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G20 et matières premières Un pré-rapport propose des pistes pour traiter de la volatilité des prix

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La France avait demandé à neuf organisations internationales (OCDE, FAO, Banque mondiale, OMC, ONU, PAM, FIDA, IFPRI, Cnuced) d’élaborer un rapport sur le traitement de la volatilité des prix agricoles en vue du G20 agricole qui doit se tenir les 22 et 23 juin prochains. Un pré-rapport remis aux Etats membres et qui a fait l’objet de quelques fuites, fait état de plusieurs pistes pour traiter ce problème même si un consensus n’existe pas encore pour expliquer la volatilité des cours par la spéculation.

Les organisations internationales préparent le terrain avant la réunion que les ministres de l’Agriculture du G20 consacreront, les 22 et 23 juin à Paris, à la volatilité des prix des matières premières. Si aucun consensus n’existe à ce stade sur la question du lien entre les hausses des prix et la spéculation financière, en revanche des pistes d’action ont été évoquées dans un pré-rapport émanant du travail de neuf organisations internationales. Un travail fait à la demande de la France pour préparer le G20 agricole qu’elle présidera. Au-delà de divergences sur les causes, un début de convergence semble se dessiner sur les remèdes.
L’objectif est en premier lieu d’améliorer la transparence des indicateurs de marché provenant des grands pays producteurs, à l’instar de ce qui se pratique pour le secteur pétrolier. Rien n’est encore décidé quant à la structure qui accueillerait ces indicateurs mais tout le monde est convaincu qu’il s’agit d’une des clés du problème.

Encadrer les positions financières
Deuxième objectif évoqué dans le pré-rapport, la régulation financière et des produits financiers dérivés des matières premières. Alors que les Etats Unis sont en train de réglementer les positions et les abus de marché sur ces produits dérivés, rien n’existe en Europe. Une des pistes qui pourraient être retenues concerne l’encadrement des positions adoptées par les opérateurs classés comme institutions financières.
En troisième lieu, le pré-rapport plaide pour un accord dans le cadre du cycle de Doha mais émet l’idée d’une certaine réglementation pour les décisions qui bouleversent le libre commerce. Ainsi, tout pays suspendant ses exportations de matières premières pourrait être incité au respect d’une procédure de notification et de consultation. En outre, la suspension de ces exportations pourrait ne pas s’appliquer à des livraisons prévues dans le cadre de l’aide alimentaire.
Quatrièmement, l’idée d’une structure de gestion des crises est avancée, afin de permettre aux principaux pays concernés de se concerter et d’élaborer des parades aux crises alimentaires. Rien n’est arrêté quant à la forme qu’aurait cette structure mais elle pourrait également être envisagée sur un plan régional.
Enfin, l’idée de stocks régionaux est abordée, non pas dans l’esprit de réguler les prix mondiaux mais d’être géographiquement positionnés dans certaines zones fragiles afin d’intervenir sous forme d’aide alimentaire d’urgence. Une doctrine qui revient quelque peu en arrière sur ce qu’avait décidé un G8 en Italie qui avait remis en cause l’aide alimentaire pour privilégier le soutien l’investissement dans les agricultures locales.

Réserves sud-américaines
La bataille pour la régulation des prix agricoles est en tout cas loin d’être gagnée. Quelques jours avant la venue du ministre français Bruno Le Maire au Brésil, les ministres de l’Agriculture de six pays d’Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Paraguay, Uruguay) exprimaient, dans une déclaration commune, leurs réserves à l’égard de « certaines initiatives des pays développés qui veulent lutter contre l’insécurité alimentaire avec la mise en place de mécanismes qui limitent les prix internationaux des matières premières ».
Selon eux, les prix élevés des denrées alimentaires ne constituent pas « la principale cause de l’insécurité alimentaire dans le monde », celle-ci étant plutôt liée à « la pauvreté structurelle dans laquelle se trouve une grande partie de la population mondiale ».
Les ministres sud-américains sont, en revanche, favorables à l’amélioration de l’information sur les marchés et considèrent que le cycle de Doha est essentiel pour dégager des solutions aux problèmes soulevés par les pays développés, et notamment par la présidence française du G20.

Restrictions à l’exportation : une proposition soumise à l’OMC
Pour leur part, les pays en développement ont fait écho, à Genève, à un des dispositifs avancés par le pré-rapport sur la volatilité. Lors d’une session des négociations agricoles de l’OMC, le 5 avril à Genève, le groupe des pays en développement importateurs net de denrées alimentaires ont d’ailleurs soumis une proposition visant à leur permettre de continuer d’importer des produits en provenance de pays qui pratiquent des restrictions à l’exportation.
Ce projet précise que, lorsqu’un pays fournisseur « instaure une nouvelle interdiction ou restriction à l’exportation sur des denrées alimentaires (...), ce membre de l’OMC n’appliquera pas l’interdiction ou la restriction aux pays en développement importateurs net de denrées alimentaires ni aux pays les plus démunis ». Il a été plutôt bien accueilli par les autres négociateurs, le Japon, la Suisse et l’UE notamment, qui ont toutefois souligné la nécessité de l’analyser soigneusement.

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