’entrevue. Pour lui, un élevage non tenu signe souvent un éleveur en détresse. Il a évoqué « l’ouverture d’un grand chantier sur une charte des contrôles ». Il ne s’agit pas pour lui « de supprimer les normes mais de mettre plus de pédagogie et moins de contrôle ». Cécile Muret, membre de la Conf’ et présente lors de l’entretien avec le ministre, souhaite « plus de sens à ces normes qui sont parfois aberrantes ». Pour Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, « ce cas est dramatique. Il faut remettre à plat les contrôles et être au côté de l’agriculteur ». Véronique Le Floc’h, secrétaire générale du syndicat, explique clairement que sur le terrain, ce drame « remue ».
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« Une vraie psychose des contrôles »
« Il y a une vraie psychose des agriculteurs vis-à-vis des contrôles », estimait la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, le 22 mai. Concernant la mesure de « droit à l’erreur », mise en avant par Emmanuel Macron, l’ensemble des syndicats plaident pour intégrer cette mesure dans les contrôles Pac et vétérinaires auprès des agriculteurs, avec un « rappel à la réglementation » et un accompagnement pédagogique. De son côté, l’association Solidarité Paysans qui accompagne les agriculteurs en difficultés s’est dite « en colère et indignée » à la suite du drame, dans un communiqué du 22 mai. Elle considère que, dans « les cas de maltraitance animale soupçonnée », les pouvoirs publics doivent agir « de manière mesurée », « non-précipitée », « en s’assurant que l’éleveur concerné soit entouré de personnes de confiance lors de leur contrôle » et « avec une approche personnalisée ».