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Industrie Un modèle agricole breton à bout de souffle

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Une réunion interministérielle pour traiter l’urgence de la situation économique difficile de l’industrie agroalimentaire bretonne. C’est de cette manière que le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a réuni pas moins de douze ministres, mercredi.

Six portefeuilles rattachés à l’économie et l’emploi – Michel Sapin au ministère du Travail, Arnaud Montebourg au Redressement Productif, Stéphane le Foll et Guillaume Garot à l’Agriculture et l’Agroalimentaire, Pierre Moscovici, ministre de l’Économie – et deux ministres bretons, Jean-Yves Le Drian (Défense) et Marylise Le Branchu (Fonction Publique), sans oublier 5 autres ministres. Bel aéropage, mais pour faire quoi ? Selon la chambre régionale d’agriculture (1), l’industrie agroalimentaire bretonne pesait 19 milliards d’euros en 2010, soit 13,4 % de l’industrie française. À elle seule, l’industrie de la viande génère 39 % de ce chiffre d’affaires régional. Le secteur emploie 56 000 personnes en Bretagne, c’est-à-dire 39 % de l’emploi industriel de la région. Dix groupes, de Bigard à Coralis en passant par Triskalia, Cecab, Glon, etc. emploient à eux seuls un peu plus de 42 000 salariés.
Seulement, cette industrie affiche des performances inférieures aux IAA françaises en matière de taux de valeur ajoutée (16,5 contre 19,8 %), de frais de personnel sur valeur ajoutée (69,4 conte 58,6 %), ou encore de taux de marge industrielle sur valeur ajoutée (22,8 contre 33,3 %). Ces taux caractérisent ce qu’on a longtemps appelé le modèle agricole breton, fondé sur une logique industrielle de volumes. « Dans le contexte actuel de grandes restructurations économiques et de concurrence mondiale exacerbée, il convient de s’interroger sur les perspectives pour les filières bretonnes, à l’amont comme à l’aval », expliquait en septembre le préfet de région Bretagne, Patrick Strzoda, en préambule d’un document prospectif intitulé L’élevage en Bretagne, hier, aujourd’hui et demain ?.
 
Atonie prolongée
Depuis plusieurs années, les salariés de l’industrie agroalimentaire bretonne vivent dans l’angoisse. Première filière à donner des signes de faiblesse au début des années 2000, la volaille-chair. Entre 2000 et 2010, les surfaces de production ont été réduites de 21 % en Bretagne. Le géant volailler Doux a peu à peu perdu de sa superbe, obtenant son placement en redressement judiciaire, en 2012. Depuis, il a liquidé son pôle frais et supprimé 1 000 emplois. En « poulet métro », la situation « commence à se tendre dans les établissements de Glon, Gastronome ou LDC », dit un observateur du dossier. Le poulet export, métier spécifique au département du Finistère avec Doux et Tilly-Sabco semble difficile à produire désormais, sans le mécanisme des restitutions à l’exportation, mis à zéro par la Commission européenne, qui tenait debout cette filière de 5 000 emplois, entre producteurs, accouveurs, fabricants d’aliments, industriels. Depuis, Tilly-Sabco a réduit de 40 % son activité, tandis que Doux stocke. En dinde, le secteur n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut autrefois, quand il était le fleuron à l’export de l’industrie agroalimentaire bretonne. Les clients européens de la France se sont mis à produire eux-mêmes leur viande ou à l’importer. « Les six derniers abattoirs de dindes de Bretagne ne tournent qu’à moitié de leurs capacités », dit le même observateur du secteur. La principale restructuration intervenue ces dernières années ? La fermeture de deux abattoirs de dindes par Doux. Sans effet notable sur l’activité de la filière. TDI (groupe Even) est toujours en redressement judiciaire.
On pourrait égrener encore d’autres dossiers, comme la fermeture annoncée il y a plusieurs mois de la conserverie de légumes Boutet-Nicolas (Finistère). En fait, ce que demandent les organisations professionnelles, c’est de libérer les énergies, de simplifier la réglementation, de redonner goût à la production. Une délégation de l’Association bretonne des entreprises alimentaires (ABEA) a rencontré le président de la République, François Hollande, le 23 août, pour lui décrire « une situation économique et sociale et dégradée » et l’interpeller sur trois sujets prioritaires : le report de l’application de l’écotaxe « à une période où l’agroalimentaire sera revenu à une situation de création nette d’emplois » ; « une interprétation unique et une application stricte de la LME concernant le respect des tarifs et (…) la non-négociabilité des conditions générales de vente » ; « la simplification administrative ». Mais pour l’instant, les adhérents de l’ABEA associés à Produit en Bretagne font sonner le tocsin. Mercredi à midi, elles ont déclenché dans leurs murs les alertes incendie pour dire « qu’il y a le feu dans l’agro breton». Une initiative qui a trouvé écho dans la distribution puisque tous les magasins bretons de Leclerc, Système U et Intermarché, ont collectivement fermé leurs portes de 9h à 10h le même jour par solidarité avec les entreprises agroalimentaires de leur territoire.

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