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Viandes et élevage Un besoin plus élevé d’importations

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Le Japon est importateur à près de 50% de sa consommation de viande bovine et le premier importateur mondial de viande porcine. Il est également un très grand consommateur d'œufs et d'ovoproduits. Les évènements récents dans le pays ne devraient cependant pas trop perturber le marché mondial des viandes. Les importations devraient persister car les échanges se font plutôt dans les ports du sud du pays, toujours en activité. Par contre, le niveau de ces importations va dépendre de nombreux paramètres : le niveau des stocks, le degré d'irradiation des produits en stock – voire celui des terres –, la proportion d'infrastructures détruites… des éléments encore inconnus pour l'heure.

Les évènements qui viennent de frapper le Japon n'auraient eu pour le moment que peu d'impact sur l'élevage du pays, toutes catégories de production confondues. En moyenne, selon les statistiques du ministère de l'Agriculture japonais, au 1er février 2009, la plaine de Sendaï représenterait 10% de la production japonaise (préfectures de Fukushima, Iwate et Miyagi). Les productions de bovins et de poulet de chair y sont les plus représentées. À elles trois, Fukushima, Iwate et Miyagi représentent 23% des exploitations de vaches allaitantes du pays (10% du cheptel), 12% des exploitations laitières (6%), 7% des exploitations porcines (8%), 14% des exploitations de poulets de chair (17%) et 5% des exploitations de poules pondeuses (8%). Il reste difficile de savoir ce qui a été exactement détruit et donc de connaître l'impact des événements sur la production elle-même. Par contre, des usines d'aliments du bétail, localisées près des ports du nord du pays, seraient endommagées, a déclaré, le 11 mars, Tommy Hamamoto, directeur de l'US Grain Council au Japon. « Il est trop tôt pour dire quel effet cela aura sur le secteur agricole du Japon, mais il pourrait être d'importance », affirme-t-il. Les usines seraient donc à l'arrêt. Pour combien de temps ? Combien d'élevages ont été détruits ? Ont-ils des réserves d'aliments ? Quelles pertes les élevages vont-ils subir dans les semaines qui viennent ? Et si les pertes restent minimes, quel sera le niveau de radioactivité de la production et des stocks ? Comment va s'organiser la reconstruction ? Avec quelle demande sur le marché des viandes ? Et la liste de questions est encore longue !

58% de la viande bovine est importée

Le Japon importe 58% de sa consommation de viande bovine (735 000 tonnes équivalents carcasses en 2010) majoritairement d'Australie et des Etats-Unis. Pour Philippe Chotteau, chef du département économie de l'Institut de l'élevage, « les importations étaient plutôt en hausse ces deux dernières années. Mais la consommation s'effritait déjà avant la catastrophe. Il semble évident que la situation actuelle va sérieusement limiter la consommation de viande bovine, d'autant plus qu'elle n'est pas une consommation traditionnelle ». Effectivement, cette consommation s'est surtout développée après la deuxième guerre mondiale du fait d'une « récupération » du modèle alimentaire des Etats-Unis. Elle se divise entre « une viande haut de gamme », vendue très chère, et « les hamburgers et autres boulettes de viande », explique Philippe Chotteau. La première, issue de bouvillons finis au grain, est consommée en fines tranches (surtout race Wagyu). Cette consommation très spécifique « semblait déjà impactée par la stagnation économique de l'Archipel en 2010 », ajoute-t-il. Le deuxième type de consommation, « bien moins chère, a plutôt le vent en poupe », souligne-t-il. La viande provient d'importation ou de race laitière.

Un marché Pacifique pour la viande bovine japonaise

En termes d'importation, l'Australie reste le principal fournisseur du Japon avec 71% des volumes sur les 11 premiers mois de 2010 (-5% par rapport à 2009). Mais « la viande de bovins des Etats-Unis nourris au grain semble avoir remplacé celle d'animaux australiens nourris au grain ou à l'herbe, jugée trop chère », fait remarquer l'Institut de l'élevage dans son dossier Economie de l'élevage de novembre 2010 sur « Le marché mondial de la viande bovine en 2010 ». L'Australie est en phase de recapitalisation et n'est pas au summum de sa production. Une situation qui pourrait perdurer en 2011. La Nouvelle-Zélande, propriétaire d'un cheptel majoritairement laitier, a augmenté en 2010 ses exportations vers l'Asie (41 000 tonnes équivalent carcasses – téc – vers le Japon). Si les exportations des Etats-Unis vers le Japon en 2010 ont progressé de 31%, les Américains ne peuvent exporter que de la viande issue d'animaux âgés de moins de 21 mois, suite à la crise de la vache folle. Le marché de la viande bovine avec le Japon est donc un marché majoritairement Pacifique. Les échanges vont fluctuer dans la zone.

Pas d'impact sur le marché européen de la viande bovine

Philippe Chotteau note que « pour la filière viande européenne, les évènements au Japon ne devraient pas changer grand-chose. Il n'y a pas de flux direct entre l'Union européenne et le Japon, même si certains opérateurs européens commençaient à penser à l'ouverture de certaines niches de marché. » À la question d'un éventuel report des exportations des Etats-Unis vers l'Union européenne, Philipe Chotteau répond : « Pas dans l'immédiat. » Effectivement, l'Europe « exige toujours du bœuf sans hormone et seules de petites niches de production se sont constituées aux Etats-Unis pour y répondre ». Ces producteurs « marginaux » visent surtout le contingent à droit de douane nul qui s'est ouvert durant l'été 2009. Mais il s'agit d'un contingent qui devrait atteindre 45 000 tonnes en 2012 et profiter également aux Canadiens ou aux Australiens. Rien à voir avec les quelque 700 000 téc importées en 2010 par le Japon...

Des importations de viande de porc maintenues

En porc, selon FranceAgriMer, le pays est le 1er importateur mondial avec plus de 750 000t en 2010 (+7% par rapport à 2009). Pour Jan-Peter van Ferneij, responsable de la veille économique internationale au département économie de l'Institut du porc (Ifip), « le Japon a trois grands fournisseurs : les Etats-Unis, le Canada et le Danemark ». D'après les sources de l'Ifip (Institut français du porc), les Etats-Unis déclaraient 465 852 tonnes de viandes exportées en 2010, le Canada 225 294 tonnes et le Danemark 138 791 tonnes. En Europe, la Hongrie et l'Espagne exportent également vers le Japon, respectivement 21 284 t en 2010 (+81% par rapport à 2009) et 18 715 t (+128%). La France ne représente que 11 622 tonnes. Par contre, ces exportations ont augmenté de presque 31% entre 2009 et 2010. Le Japon est l'un des rares pays à importer de la viande congelée (viande fraîche réfrigérée) et de la viande désossée (pièces). « Les Danois ne s'attendent pas à des problèmes pour leurs écoulements vers le Japon », déclare Jan-Peter van Ferneij qui précise bien que ces informations dataient du 14 mars. De plus, le prix à l'export est « standardisé ». Reste à voir l'évolution de la parité des monnaies, qui a bougé ces derniers jours avec un renforcement du yen. D'après Dennis Smith d'Archer Financial Services, la majorité des produits d'élevage transitent dans les ports du sud du pays, qui n'ont pas subi de dommages majeurs. Les flux devraient donc perdurer malgré les évènements.

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