Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier a annoncé le 5 décembre à la Martinique un plan de plus de 100 millions d’euros pour la « banane durable » antillaise. Un plan qui vise notamment une forte réduction de l’emploi des pesticides et des actions pour la recherche, la formation et l’emploi.
Comme prévu Voir Agra-Presse Hebdo n° 3 180 du 08/12/2008, page 17., le ministre de l’Agriculture a annoncé le 5 décembre le plan pour la « banane durable » qui a été conçu par les professionnels antillais en concertation avec les pouvoirs publics de Paris et de Bruxelles.
Une volonté d’élever le niveau de qualification
Représentant « plus de 100 millions d’euros », ce plan sera alimenté à 48 % par les professionnels, le reste par les départements, les régions, l’État (entre autres à travers le travail des centres de recherche) et Bruxelles, a précisé le ministre. Le ministère y contribuera pour huit millions d’euros, extraits du plan Écophyto 2018, et trois millions pour la promotion des productions issues des régions périphériques.
Un institut technique de la banane sera créé et occupera une place centrale dans la diffusion du savoir-faire aux 709 planteurs et aux 7 000 emplois salariés directs du secteur en Martinique et Guadeloupe. Il travaillera en étroite relation avec le Cirad (Centre international de recherche agronomique pour le développement). Il sera le bras armé de cette volonté, tant des professionnels que du ministre de l’Agriculture d’élever le niveau de qualification. Car derrière la qualification se profile l’élévation du niveau de la qualité, à un moment de compétition accrue avec la banane à bas prix d’Équateur, de Colombie et du Costa Rica, ainsi que le maintien d’emplois durables.
« Nous devons nous atteler à reconsidérer nos unités de production et l’organisation de notre secteur autour du concept d’agriculture durable, qui n’est pas une mode, mais une source d’innovations et de croissance », a souligné Louis-Daniel Bertome, président de la chambre d’agriculture de Martinique, à Michel Barnier.
Réduire « plus vite que dans le reste de la France » l’utilisation des pesticides
Ce plan consistera entre autres à réduire « plus vite que dans le reste de la France » l’utilisation des pesticides, a déclaré Michel Barnier. Pourquoi « plus vite » ? Parce que l’affaire de la contamination des sols par le chlordécone reste encore dans les esprits, même si cette contamination est le fait de pratiques qui ont cessé depuis plus de dix ans dans les Antilles françaises. Parce que la filière antillaise ainsi que les pouvoirs publics souhaitent vivement que le retard dû aux divisions intestines de la profession soit rattrapé. « Pendant ces dix dernières années, nous nous sommes surtout entretués », a fait remarqué Frédéric de Reynal, président du premier groupement de producteurs de Martinique Banamart à Michel Barnier, qui a répondu : « J’ai vu cela ».
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Après le cyclone Dean de fin août 2007, l’occasion est trouvée d’écrire une nouvelle page.
Éric de Lucy, président de l’UGPBAN (Union générale des planteurs de bananes des Antilles), qui a fait, pour la première fois, l’union des planteurs de Martinique et de Guadeloupe en 2004 en fondant cet organisme, a salué la volonté des planteurs dès le lendemain du cyclone. « L’ouragan était à peine parti que les planteurs étaient dans les champs en train de remettre tout en place », a-t-il témoigné.
Amélioration variétale : le verdict des consommateurs
Les chercheurs du Cirad travaillent à la mise au point de variétés de bananes résistantes aux maladies, notamment à la cercosporiose, un champignon fatal pour les plantations en s’attaquant aux feuilles de la plante. Or, la cercosporiose noire, plus redoutable encore que la cercosporiose jaune, venant d’Amérique centrale et des Caraïbes, est déjà présente à Grenade et à la Dominique, et devrait atteindre la Martinique et la Guadeloupe d’ici moins d’un an.
Pour le moment, une seule variété de banane est cultivée dans le monde : la Cavendish. Cette culture mono-variétale au niveau mondial favorise l’extension des parasites. D’autres variétés que la Cavendish, plus résistantes aux maladies, sont dans les cartons des sélectionneurs, mais la difficulté est de les faire accepter par les consommateurs. « Nous connaissons bien les résistances génétiques à la cercosporiose. Nous avons des prototypes de variétés. Mais il n’est pas évident ensuite de les faire accepter par les consommateurs », a résumé François Cote, responsable de l’unité de recherche sur la banane au Cirad. Des tests de consommateurs ont démarré. Une variété, sous le nom de code « 918 », a remporté les suffrages de façon « unanime ».