La Confédération paysanne, qui tenait son congrès à Die (Drôme) les 22 et 23 juin, a une nouvelle fois fustigé « le libéralisme des politiques actuelles », que cela soit sur la Pac, la loi d’orientation ou encore sur le budget européen. Le syndicat, qui milite toujours pour « des prix rémunérateurs et la souveraineté alimentaire », demande à Dominique Bussereau d’écouter les paysans français, « qui ont rejeté le traité constitutionnel à 70 % ». Lors du congrès, Brigitte Allain, mais également Jean-Emile Sanchez, ont indiqué qu’ils quittaient le secrétariat national.
«Oui, une autre politique agricole est possible », clamaient les responsables de la Confédération paysanne, lors du congrès du syndicat les 22 et 23 juin à Die (Drôme). « La réforme de 2003 n’est pas la nôtre », ajoutaient les militants. Unanimement, ils ont dénoncé le libéralisme « s’accélérant » des politiques dans le monde et plus particulièrement au niveau européen.
« Ni la Pac de Blair, ni la Pac de Chirac »
Les militants ont tous rejeté, « à la fois la Pac de Blair et de Chirac, qui délégitiment les aides publiques et contribuent à la disparition massive des paysans ». « L’échec du débat budgétaire lors du dernier sommet de Bruxelles trahit les ambitions européennes des pays à l’origine du blocage dont la France et l’Angleterre », disait une motion adoptée par les congressistes. Jean-Emile Sanchez, porte-parole du syndicat, estime que si le budget agricole est revu à la baisse, « ce sera d’abord le développement rural qui en pâtira puis après les aides directes du 1er pilier ». « On ne peut pas faire la même politique, avec un budget pour 15, 25 ou 27 Etats membres», a-t-il ajouté. Quant à la loi d’orientation, « il ne s’agit que d’une mise en application tout aussi libérale de la réforme de la Pac», estime la porte-parole Brigitte Allain.
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« Une autre Pac est possible »
Dans son rapport d’orientation intitulé Paysan : métier d’utilité publique, la Confédération paysanne souhaite une « autre Pac ». Adopté à une quasi unanimité (2 abstentions), il revendique notamment des prix agricoles rémunérateurs, une agriculture paysanne et durable « assurant les fonctions de production, d’emploi et de préservation des territoires » et le droit à la souveraineté alimentaire, « sans dumping vis-à-vis des autres pays ». Le syndicat demande également un revenu minimum pour tous les agriculteurs, « puisqu’il en existe bien un pour les salariés », l’arrêt du désengagement de l’Etat notamment sur le rôle des offices et entend bien se battre pour « les hommes et femmes paysans, et non pas pour la logique d’entreprise libérale, prônée par la FNSEA», ajoute Brigitte Allain. Jean-Emile Sanchez reconnaît que « ces idéologies restent très éloignées de la logique des politiques actuelles ». Se défendant d’un quelconque irréalisme concernant ces propositions, il n’hésite pourtant pas à parler de « fossé » entre ces dernières et « le chemin pris par nos politiques actuelles ». « Le grand soir n’est peut-être pas pour tout de suite, mais nous devons défendre nos idées tant bien que mal et être également une force de propositions sur les sujets du moment », explique-t-il. Exemple, sur les droits à paiement unique de la nouvelle Pac : le syndicat défend depuis longtemps « la mutualisation des aides à l’actif, plutôt que les références historiques fortement inégalitaires pour les paysans », précise le porte-parole.
« Le mépris de Dominique Bussereau »
« Les dirigeants politiques n’écoutent pas ce que les paysans ont à dire », dénonce pour sa part Brigitte Allain. Attendu et invité pour ce congrès, le ministre de l’agriculture Dominique Bussereau avait fait savoir officiellement le 16 juin qu’il ne viendrait pas, « à cause de son emploi du temps ». « C’est pourtant le ministre de tous les paysans », rappelle la porte-parole. « Il n’a pas ce genre de problèmes quand il va au congrès de la FNSEA, des JA ou de l’AGPB », ajoute la porte-parole. « Nous avons même appris que Dominique Bussereau préférait déjeuner aujourd’hui avec Jean-Pierre Raffarin», déclare Jean-Emile Sanchez. « Il faut lui expliquer que ce n’est plus le Premier ministre français », ironise-t-il. Brigitte Allain voit dans l’attitude du ministre « un profond mépris pour son syndicat et pour les 70 % de paysans ayant voté non au référendum». Seul syndicat agricole à avoir appelé à voter officiellement non au référendum, la Confédération paysanne entend bien capitaliser sur le résultat du 29 mai. « Nous sommes sereins pour les élections aux chambres d’agriculture de 2007», estime Brigitte Allain. « Nous défendons réellement les paysans. Nous ne les accompagnons pas à la mort contrairement à d’autres», a-t-elle lancé, sous les applaudissements de la salle.