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PROPRIÉTÉ DE DONNÉES Un défi de gouvernance

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Le big data pose la question de la propriété des données dans tous les secteurs, y compris l'agriculture. En France, les professionnels (Irstea, APCA) plaident pour la création d'une plateforme commune, ouverte, mais dont les agriculteurs garderaient la maîtrise. Aux Etats-Unis, les agriculteurs ont conclu un accord avec les principaux opérateurs pour fixer des limites à l'usage de ces données.

Que feront les acteurs des big data, aujourd'hui John Deere, Climate Corp, Farmers Business Network (FBN), des données collectées demain dans les exploitations agricoles ? En France, la question émerge rapidement. Elle a notamment retenu l'attention des membres de l'Office parlementaire des choix technologiques (Opecst) qui a organisé une audition publique sur le traitement massif de données (big data) en agriculture, le 2 juillet. Les big data représentent pour eux autant de possibilités que de menaces. « Le big data présente un intérêt économique pour les agriculteurs et un intérêt collectif pour une meilleure prise en compte de l'environnement, a conclu la vice-présidente de l'Opecst, Anne-Yvonne Le Dain. Nous serions naïfs de croire que tout va bien, et frileux de croire qu'il faut tout fermer ». Même préoccupation pour le président de l'Opecst, Jean-Yves Le Déaut : « La souveraineté de la France pourrait être menacée si sa filière agricole devenait tributaire de services conçus par de grandes sociétés étrangères. On peut craindre que certains tracteurs construits dans d'autres pays n'envoient les données prises par leurs capteurs à l'insu de l'utilisateur ».

CONSENSUS AUX ETATS-UNIS

Aux Etats-Unis, le débat a fait rage pendant plusieurs années entre les farmers et les Fournisseurs de technologies agricoles (ATP), comme Climate Corp, John Deere ou encore Dupont. Ce débat a trouvé une issue en novembre dernier : le principal syndicat agricole américain, l'American Farm Bureau, a trouvé un accord avec les ATP sur la confidentialité et la sécurité des données. « Un consensus est en train de naître sur l'idée que la concurrence se fasse sur le meilleur service et non sur la captation des données », estime Tristan D'Orgeval, directeur produits chez Climate Corp. L'accord comprend plusieurs principes. Désormais, les agriculteurs sont propriétaires de leurs données, même s'ils ne sont que locataires de leurs terres. Une donnée ne peut être collectée sans le consentement d'un agriculteur et sans explications sur l'usage qui en sera fait. L'agriculteur peut retirer son consentement, récupérer ces données, et est protégé contre le risque d'accès non autorisé à ses données. Ces dernières ne peuvent être utilisées pour spéculer sur le marché des commodités. Ce n'est pas la seule avancée américaine dans le domaine. Les ATP ont lancé l'Open Ag Data alliance, un consortium d'entreprises dont l'objectif est d'établir des standards pour l'échange de données, afin qu'un agriculteur puisse les transférer facilement d'une plateforme à une autre.

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POUR UNE PLATEFORME DE BIG DATA FRANÇAISE « OUVERTE »

En France, les initiatives de régulation débutent. En pointe dans le domaine parmi les élus professionnels, le président de la chambre d'agriculture de Vendée, Hervé Pillaud, plaide pour un travail dans le même esprit que celui conduit par le Farm Bureau aux Etats-Unis. Il souhaite aussi aller plus loin, militant pour la création en France d'une « plateforme ouverte de données agricoles », dans laquelle seraient rassemblées toutes les données disponibles sur les champs et les animaux de rente français. « Si on veut rentrer dans le big data agricole en France, il faut mettre les données en commun », explique-t-il. Le directeur recherche et innovation de l'Irstea, Pierrick Givone partage cette opinion : « Il faut construire un écosystème ouvert au profit des agriculteurs et du développement territorial, une plateforme la plus ouverte possible, c'est primordial ». Ils craignent que l'absence d'une telle plateforme ne laisse le champ ouvert à des bases de données fermées, privées, et peu accessibles aux start-up françaises et à leurs innovations. « Climate Corp, John Deere, Lely ont beaucoup de données. Ces gens sont ouverts à travailler avec nous, si nous sommes organisés », assure Hervé Pillaud. Le 17 juillet prochain, John Deere rencontre Jean-Marc Bournigal, président de l'Irstea, au sujet de cette plateforme. Il a été mandaté par le ministère de l'Agriculture pour imaginer un plan Agriculture 2025, dont un des axes est l'agriculture numérique. Un domaine dans lequel tout reste à faire. 

Pour plus d'informations sur les entreprises engagées dans la révolution du Big data en agriculture, vous pouvez consulter Agra Presse du 13 juillet 2015 (Big data : une nouvelle révolution agricole en marche), dont cet article est extrait