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Un hypermarché Carrefour vend des légumes issus de… son parking

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Carrefour et la start-up Agripolis ont inauguré leur premier « potager vertical » à Sainte-Geneviève-des-Bois : 300 mètres carrés de cultures de légumes en hors-sol, sur le parking du magasin, destinés à être vendus dans l’hypermarché. Technologique et productif, le potager fournit des légumes bons et sains, revendiquent les deux partenaires qui espèrent que l’offre trouvera son public.

L’hypermarché Carrefour de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), premier hypermarché de France ouvert en 1963, a inauguré le 6 juillet le premier potager vertical en aéroponie de l’enseigne. Conçu et exploité par la start-up Agripolis, le potager hors sol, situé sur le parking du magasin, mesure 300 m2 et est composé de 200 colonnes verticales en plastique de 2 mètres de haut chacune. Sur chaque colonne, 52 trous permettent de faire pousser 52 plants de légumes : tomates, salades, choux, concombres, fraises, courgettes et herbes aromatiques entre autres. Les cultures sont plantées dans des billes d’argile, un substrat neutre qui conserve l’humidité, selon l’équipe d’Agripolis. Les plants sont nourris par des nutriments naturels grâce à un système de circuit d’irrigation fermé qui apporte l’eau et les nutriments et récupère le surplus. « Il s’agit de nutriments autorisés en agriculture biologique », explique habilement l’équipe de communication de Carrefour. Mais les légumes issus du potager ne peuvent bénéficier du label « bio » car le cahier des charges du bio français exige que les cultures soient produites en pleine terre.

Un modèle sept fois plus productif

Le potager a nécessité un investissement de 80 000 € (colonnes, circuits d’eau, plants…) qui devrait être amorti en six ou sept ans, explique Pascal Hardy, fondateur d’Agripolis. Le foncier ayant été mis à disposition par Carrefour qui a consacré une partie de son parking au potager, aucun investissement en la matière n’a été nécessaire pour la start-up.

« Un mètre carré de potager vertical est sept fois plus productif qu’un mètre carré cultivé en agriculture traditionnelle » (en pleine terre et en conventionnel), estime Pascal Hardy. Un argument de taille pour produire en quantité sur de petits espaces et donc en zone urbaine.

Selon Pascal Hardy, le potager pourrait produire, entre avril et octobre (la période de production) « entre 20 000 et 25 000 unités de production » (kilogramme, bouquet, barquette, etc. en fonction du produit), soit « un quart des ventes de légumes de l’hypermarché ». « L’ambition est un peu grande, répond Louise Thillaye, directrice de l’hypermarché, mais nous serions heureux d’atteindre cet objectif ! ».

La « qualité accessible à tous »

Si les objectifs ne sont pas encore précisément fixés, l’ambition est bien de « produire un volume assez important pour avoir un impact réel », témoigne Pascal Hardy qui déplore que l’agriculture urbaine se limite encore en France à des initiatives de niches, souvent élitistes et de fait réservées à des ménages ayant des moyens financiers conséquents. « C’est facile de produire peu et cher en agriculture urbaine. Beaucoup moins d’instaurer un nouveau modèle où l’on produit de la quantité et de la qualité accessible à tous », estime Pascal Hardy. C’est là toute l’ambition d’Agripolis, qui veut proposer des produits de qualité proche du bio à des prix proches du conventionnel.

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En effet, le 6 juillet, les premiers produits issus du potager étaient en vente dans l’hypermarché et ils coûtaient effectivement quelques centimes de plus que les autres produits : 1,10 € la batavia « potager » contre 0,90 € la batavia traditionnelle, 1,10 € le concombre « potager » contre 0,95 € le concombre conventionnel, 3,90 € la barquette de fraises (250 g) « potager » contre 3,25 € la barquette de gariguettes Savéol.

Tabou sur les prix

Certes, l’écart de prix est faible, mais il existe. Pourtant, les coûts de logistique sont compressés au maximum. « Nous cueillons chaque jour les légumes et nous les conditionnons sur place », expliquent les trois maraîchers d’Agripolis affectés au potager vertical. Ensuite, les légumes sont transportés sur quelques dizaines de mètres à peine (pour traverser le parking) avant de se retrouver sur les étals : aucun coût de transport. Reste à connaître les coûts de production et le prix auquel Agripolis vend ses produits à Carrefour. Et devant cette question, ni les porte-parole officiels de Carrefour ni ceux d’Agripolis ne sont très loquaces. « Nous ne communiquons pas sur les chiffres », expliquent les communicants de Carrefour. Mais quelques voix discrètes lâchent qu’Agripolis vendrait la barquette de fraises à Carrefour à 2,30 € (revendue 3,90 € sur les étals).

Quel accueil du consommateur ?

Si finalement le producteur couvre ses coûts de production et peut rémunérer son travail, si Carrefour réalise une marge qui lui paraît raisonnable et que le consommateur paie le prix juste pour un produit de qualité, pourquoi alors rester si secret sur les prix ? Le risque étant finalement d’entretenir le doute sur les pratiques de la grande distribution. Reste à voir désormais si le consommateur est réceptif à cette nouvelle offre : s’il est prêt à payer quelques centimes supplémentaires pour un produit on ne peut plus local, mais cultivé sur un parking, avec des techniques bien loin de sa vision romantique de l’agriculture en pleine terre de nos grands-parents.

« Un mètre carré de potager vertical est sept fois plus productif qu’en agriculture traditionnelle »