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Viandes Un memorandum du Sniv-SNCP pour relancer l’industrie de la viande française

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Quelques jours après l’appel du ministre de l’Agriculture à la filière viande demandant une meilleure rémunération des éleveurs, le Sniv-SNCP a présenté, lors de son assemblée générale, un mémorandum, préparé depuis plusieurs mois, contenant des propositions destinées à relancer la compétitivité de l’industrie de la viande. Pour le syndicat de l’industrie de la viande et du commerce du porc, « on ne peut décréter l’imposition d’un prix minimum ». C’est la compétitivité de l’industrie qu’il faut relancer si l’on veut qu’elle rémunère mieux ses fournisseurs. Or, cette compétitivité est mise à mal, notamment par des distorsions de concurrence en Europe.

«Ce n’est pas l’imposition d’un prix minimum par un dispositif d’économie planifiée – ce que comporte en creux la LMA – qui stimulera la véritable contractualisation », a affirmé Jean-Paul Bigard à l’occasion de l’assemblée générale du Sniv-SNCP (syndicat des industriels de la viande, commerce du porc) le 5 octobre. Une assemblée placée sous le signe des distorsions de concurrence, notamment avec l’Allemagne qui bénéficie de coûts de main-d’œuvre et de réglementations environnementales nettement plus favorables que les autres pays européens. Le Sniv-SNCP a présenté un mémorandum « pour une nouvelle compétitivité des filières viandes françaises », incluant des mesures sur cinq volets : réduire les distorsions de concurrence en Europe ; alléger les contraintes et charges des entreprises ; comprendre et anticiper l’évolution des marchés ; développer une politique de l’offre ; rétablir des relations de confiance dans la filière. Jean-Paul Bigard a insisté auprès de la Fict (industrie des charcuteries traiteurs) pour qu’elle accepte le principe de l’information sur l’origine des viandes porcines fraîches ou transformées.

Entre 12-15 euros l’heure et plus de 20 euros
Une table ronde sur les conditions de concurrence en Europe a permis d’en cerner les conséquences. L’Europe de la viande subit depuis quelques années une redistribution des cartes en profondeur. Le grand gagnant, surtout en matière d’industrie du porc, est l’Allemagne. La raison : d’abord sa capacité à bénéficier de prix de main-d’œuvre considérablement plus faibles que ses voisins de l’Ouest grâce aux ouvriers des pays de l’Est. Des sociétés des pays de l’Est se sont constituées, mettant au service de l’industrie allemande une force de travail à des prix particulièrement bas. Représentant la coopérative Westfleisch, Christian Leding reconnaissait que ces contractants permettaient de bénéficier de coûts de travail entre 12 et 15 euros charges comprises (« Ce n’est plus 8 euros mais 12 ou 15 », disait-il) alors que ces coûts approchent fréquemment 20 euros en France ou dans les pays voisins. Un avantage considérable quand on sait que 80% des coûts de transformation de la viande sont constitués des frais de main d’œuvre.

L’Allemagne plaque tournante
A ces avantages s’ajoutent une régime très favorable de TVA pour les éleveurs, des règles écologiques souvent moins contraignantes en cas de regroupements d’exploitations, de même que plusieurs milliers d’unités de production de biogaz qui apportent un revenu complémentaire aux agriculteurs. Néanmoins, ces avantages en amont n’empêchent pas les industriels allemands de payer plus cher, apparemment, les porcs aux éleveurs qu’en France par exemple. La raison principale tient à une pression très forte de la demande industrielle.
L’Allemagne est devenue en effet une plaque tournante de l’industrie porcine. Le Danemark et les Pays Bas, traditionnellement abatteurs et transformateurs, deviennent de plus en plus des expéditeurs d’animaux vivants vers l’Allemagne. Le géant danois Danish Crown, de statut coopérative, y a même délocalisé plusieurs milliers d’emplois en fermant des abattoirs dans son pays. Enfin, l’Allemagne est devenu un acteur mondial pour la viande : « Les Allemands n’ont pas simplement un marché domestique mais il est également international. Avec 22 % de producteurs de moins en Allemagne en quelques années, une réelle sélection des producteurs les plus performants s’opère », selon Christian Leding

Obtenir une harmonisation
Autant de raisons qui motivent, dans le mémorandum du Sniv-SNCP, un premier volet sur la fin des distorsions de concurrence. « La viande française est pénalisée de plusieurs dizaines de centimes par kg par des mesures nationales », estime le syndicat. Sur ce point, il demande : que soient « identifiés les manquements au respect de la législation communautaire ou les carences de celles-ci » ; que soient « sensibilisées les opinions publiques, les parlementaires et les exécutifs français et européens aux dysfonctionnements qui résultent de ces distorsions ; que des mesures d’harmonisation par les voies politiques et juridiques soient obtenues. « En France, les dialogues entre pouvoirs publics et producteurs ne sont pas aussi pragmatiques qu’en Allemagne ! », regrettait Emmanuel Commault, directeur général Groupe Cooperl Arc’Atlantique.

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