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Fruits et légumes Un été de nouveau marqué par la crise

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Le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a donné l’assurance, le 23 août dans les Pyrénées Orientales, aux producteurs français de fruits et légumes en proie à une des pires crises de mévente et de prix effondrés, qu’ils ne seront pas laissés au bord du chemin. Chez les producteurs de pêches-nectarines catalans, très remontés, et en présence des représentants nationaux des producteurs , il a évoqué « des millions d’euros » et a rappelé sa décision de réunir la profession le 7 septembre pour présenter un plan de sortie de crise à plus long terme. Un plan qui conduira probablement à une concentration accrue des producteurs, pour accroître leur compétitivité. « Il était capital que notre ministre soit au chevet des producteurs », a déclaré Jérôme Despey, secrétaire général adjoint de la FNSEA, à l’issue de cette rencontre sur le terrain, qui a eu lieu dans une coopérative fruitière, à Ille-sur-Têt.

Bruno Le Maire, attendu de pied ferme le 23 août dans les Pyrénées Orientales, un des foyers français de production de pêches-nectarines, le fruit d’été le plus consommé et qui donne la tonalité du marché à cette saison, a fait un geste envers les producteurs de fruits et légumes, selon lequel il ne les abandonnera pas. La veille, Jérôme Despey, secrétaire général adjoint de la FNSEA, avait déclaré qu’il espérait des mesures conjoncturelles « dans les prochains jours » pour soutenir la trésorerie des producteurs.
Yves Aris, le président de la FDSEA des Pyrénées Orientales, a été sans ambages : « Si le ministre descend chez les producteurs juste pour entendre un peu plus le débat, sans rien annoncer du tout, ça va être compliqué et il va y avoir une grande déception ».
La colère était à son comble les jours précédents, et a culminé avec l’invasion du consulat d’Espagne le 20 août à Perpignan.

Tout un été de crise
La crise des fruits et légumes est l’une des plus graves depuis des années. Les principaux produits sont ou ont été en état de crise officiellement déclarée par le Réseau des nouvelles du marché, qui dépend du ministère de l’Agriculture. Les critères de la crise sont des « prix anormalement bas », précisés dans une liste, par rapport à la moyenne hebdomadaire établie sur cinq campagnes.
Au 23 août, la pêche-nectarine était en crise depuis 47 jours ouvrés, soit depuis plus de deux mois. L’état de crise a cessé le 24 août. La poire, à peine arrivée sur le marché, il est vrai en avance, a connu des difficultés, avec 30 jours ouvrés de crise comptabilisés le 24 août. À cette date, la prune enregistre 14 jours de crise. L’artichaut enregistre 13 jours ouvrés de crise et le chou-fleur vient d’entrer sous cette dénomination (deux jours au 24 août). Précédemment, à cheval sur juin et juillet, le melon a été en crise pendant 26 jours ouvrés. Plus tôt en saison, c’est la laitue qui a été en crise pendant 31 jours ouvrés, crise révolue le 26 mai.

