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Un polymère comme alternatif aux pesticides antifongiques fait ses preuves sur le blé

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Les cultures de blé sont victimes de la septoriose, une maladie fongique difficile à contrôler en raison de sa résistance à plusieurs fongicides. Crédits : © Hans - Pixabay

Des chercheurs britanniques ont réalisé pour la première fois et avec succès des test en plein champ d'un nouveau matériau qui pourrait remplacer les fongicides actuels, accroître la sécurité alimentaire et contribuer à protéger la faune.

D’après une note publiée en mai 2023 dans la revue Nature, entre 10 et 23% des récoltes mondiales sont perdues chaque année à cause d’infections fongiques, avec 10 à 20% de pertes supplémentaires après la récolte et ce malgré l’utilisation de pesticides antifongiques, qui peuvent se révéler dangereux pour la santé ou l’environnement. A noter que le Royaume-Uni utilise toujours 36 pesticides nocifs interdits dans les autres pays de l'UE, selon les résultats d’une enquête de Pesticide Action Network publiée en septembre 2023. 

Des chercheurs de l’université de Nottingham ont pu tester l’efficacité sur du blé en plein champ de matériaux homopolymères antifongique. Leurs résultats ont été publiés le 17 août 2023 dans la revue Green Chemistry. Mis au point par les chercheurs dès 2020, ces polymères peuvent être pulvérisés sur les cultures afin de former un fin film protecteur qui empêche les spores fongiques de s’y attacher et de s’y développer. Pour Simon Avery, professeur de microbiologie eucaryote à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’université de Nottingham, l’un des avantages principaux de ce nouveau matériau est sa non-toxicité pour l’environnement.  

Un polymère aux perspectives attrayantes

Depuis le début du projet, l’équipe de scientifiques a identifié deux principaux polymères aux propriétés désirées grâce à des tests in vitro et sur des feuilles. Pour la première fois, les chercheurs ont mis au point un protocole d’essais en plein champ, sur petites parcelles. Les deux polymères candidats ont été comparés à un fongicide multisite et à deux programmes de fongicides commerciaux. Les deux polymères ont été pulvérisés directement sur de jeunes plants de blé sujets à une infection naturelle par la septoriose du blé (Zymoseptoria tritici) à des fréquences similaires à celles des fongicides conventionnels. « Nos résultats ont montré que le matériau réduisait de manière significative l'infection par la septoriose du blé jusqu'à 26 % », observe Valentina Cuzzucoli Crucitti, chercheuse à l'Université de Nottingham. De plus, ces polymères n’ont pas d’effets négatifs sur la croissance du blé. 

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Pour Simon Avery, « les résultats de ce premier essai sur le terrain avec du blé sont particulièrement encourageants car il existe de nombreuses possibilités d'optimiser davantage les propriétés des matériaux pour la protection des cultures ». Pour la suite, sa collègue Valentina Cuzzucoli Crucitti prépare un deuxième essai sur le terrain prévu en 2024 afin de perfectionner le polymère. Selon elle, l’attrait « d’un matériau comme celui-ci réside dans son manque de toxicité, la relative simplicité de sa production et le fait qu’il peut être facilement mis à l’échelle – ce qui en fait une perspective incroyablement attrayante pour plusieurs autres industries et pas seulement l’agriculture ».