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Politiques Un cap pour la filière forêt-bois

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Une loi d’avenir, un plan d’action pour l’aval, un programme national pour l’amont, une loi de finances qui relaie les propositions : la forêt et ses produits semblent désormais représenter aux yeux du gouvernement des filières dignes d’intérêt et d’avenir. Les ambitions s’affichent depuis quelques mois et les lois en cours semblent leur donner corps. Les professionnels saluent ce changement. Mais ils attendent que les propositions soient détaillées. Reste donc à transformer l’essai. Portrait d’une filière au cœur des changements.

Pour la filière forêt-bois, le tournant est bel et bien pris. Le tout récent plan d’action pour la transformation du bois, présenté le 17 octobre, en atteste (1). Ce texte est – chronologiquement – la dernière touche apportée à la récente reconnaissance politique dont jouit le secteur, une reconnaissance clairement affichée depuis quelques mois (voir encadré « chronologie »). Mais deux autres textes y participent aussi. D’un côté, le projet de loi d’avenir pour l’agriculture veut soutenir la filière forêt-bois (voir encadré « loi d’avenir »). Il accède notamment à l’une des requêtes principales des acteurs de l’amont comme de l’aval forestier : la création d’un fonds stratégique pour la forêt et le bois. D’un autre côté, le projet de loi de finances 2014 donne corps à ce fonds stratégique. Il y a aussi eu, ces derniers mois, la promesse de donner des sièges aux représentants de la sylviculture et du monde du bois, à la fois dans le Conseil national de la transition énergétique, et au Conseil national de l’industrie.
 
Satisfecit
« Nous sommes perçus comme une filière industrielle digne d’avenir. C’est du jamais vu », résume Laurent Denormandie, président de France Bois forêt, l’interprofession de la forêt et du bois. D’ailleurs, le bilan des professionnels du secteur est unanime : les problématiques de leur filière ont mobilisé le gouvernement et les services des ministères. Grâce à un volontarisme de Stéphane Le Foll, confient des proches du dossier. Surtout, c’est la vision d’un amont et d’un aval rassemblés dans un projet stratégique que le gouvernement semble vouloir porter. Et, pour les acteurs des filières, c’est bien cette vision qui permettra de relever les défis.
 
Enjeux croisés
En effet, la demande en bois augmente : le bois apparaît comme une source renouvelable et biodégradable d’énergie, de matériaux de construction, de molécules pour la chimie, en plus de ses usages classiques : papeterie, construction, ameublement. Voir croître son marché est a priori une bonne nouvelle pour une filière industrielle. Mais c’est à la condition de pouvoir répondre à la demande dans les meilleures conditions économiques et sociales possible. Or des tensions sont déjà tangibles entre les différentes filières. Par exemple la papeterie. Utilisatrice historique des coproduits des sciages de bois, elle voit le secteur bois-énergie, encouragé par les politiques publiques, lorgner sur la même ressource. Dans le même temps, faute d’avoir un marché stable et une offre industrielle suffisante, la 1ere transformation du bois échappe de plus en plus à la France. Voir les grumes entières être exportées, découpées et transformées à l’étranger, puis les produits transformés réimportés, désespère la filière. Elle estime ainsi à 6 milliards d’euros le déficit commercial annuel de la filière bois. Par ailleurs, amont et aval sont conscients de leur interdépendance, tant pour l’accès à la ressource que pour l’équilibre du marché et du prix des produits de la forêt. L’un des points de convergence est donc la nécessité de produire plus de bois, les forêts françaises disposant d’un potentiel qui n’est pas aujourd’hui totalement exploité.
 
Un écho politique, mais…
Ces enjeux formulés par les professionnels semblent donc désormais portés par le gouvernement lui-même. Les rapports commandés depuis un an sur l’avenir de la forêt et du bois n’y sont pas étrangers. Ni le gros travail de proposition réalisé conjointement par les interprofessions FBF et FBIE (France bois industries entreprises, association qui rassemble les utilisateurs du bois et des dérivés) et synthétisé sous la forme d’un « projet forêt-bois pour la France » en 2012. Enfin, leurs efforts communs de persuasion auprès des services et des cabinets, menés depuis, semblent porter leurs fruits. La forêt commence à changer de statut dans le discours public, et pourrait prendre
une place nouvelle. Au delà du satisfecit, les professionnels ont conscience que les annonces doivent encore être concrétisées. D’abord, la vision présentée au cours du dernier mois par les pouvoirs publics mise essentiellement sur l’industrie. Les transformateurs, mais aussi les producteurs de bois, adhèrent à cette vision stratégique orientée marché. Mais ils attendent davantage d’annonces pour le soutien à la production. Or, les propositions actuelles pour le fonds stratégique ou les GIEE ne leur semblent pas à la hauteur. Avant que le projet de loi d’avenir ne passe devant les parlementaires, en janvier 2014, les professionnels posent donc des garde-fous.
 
(1) Voir Agrapresse n°3418 du 21 octobre 2013

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