Abonné

Foncier Un énorme potentiel de terres à cultiver au niveau mondial

- - 3 min

Alors que de plus en plus d’investisseurs privés cherchent à acquérir des terres, Laurence Roudart, professeur à AgroParisTech, a expliqué le 18 juin, lors d’un colloque organisé à Paris par le Centre d’analyse stratégique, qu’il était possible de doubler la surface agricole cultivée au niveau mondial… sans même détruire de forêts.

«Il reste beaucoup plus de terres à mettre en culture que de terres déjà cultivées ». Enseignante à AgroParisTech, Laurence Roudart a trituré plusieurs bases de données, que ce soient celles de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de l’IIASA (International Institute for Applied Systems Analysis), de SAGE (Center for sustainability and the global environment), ou du GTAP (Global trade analysis project). Et le résultat est le même dans tous les cas. « Environ un tiers des 14 milliards d’hectares de terres émergées sont cultivables, a-t-elle expliqué lors du colloque sur les défis de l’agriculture mondialisée organisé à Paris par le Centre d’analyse stratégique le 18 juin. Or nous n’en avons mis en culture que 40 % ». Selon les chiffres de l’IIASA et de la FAO, 2,6 milliards d’hectares pourraient donc venir s’ajouter au 1,6 milliard déjà valorisés. Souvent accusées, les infrastructures, qui ne représentent finalement que 0,6 % des terres émergées, constitueraient donc une menace limitée pour l’espace agricole.
Un problème économique, pas une ingratitude de la nature
Ces terres à cultiver se trouvent en Afrique subsaharienne, notamment, où 15 à 20 % seulement des terres cultivables sont déjà cultivées, mais aussi en Amérique du Nord, en Russie ou en Amérique latine. Comment les surfaces cultivées peuvent-elles progresser ? C’est la question que se sont posé Laurence Roudart et Marcel Mazoyer, chercheur à AgroParisTech. Les deux scientifiques ont envisagé trois scénarios. Dans le premier, les nouvelles terres mises en culture n’empiètent ni sur la forêt ni sur les terres qualifiées de « peu convenables » pour l’agriculture. Les surfaces augmenteraient alors de 70 %. Dans le second, « nous pourrions doubler les superficies cultivées sans empiéter sur les forêts », a indiqué Laurence Roudart. Ce scénario repose sur l’exploitation des terres à faible potentiel. Et si un quart des forêts mondiales était mis en cultures, comme le propose le troisième scénario, les surfaces cultivées seraient multipliées par 2,6. Pour Laurence Roudart, les crises alimentaires résultent donc davantage d’ « un problème économique et social que d’une ingratitude de la nature ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.