Suite à la fermeture annoncée de longue date par Nutrixo des Grands Moulins Maurel à Marseille, un candidat à la reprise apporte de nouvelles preuves de ses capacités financières pour reprendre le site industriel occupé par 32 salariés. Le ministère du Redressement productif intervient pour permettre aux parties de trouver un terrain d'entente.
VOILÀ bientôt deux ans, Nutrixo annonçait la fermeture d'une de ses usines à Marseille, les Grands Moulins Maurel. Cette unité située dans le quartier de la Valentine (11e arrondissement), qui dispose d'une capacité de production quotidienne de 1 000 tonnes de semoules et de farine, est fermée depuis le 30 novembre dernier, mais reste occupée par 32 salariés. Ces derniers se battent avec des repreneurs pour relancer l'unité de production, « mais nous sommes convaincus de Nutrixo veut fermer le site pour éviter qu'il ne tombe dans les mains de la concurrence, assure Edouard Pagni, délégué CGT. Nous bénéficions du soutien du commissaire régional au Redressement productif ». La décision du propriétaire semble pourtant définitive. « La recherche de repreneurs entamée il y a 18 mois n'a jamais rien donné. Le dernier candidat n'a pu être retenu faute de disposer d'une surface financière suffisante », réaffirme Arnaud Landrin directeur général de l'usine, également responsable des Grands Moulins Storione, une autre unité de Nutrixo située près du port autonome de Marseille. Ce repreneur, c'est Hamid Kasmi, un self-made man franco-algérien qui revient à la charge avec un acte notarié destiné à prouver sa capacité financière à reprendre le site.
ACTE NOTARIÉNous nous sommes procuré le courrier du 27 mai dernier adressé par le notaire au commissaire au Redressement productif de la région Paca. Le document stipule « qu'à la lecture des situations bancaires qui viennent de m'être précisées par mon client, je suis en mesure de vous informer, qu'à ce jour, Monsieur Kasmi est en mesure de face à son engagement d'apport ». L'officier ministériel précise la décision du candidat à la reprise de mobiliser 3 M€ pour le BFR pour la « relance (…) et le rachat des actifs marseillais ». Le repreneur propose un prix de cession de 7 M€ sous forme de crédit vendeur sur 7 ans avec une garantie personnelle.
EXPORTERHamid Kasmi a fait fortune loin de l'agroalimentaire. L'homme d'affaires possède des hôtels, environ 300 logements sur Marseille et des actifs dans la société algérienne de distribution de gaz. Pour le rachat des moulins, il s'appuie sur les conseils d'un dirigeant d'une entreprise spécialisée dans le négoce de céréales qui veut rester anonyme pour ne pas effrayer ses clients. « Nous portons depuis 18 mois un projet de relance de production de 50 000 tonnes de semoule pour répondre à la demande d'un marché de 260 000 tonnes en France, concentré, depuis la fermeture de l'usine, aux mains de trois opérateurs, explique son conseiller. Nous voulons nous lancer sur les améliorants de panification. Nous comptons également développer l'export sur le Maghreb, le Moyen Orient et l'Afrique de l'Ouest où le blé manque pour des raisons démographiques et climatiques. Notre projet ne souhaite pas s'attaquer au marché local de la boulangerie traditionnelle. Je suis convaincu que le propriétaire veut fermer cette usine pour éviter de la laisser à la concurrence et réaliser une belle affaire immobilière. Ses 16 000 m2 de terrains se situent dans un des quartiers résidentiels recherché de Marseille. Nous ne voulons pas réaliser une opération immobilière. Nous sommes ouverts à une solution de location longue durée du site ».
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Nutrixo évoquait dès juillet 2012 la fermeture du site en raison de ses pertes (8,5 M€), dès la fin d'un contrat de 55 000 tonnes de semoule avec Panzani, son principal client, et faute de pouvoir renégocier le contrat. Déjà, l'usine avait cessé sa production pour le compte d'autres industriels. « Nutrixo n'a rien fait pour valoriser commercialement l'outil, reprend le conseiller d'Hamid Kasmi. L'usine employait 63 salariés encore alors qu'il n'en fallait que la moitié pour répondre à ce seul marché de Panzani, ce qui a plombé les comptes ». Sur l'ensemble du personnel, cinq ont été recasés aux Moulins Storione sur Marseille, une vingtaine a accepté les conditions du PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi). Restent 32 irréductibles qui occupent certains locaux administratifs de ce site créé en 1860.
L'ETAT S'EN MÈLEFort du courrier du notaire niçois, le commissaire au Redressement productif a répondu le 1er juin à Hamid Kasmi par un mail que nous nous sommes fourni : « Ce document répond à mon attente concernant la présentation d'une garantie financière. J'ai donc demandé à Monsieur Daubé (administrateur et dirigeant des Grands Moulins de Paris, membre de Nutrixo) d'engager sans tarder les discussions relatives aux conditions de finalisation de la vente du site. Afin de démontrer votre capacité à réaliser cette transaction, il m'apparait souhaitable que ce document puisse être transmis à Monsieur Daubé ». Aujourd'hui, la balle est dans le camp de Nutrixo.
TRANSFERT DE STOCKSCes trois dernières semaines, la direction a obtenu en référé la possibilité de vider des silos pour prévenir le risque d'échauffement sur le site occupé. Nutrixo transborde depuis les stocks restants vers un endroit sécurisé au nord de la ville. Jusqu'en 2008, ces moulins étaient propriété de la famille Skalli qui les avait affiliés à son propre groupe Panzani qui acquérait par la même occasion Rivoire et Carret-Lustucru, propriété de Maurel. Depuis, l'outil appartient à la branche transformation de Vivescia, au travers de Siclaé dont la branche meunerie-boulangerie est contrôlé par Nutrixo, entité créée en 2001 par la réunion des activités Meunerie de Grands Moulins de Paris, Euromill Nord, Grands Moulins Storione, mais aussi Inter-Farine et les activités boulangerie, viennoiserie, pâtisserie et traiteur de Délifrance. Ce dossier devrait connaître un nouveau dénouement prochainement et permettre de mesurer l'impact de l'action du ministère du Redressement productif dans cette affaire complexe.