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Un ours tué en Ariège

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Un ours a été retrouvé tué par balle en Ariège le 9 juin. Si les associations, les ministères et les producteurs condamnent tous cet acte, ce dernier illustre une nouvelle fois les difficultés du dossier. 

C’est la ministre de la Transition écologique qui l’a appris à la planète médiatique depuis son compte Twitter, le 9 juin : « Un ours a été découvert aujourd’hui en Ariège, abattu par balles. » D’après les informations de l’AFP, cet animal aurait été retrouvé dans une zone escarpée près du Cirque de Gérac, à 1800 mètres d’altitude, par les services de l’Office français de la biodiversité. Les agents effectuaient des constats de prédation après des signalements de brebis tuées dimanche, non loin de là. Il s’agit d’un ours mâle, de 150 à 200 kg, qui n’avait pas de collier, et ne faisait donc pas partie des ours slovènes relâchés en 2018.

Un drame qui surprend peu

« L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable », a déploré la ministre sur Twitter, annonçant que l’Etat porterait plainte. Les derniers recensements avaient fait état de cinquante ours dans les Pyrénées. Un nombre sous-estimé selon les producteurs, qui considèrent pourtant que la mort de l’ours constitue un événement « dramatique », comme le résume Franck Watts, en charge du dossier ours au sein de la FNO.

« On ne peut que condamner ce type d’acte, mais en l’absence de solution fournie par le ministère et le mépris témoigné aux éleveurs, on ne peut pas s’étonner de ce genre d’actes extrêmes », souligne France Watts. Du côté des associations, l’événement étonne également peu : « Je ne suis malheureusement pas surprise, car il y a une montée de l’opposition, sans sanction de la part des services de l’Etat », déplore ainsi Sabine Matraire, coordinatrice ours au sein de l’association Ferus.

De nouveaux lâchers

L’ours est protégé au niveau français par un arrêté interministériel du 17 avril 1981 fixant la liste des mammifères protégés, ainsi que par la directive européenne « Habitats » du 21 mai 1992. Le chasseur qui avait tué l’ours Cannelle en 2008 avait été à ce titre condamné à verser 10 000 € aux associations de protection de l’environnement. La disparition de deux ours en 2009 n’avait en revanche pas pu faire l’objet d’une procédure judiciaire, faute d’avoir pu retrouver les dépouilles.

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« Le plan ours dit clairement que tout ours tué de cause humaine doit être remplacé », défend Sabine Matraire, de l’association Ferus. Les associations de protection de l’environnement, dont Ferus, FNE, la LPO ou encore la SNPN, demandent donc à la ministre de la transition écologique de confirmer « que l’État respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal ».

Alors que le dialogue semble chaque année plus difficile entre pro- et anti-ours, pour sortir de l’impasse actuelle des débats, il faudrait, selon Sabine Matraire, « arrêter de faire croire aux opposants qu’ils peuvent supprimer l’ours, et que les services de l’État aient un discours clair ».

De nouveaux moyens

Ce drame intervient alors que les ministères de la Transition écologique et de l'Agriculture avaient annoncé le 4 juin « une augmentation des moyens financiers par rapport à 2019 de plus de 500 000 euros supplémentaires » pour la prochaine feuille de route Pastoralisme et ours.

Les moyens « seront destinés à la protection des troupeaux, notamment pour l’équipement de cabanes dans les estives, le renfort de bergers d’appui, ainsi que la mise en place de diagnostics pastoraux et d’analyses de vulnérabilité, la mise en place de mesures expérimentales d’effarouchement ou encore la mise en place d’un protocole dédié aux estives surprédatées », expliquent les ministères. Des mesures qui auraient dû participer à l’émergence du consensus au sein de la région, mais qui n’ont pas permis d’éviter la mort d’un ours.

« Tout ours tué de cause humaine doit être remplacé »