Le 19 novembre, le Conseil économique social et environnemental a adopté en réunion plénière un avis préparé par Luc Guyau, membre de la section économique du conseil, sur l’évolution des prix des matières premières au sens large et leurs conséquences sur les économies. Au travers de 14 propositions, cet avis prône davantage de régulation.
Trente ans : le Conseil économique, social et environnemental (CESE) n’avait pas planché sur les matières premières depuis 1978. C’est donc sans trop de difficultés que la section économique du conseil a lancé voici dix-huit mois une étude sur les évolutions du marché des matières premières. Le contexte était porteur, les pénuries commençant à poindre. « Ce qui nous a sensibilisés, c’est que les matières premières sont essentielles au développement de l’économie », a expliqué Luc Guyau, rapporteur et membre de la section, le 18 novembre, en conférence de presse. Finalisé début novembre, le rapport s’intéresse à l’« évolution récente des prix » et à ses « conséquences sur la conjoncture économique et sociale ». Il a donné lieu à un avis adopté en séance plénière à l’unanimité des 201 votants le 19 novembre.
De l’aide d’urgence au besoin d’innovation
L’objectif du texte est simple : lutter contre la volatilité croissante des marchés. Comment ? Notamment par la régulation, qui aujourd’hui, « n’est plus vraiment un gros mot », a observé Luc Guyau le 18 novembre. Découpé en trois parties, l’avis compte 14 propositions. Le premier volet se consacre aux conséquences à court terme des prix toujours élevés des matières premières. Il contient trois propositions, portant sur l’augmentation du volume et de l’efficacité de l’aide alimentaire pour faire face à l’urgence, la nécessaire concertation au niveau européen, et le soutien aux personnes les plus vulnérables. « Il ne faut pas oublier le phénomène à l’intérieur de nos pays développés », a notamment souligné Luc Guyau. La seconde partie se consacre à l’adaptation de nos économies au développement durable au sens large. Y sont évoqués l’amélioration de l’efficacité énergétique ainsi que l’engagement d’un effort massif d’innovation, qui inclut la question des biocarburants. Cette partie s’intéresse également à la durabilité de l’économie à proprement parler, ce qui passe par plus de concertation entre consommateurs et producteurs « pour limiter la volatilité des cours », dit, entre autres, le rapport.
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« La seule loi du marché ne peut pas être la solution »
Le réexamen de la question des stocks stratégiques, une réorientation des économies des pays en développement vers l’agriculture vivrière, « occultée pendant des années par la Banque mondiale », a rappelé Luc Guyau, la réévaluation de la place de la sécurité alimentaire dans les politiques publiques et la diversification industrielle ne sont pas oubliées. « Ce n’est pas en économisant sur la Pac que l’on va faire une politique de soutien aux pays développés », a notamment indiqué Luc Guyau, critique à l’égard du système d’aide alimentaire d’urgence proposé récemment par Bruxelles sur ce principe. Le troisième volet s’intéresse de son côté aux dysfonctionnements de l’économie mondiale et à la régulation. « La seule loi du marché ne peut pas être la solution à un équilibre satisfaisant », a estimé Luc Guyau. L’avis propose donc d’améliorer la coordination des politiques économiques, de gérer de façon plus ordonnée les relations de change, de « remédier aux dérives de la financiarisation », et de prendre la mesure des exigences du développement durable. Comme l’ensemble des avis du CESE, ce texte sera transmis au Premier ministre et au Parlement. Pour information.