Des mesures évoquées, la colère apaisée
À Ille-sur-Têt, Bruno Le Maire a promis des mesures immédiates, avec « des millions d’euros » à la clé, sous la forme par exemple d’allègements de charges ou de reports d’intérêts d’emprunts. Concernant les allègements de charges, il s’agirait, selon la FDSEA 66, de report ou de prise en charge des cotisations patronales des producteurs sur le second semestre. Mais à la Caisse centrale de MSA, on précise que les décisions de report ou de prise en charge des cotisations patronales ne sont pas nationales, mais surviendront « au niveau local » et « au cas par cas ». Quant aux reports d’intérêts d’emprunts, le ministre a demandé une intervention des banques pour qu’elles soutiennent la profession, par exemple en étalant ou en reportant des échéances de prêts. « Il ne serait pas normal que les banques, que nous avons aidées en 2008, n’aident pas les producteurs en difficulté », a-t-il déclaré.
De plus il a annoncé un durcissement des sanctions contre les fraudeurs aux importations et à la vente de fruits et légumes. L’objectif est d’interdire plus efficacement la pratique du prix après vente sans bon de commande. Sur ce point, les grossistes sont dans le collimateur. Un décret sera pris dans les prochaines semaines et les sanctions seront « lourdes ».
Au-delà des mesures immédiates, le ministre a redit à Ille-sur-Têt ce que son directeur de cabinet avait annoncé aux représentants syndicaux des filières de fruits et légumes le 19 août, à savoir qu’il présentera le 7 septembre un plan de sortie de crise à plus long terme. Ce plan devrait comporter trois thématiques principales : l’amélioration des relations commerciales, l’amélioration de la compétitivité, la régulation et la gestion des crises.
S’agissant de ce dernier point, Bruno Le Maire envisage la création d’une capacité européenne à aider les producteurs en temps de crise. Avec son homologue espagnole Rosa Aguilar, il devrait faire une proposition en ce sens la semaine du 29 août.
« Les producteurs ont entendu un ministre déterminé à ne pas les abandonner. C’est un premier essai qui doit être transformé », a commenté Jérôme Despey, à l’issue de la rencontre entre les producteurs et le ministre. Mais « ils attendent que de réelles actions soient mises en place », a-t-il ajouté. Bruno Dupont, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) a salué le fait que les producteurs « ne sont pas oubliés politiquement », le ministre ayant porté la question des fruits et légumes au Conseil des ministres de rentrée du 24 août.
La visite du ministre sur le terrain a en tout cas désamorcé la colère des producteurs. Même les plus hostiles, ceux qui attendaient de pouvoir en découdre avec le ministre s’il n’annonçait pas de mesures concrètes, ont cessé d’exprimer leur colère. La FDSEA 66 fait état d’esprits à la fois désabusés et conscients que Bruno Le Maire fait tout ce qu’il peut pour régler les dossiers des producteurs. En revanche il se dit chez les producteurs qu’une manifestation prochainement à Paris est à l’étude.

Les propositions des producteurs
Au cours de cet été de crise, les producteurs n’ont pas manqué de faire des propositions. Le 19 août, la FNPF a présenté à Jean-Marc Bournigal, directeur de cabinet du ministre, ses « premières réflexions ». « Refusant de se considérer condamnés », les producteurs suggèrent un « plan d’accompagnement » de l’arboriculture fruitière, notamment à travers un plan de replantation et de renouvellement du verger, des mesures de développement de la recherche, et la poursuite de l’allègement des charges. La FNPF précise que le volet de l’arrachage « doit être considéré autrement que comme une mesure de réduction de l’offre pour cause de surproduction ».
La FNPF insiste sur l’aspect communautaire : « La crise de cette année prouve une fois encore l’absolue nécessité d’organiser le marché au niveau communautaire en conservant à l’esprit la notion de développement durable au niveau local (création de valeur, emplois, environnement)».
Appelant à une « nécessaire organisation du marché communautaire », elle souligne que la production espagnole de pêches-nectarines est passée de 600 000 tonnes en 1991 à 1 100 000 tonnes en 2009, pendant que celle de la France a fléchi d’un tiers, passant de 480 000 à 320 000 tonnes.
La fédération des producteurs de légumes de France souligne quant à elle la nécessité d’une réduction des coûts du travail. « Nous voulons croire que la décision de François Fillon de taxer les sodas servira, comme il était prévu, à l’exonération du travail des permanents, promise par le Premier ministre pour le 1er janvier prochain », a indiqué la fédération des maraîchers le 25 août, le lendemain de l’annonce de Matignon. De son côté, la Coordination rurale réclame dans un communiqué du 18 août, la TVA sociale, « qui permettrait à la fois de diminuer facilement le coût de la main d’œuvre et de créer de l’emploi ».
La Confédération paysanne oppose à la loi de l’offre et de la demande « la notion de défense d’un prix de revient aux producteurs qui, s’il veut être respecté, dans la configuration actuelle, doit passer par une interdiction de la vente à perte » dans un communiqué du 18 août.
Pour sa part le Modef, la Confédération syndicale agricole des exploitants familiaux, demande à l’État, dans un communiqué publié le 25 juillet, « qu’il prenne les vraies mesures de contrôles des marges des GMS en s’attaquant à la racine du mal », et réfute l’analyse selon laquelle la France serait en surproduction de fruits et légumes.

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