Une législation en préparation sur les risques pour la santé humaine de la présence d’acrylamide dans les aliments a fait l’objet d’un débat au Parlement européen, ce 31 janvier, en présence de représentants de la Commission européenne et de l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Si certains eurodéputés ont critiqué le manque d’ambition et le flou du projet de la Commission européenne, d’autres, au contraire, ont appelé cette dernière à plus de prudence et de modération et à se fier au « code de pratiques » de l’industrie alimentaire.
En 2002, des scientifiques suédois ont révélé que l’acrylamide se formait lors de la transformation alimentaire de toute une série de produits cuits ou frits. Les scientifiques estiment toutefois que sa présence pourrait être limitée grâce à des mesures spécifiques prises par les entreprises agroalimentaires. En juin 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé que l’acrylamide constituait une « inquiétude au niveau de la santé publique, puisqu’elle multiplie potentiellement le risque de développement de cancers à tous les âges ». La substance est également catégorisée comme « extrêmement dangereuse » par l’Agence de protection de l’environnement américaine. Jusqu’à aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire européenne a surveillé elle-même les niveaux d’acrylamide de manière volontaire, en développant une série d’outils et de codes de pratiques. Estimant que les niveaux d’exposition actuels des consommateurs à l’acrylamide ne sont pas satisfaisants, une représentante de la Commission européenne lors du débat de la commission de l’environnement et de la sécurité alimentaire du Parlement européen sur l’acrylamide, le 31 janvier, a souligné qu’il est « tout à fait crucial de réduire la présence de l’acrylamide dans les aliments ». Elle a indiqué que la Commission prépare une législation qui obligera les opérateurs à prendre des mesures dans ce sens (Mitigation measures). « Un projet de règlement est à l’étude dans le cadre de la législation communautaire sur l’hygiène alimentaire », a-t-elle précisé. Selon elle, la Commission proposera des « niveaux de référence (bench mark) très stricts » pour réduire la présence d’acrylamide dans les aliments. Niveaux qui seront contrôlés par les autorités nationales et qui feront également l’objet d’un suivi efficace. À côté du volet législatif, la représentante de la Commission a aussi indiqué la nécessité de sensibiliser les consommateurs aux dangers d’une exposition élevée à l’acrylamide. Opérations de sensibilisation qui devraient être assurées par les Etats membres et par les associations de consommateurs nationales
Avis partagés des eurodéputés
Certains eurodéputés comme le Vert belge Bart Staes ont critiqué la frilosité de la Commission européenne et ont demandé pourquoi cette dernière ne propose pas des niveaux maximums de présence d’acrylamide dans les aliments contraignants et pourquoi elle se limite à « des valeurs indicatives trop élevées et non contraignantes ». L’eurodéputé belge et d’autres ont également reproché à la Commission de baser son projet législatif sur le règlement 852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires et non pas sur le règlement 1881/2006 sur les contaminants des denrées alimentaires, lequel fixe des teneurs maximales contraignantes pour certains contaminants dans les denrées alimentaires. Bart Staes a également dénoncé le projet législatif de la Commission qui, selon lui, « est très général, flou et qui a été élaboré sous la dictée des représentants de l’industrie ». Il a demandé si la Commission a également pris langue avec « des parties prenantes indépendantes » sur ce sujet, estimant qu’il faudrait, selon lui, « trouver un juste équilibre entre les intérêts des industriels et ceux des consommateurs afin de protéger la santé de ces derniers ». En revanche plusieurs autres eurodéputés, comme la Française Mireille D’Ornano (Europe des Nations et des Libertés, groupe de Marine Le Pen), ont indiqué que proposer des mesures législatives contraignantes pour l’industrie était « prématuré au regard des études qui restent à conduire sur l’acrylamide » et que l’industrie agroalimentaire s’est déjà dotée d’une boîte à outils pour faire face au problème de l’acrylamide dans les produits alimentaires transformés et qu’il n’est pas nécessaire d’aller au-delà et qu’il faudrait faire preuve de prudence et de modération.
Un vote attendu en 2017
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La Commission européenne a l’intention d’adopter des mesures de réduction du niveau d’acrylamide dans les aliments dans le courant de l’année 2017. Toute décision à ce sujet devrait être prise au niveau du Comité permanent sur les plantes, les animaux et l’alimentation, un groupe d’experts composé de représentants des États membres qui assiste la Commission européenne pour ses décisions scientifiques.
Enfants : le groupe d’âge le plus exposé à l’acrylamide
Le 4 juin 2015, l’EFSA a publié sa première évaluation complète des risques associés à l’acrylamide dans les aliments. Des experts du groupe scientifique sur les contaminants de la chaîne alimentaire (groupe CONTAM) ont reconfirmé les évaluations précédentes selon lesquelles l’acrylamide dans les aliments accroît potentiellement le risque de développement d’un cancer pour les consommateurs de tous les groupes d’âge. Les données issues des études animales démontrent que l’acrylamide et son métabolite, le glycidamide, sont génotoxiques et cancérigènes : ils endommagent l’ADN et provoquent le cancer. Dans les études sur l’homme, les preuves qui démontreraient qu’une exposition alimentaire à l’acrylamide provoque le cancer sont actuellement limitées et non concluantes. L’acrylamide étant présent dans un large éventail d’aliments consommés au quotidien, ce problème se pose pour tous les consommateurs, mais les enfants sont le groupe d’âge le plus exposé proportionnellement à leur poids corporel. Les catégories alimentaires qui contribuent le plus à l’exposition à l’acrylamide sont les produits frits à base de pommes de terre, le café, les biscuits, les biscuits salés, les pains grillés, biscottes et pain mou.