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Pesticides Un collectif d’associations veut mettre un terme à la campagne de l’UIPP

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Des associations des secteurs de l’agriculture biologique, de l’environnement et de la santé se sont regroupées en collectif pour attaquer la dernière campagne de publicité de l’Union des industriels de la protection des plantes (UIPP). Une « cyberaction » a débuté à destination des magazines grand public qui diffusent la publicité, pour leur demander une interruption immédiate de la campagne. Des actions en justice sont programmées, au civil et au pénal, pour publicité mensongère notamment. Le collectif espère par ces actions engager un débat public au sein du monde rural sur le sujet des pesticides. L’UIPP se dit sereine, cependant, face à cette attaque et affirme que sa campagne ne comporte pas d’information mensongère.

La campagne publicitaire en cours de l’UIPP Voir Agra Presse du 31 janvier 2005 n°2992 p. 40 a mal commencé et n’en a pas encore fini avec les ennuis. Les premiers visuels montraient des fruits et légumes en gros plan. L’Unilet (Union interprofessionnelle des légumes transformés) et l’Interfel (interprofession des fruits et légumes) ont mené une action en justice auprès du tribunal de Nanterre, estimant que les fruits et légumes étaient montrés du doigt.

L’UIPP a dû faire machine arrière et a choisi de nouveaux visuels, présentant un homme ou une femme en train de cuisiner. Diffusée dans plusieurs magazines grand public, le texte de la publicité affirme que les « pesticides contribuent à la production d’aliments sains », « dans le respect de la santé de l’homme et de son environnement ». Ce qui a provoqué un mouvement général de contestation au sein des associations environnementales et de santé. La campagne renvoie à un site internet qui compare dans une de ses pages les produits conventionnels et ceux issus de l’agriculture biologique, uniquement en terme de caractéristiques nutritionnelles, sans évoquer les analyses de résidus et les problèmes environnementaux. Un message qui a soulevé la colère dans le secteur de l’agriculture biologique, de la production à la consommation en passant par la transformation. Un « Collectif anti-campagne UIPP » (voir encadré) est né de ces mécontentements, pour attaquer et tenter de faire cesser la campagne. Sa première action prend la forme d’une demande de droit de réponse et d’envoi massif de courriers électroniques pour demander l’arrêt immédiat de la campagne, aux journaux qui diffusent la publicité. Le MDRGF, membre du collectif, annonçait le 24 février, trois jours après le lancement de la cyberaction, que près de 1500 personnes ont envoyé des mails à chacune des rédactions ciblées. Il semble d’ailleurs que l’une d’entre elles ait déjà fermée ses boîtes mails.

Deux actions en justice dans les jours qui viennent

Cette campagne se doublera d’actions en justice. Une procédure d’urgence est prévue pour un arrêt immédiat de la campagne. Une audience est déjà fixée pour cette procédure, le 9 mars, au tribunal de grande instance de Rennes.

« Nous souhaitons engager le débat sur les pesticides et leurs effets dans le monde rural et ne pas en faire un débat parisien», explique Pierre-Yves Le Mazou, un des avocats de l’association H-50, membre du Collectif.

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D’autre part, une plainte avec constitution de parties civiles, va être déposée dans les tout prochains jours à Paris, précise l’association d’avocats H-50. Les parties civiles et notamment les sociétés commerciales du secteur bio qui s’estiment lésées, veulent demander des dommages et intérêts importants. Les motifs invoqués sont la publicité mensongère, la publicité comparative illégale à l’encontre de la bio et l’atteinte au principe de précaution en matière d’information.

« Pour comprendre notre démarche, il suffit de se rappeler que les analyses du WWF ont montré la présence de pesticides dans le corps humain, que l’Institut national du cancer a estimé le 9 décembre 2004 que 35% des décès par cancer sont dûs à l’alimentation (plus que l’alcool et le tabac réunis) ou encore qu’il existe des preuves suffisantes pour suggérer que les problèmes associés à la contamination de l’environnement et des aliments par les pesticides sont sérieux et s’aggravent, selon le sixième programme d’action communautaire pour l’environnement », poursuit Pierre-Yves Le Mazou.

Jean-Charles Bocquet, directeur de l’UIPP, s’est dit « serein » le 24 février face à cette attaque dont il n’avait pas encore eu connaissance et a affirmé que la campagne de publicité en cause ne comprenait pas d’éléments mensongers.