La Commission d’orientation du plan national santé-environnement a remis le 12 février au gouvernement un rapport d’étape qui identifie les principales menaces sanitaires (air, eau, sol, bruit, rayonnements, légionelles, plomb, amiante...) pesant sur la population. Le document dénonce « le déficit avéré d’expertise » dans l’évaluation des risques environnementaux et professionnels. L’agriculture et l’alimentation n'échappent pas au diagnostic.
L’étude rédigée les 22 membres de la Commission d’orientation du plan national santé-environnement part d’un certain nombre de constats : l'incidence globale des cancers à crû de 35% en 20 ans depuis 1980 à « âge égal », sans que le tabac ou l'âge puisse l'expliquer. La mortalité par cancer est en France 20% plus élevée que dans le reste de l'Europe. Le rapport juge « très vraisemblable » que les facteurs environnementaux contribuent à l’augmentation du risque de cancer, même s’il est très difficile d’établir formellement les liens de causalité, les pathologies se déclenchant après l’accumulation de petites doses pendant de nombreuses années.
Accumulation de faibles doses
Le document - disponible sur le site www.afsse.fr - est structuré en trois grandes parties : « environnement général », « habitat » et « environnement de travail ». Sur la trentaine de chapitres que comprend le document de 170 pages, quatre ont trait à l’agriculture au sens large (qualité des sols agricoles, risques liés à la proximité d’activités industrielles ou agricoles et aux infrastructures de transport, risques liés à la sécurité alimentaire, contaminations d’aliments d’origine environnementale). Et à l’image de l’état de l’écotoxicologie française c’est un constat de manque que dressent les experts : peu d’études épidémiologiques ont analysé jusqu’ici les effets sanitaires des pesticides sur la population générale. « Les travaux sur les effets chroniques dans les populations professionnellement exposées (au premier chef, les agriculteurs) ne permettent que de formuler des hypothèses sur les impacts d’une exposition à faible dose, sur le long terme, en population générale ». Aucun des effets suspectés (cancer, troubles de la reproduction ou neurologiques) « n’a aujourd’hui reçu de preuve irréfutable », sauf pour les lymphomes non hodgkiniens qui font partie des hypothèses les moins controversées indique le rapport, soulignant que l’exposition aux pesticides a essentiellement lieu par voie alimentaire.
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Priorité à l’étude des sols agricoles
S’agissant des nitrates, les experts n’identifient pas de risque direct majeur mais rappellent que l’eutrophisation de eaux superficielles « peut constituer un risque indirect pour la santé en favorisant le développement de micro-algues » dont certaines produisent des toxines qui se concentrent dans les coquillages. De manière générale, le rapport regrette le manque de connaissance et de données sur le sol et le sol agricole en particulier. Les experts font d’ailleurs remarquer qu’il est nécessaire de poursuivre les études sur la présence possible du prion dans les sols et dans l’environnement, et les risques éventuels liés aux résidus d’antibiotiques et de molécules à effet hormonal utilisés en élevage et qui rejoignent les sols via l’épandage des lisiers et purins. « Le temps de latence entre une mesure de réduction des pollutions et son effet est particulièrement long, ce qui doit faire du développement de la recherche en matière de sols agricoles une priorité » juge le rapport.
En matière de métaux lourds (plomb, cadmium, mercure), la commission d’orientation mentionne que le vin et, dans certaines conditions, l’eau de du robinet, sont les boissons les plus chargées en plomb. L’essentiel du cadmium ingéré provient de végétaux à feuillage vert, salades, choux, épinards et dans une moindre mesure des céréales, des pommes de terre et des rognons.