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Prix du lait Un échec qui fragilise l’interprofession

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Deux réunions dans le cadre de l’interprofession laitière (Cniel) pour rien. C’est un échec cuisant pour la filière laitière qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur le prix du lait pour le 4 trimestre. Encore moins pour le premier trimestre 2009. On le sait, le secteur laitier traverse une période particulièrement grave en matière d’approche du prix du lait depuis six mois. La faute à l’injonction de la DGCCRF (répression des fraudes) qui a interdit au Cniel toute recommandation nationale sur le prix du lait, au motif de distorsion de concurrence. Pour éviter une crise annoncée, les pouvoirs publics avaient pourtant redonné à la filière, la semaine dernière, la possibilité de négocier dans le cadre du Cniel. Cela n’a pas suffit. Pire, le mal est fait. Cette filière, qui a prouvé depuis 10 ans – date du premier accord sur le prix du lait – son sens des responsabilités, se déchire. C’est le règne du « chacun pour soi ». L’attitude d’Entremont, qui cherche à faire cavalier seul depuis cet été, est révélatrice. L’échelon national de négociation risque d’être abandonné au profit – au mieux – de discussions régionales, au pire d’un bras de fer entre chaque transformateur et ses producteurs. L’interprofession, déjà mise à mal par la décision de la DGCCRF, se trouve fragilisée.

Des industriels laitiers privés et coopératifs qui campent sur leurs positions au sein du Cniel. Des éleveurs représentés par la FNPL qui jugent ces « propositions inacceptables ». Bilan : les deux réunions de l’interprofession, les 9 et 14 octobre, ont été un échec cuisant. Impossible de se mettre d’accord sur une orientation du prix du lait pour le 4 e trimestre 2008. Encore moins pour le premier trimestre 2009.

Le secteur laitier traverse une période particulièrement grave en matière d’approche du prix du lait depuis six mois. L’injonction de la DGCCRF (répression des fraudes) en mai dernier a déstabilisé la filière. L’entreprise Entremont qui depuis cet été tente, en solo, de faire passer des baisses importantes sur le prix du lait, a eu beau jeu de faire savoir, le 10 octobre, qu’elle faisait confiance à l’interprofession. Les propositions des transformateurs dans le cadre de la négociation nationale reprennent les tendances baissières souhaitées par Entremont !

« Laisser mourrir la profession »

Dans ce contexte, la FNPL, a demandé, le 14 octobre, à ses fédérations adhérentes et à l’ensemble des producteurs de lait de se mobiliser et d’agir immédiatement pour éviter l’inacceptable. Une position partagée et suivie le 15 octobre par la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Tous d’accord pour corréler le prix du lait à la hausse des charges des exploitations laitières. Le 16 octobre, la tension monte d’un cran : « Faut-il s’adapter aux règles des transformateurs ou laisser mourir la profession ? », s’interrogent la FNSEA et les JA qui appellent à la mobilisation générale. « Les transformateurs ne peuvent pas demander aux producteurs d’attendre plusieurs mois pour répercuter les hausses et leur demander une réactivité immédiate lorsque les marchés sont à la baisse », précise le syndicalisme majoritaire. « Les discussions doivent repartir sur des bases sérieuses et cohérentes », espère-t-il.

Ce 14 octobre, les bases de négociation proposées par les entreprises étaient toujours les mêmes. « Selon les fabrications, elles aboutiraient à une baisse de 40 à 70 €/1000 litres au quatrième trimestre et à une baisse de 100 à 120 €/1000 litres au premier trimestre 2009 », a souligné la FNPL dans un communiqué. Des baisses « inconcevables » pour les éleveurs dont « les charges ont progressé de près de 20% en un an », précise le syndicat.

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Pour l’heure, seuls les syndicats de producteurs se font entendre. Des appels qui tranchent avec le silence d’Atla, qui regroupe les fédérations des transformateurs privés et coopératifs au niveau national.

Une réponse politique

Conscients que la situation devenait explosive, les pouvoirs publics ont redonné la semaine dernière à l’interprofession nationale la possibilité de chercher des solutions pour le court terme et d’élaborer des mécanismes d’encadrement pour l’avenir, compatibles avec les règles de la concurrence. À la crise larvée de cet été, conséquence de la « sortie » du groupe Entremont sur le prix du lait, la réponse avait aussi été politique. A quelques jours de l’inauguration du Space par le Premier ministre François Fillon, on apprenait la constitution d’un groupe de travail interministériel afin de réfléchir à ce qui n’est pas loin de ressembler à la quadrature du cercle : comment redonner le pouvoir à l’interprofession nationale, gage de stabilité dans la filière, tout en répondant aux exigences de la répression des fraudes ?

Pour parer au plus pressé, Michel Barnier a proposé, le 9 octobre, un « dispositif souple », par publications d’indicateurs fiables à l’échelle nationale gérés par le Cniel. Un nouveau dispositif pour la prochaine campagne serait fondé « sur des indicateurs élaborés par l’interprofession au plan national et répondant à la nécessité d’une plus grande réactivité par rapport aux évolutions du marché ». La négociation interviendra entre les producteurs « réunis au sein des interprofessions régionales » et les transformateurs, avait expliqué le ministre à Agra presse. Une décentralisation de la négociation qui semble déjà se dessiner faute d’accord au niveau national, avant même l’installation du nouveau dispositif.

Cette ouverture des pouvoirs publics n’a pas suffi. La filière laitière risque de sombrer dans une crise sans précédent. Dès cet été, le groupe Entremont a joué les éclaireurs de cette nouvelle pratique du « chacun pour soi » en décidant de faire cavalier seul. Une mauvaise nouvelle pour la filière dont la force était justement la capacité à négocier au niveau national. Pas sûr que les transformateurs y gagnent forcément. Le risque est grand, pour qu’au final, on ne compte que des perdants.