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Ministère de l’Agriculture Un rapport ouvre des pistes pour rendre sa compétitivité à la filière volaille

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Les handicaps et les atouts du secteur français de la volaille viennent d’être examinés à fond dans le cadre d’une mission conjointe des ministères de l’Agriculture et des Finances dont le rapport, publié le mois dernier, suggère un certain nombre d’actions de reconquête pour contrer un mouvement de repli qui s’accentue depuis une dizaine d’années. La filière de la volaille de chair française est condamnée à s’adapter si elle ne veut pas continuer à perdre pied, écrivent les rapporteurs avant de prôner les moyens d’un retour à la compétitivité.

La filière française de la volaille doit, et peut, retrouver sa compétitivité. Premier producteur européen et premier exportateur de produits avicoles vers les pays tiers, la France a d’incontestables atouts et elle ne saurait délaisser un marché mondial qui, contrairement à celui des autres produits carnés, est en croissance forte et constante. Telle est l’analyse du Conseil général de l’agriculture et de l’Inspection des finances dans un rapport publié sur son site par le ministère de l’Agriculture le 13 décembre. Un travail en tout point parallèle et complémentaire de celui de la mission Rouault sur la compétitivité des industries alimentaires françaises (1). Pourtant, la filière française a perdu pied face à une compétition internationale qui s’est accrue depuis dix ans ; celle-ci s’est aggravée du fait de l’abaissement des droits de douane et elle pourrait empirer encore avec la menace de voir disparaître les restitutions en 2013 comme envisagé dans le cadre de l’OMC. Aussi le rapport prône une stratégie de reconquête et de consolidation, en particulier pour s’imposer de nouveau sur le marché des produits standard sur lequel elle est le plus concurrencée.

Des coûts trop élevés
Le défi mérite d’être relevé, s’agissant de la deuxième viande la plus consommée dans le monde après le porc. Il y va de la survie d’une filière française qui emploie en direct 70 000 personnes en France et réalise un chiffre d’affaires de 3,8 milliards d’euros. Sur un marché qui se développe sous toutes les latitudes (+30 % en Chine entre 2002 et 2009, +12 % en Europe et même +5 % en France), la production nationale régresse dans le même temps de près de 20 %, laissant celle de l’Allemagne progresser de 38 %, celle du Brésil de 53 % et de la Pologne de 86 %. Même notre marché intérieur voit sa croissance confisquée par les importations puisqu’il est maintenant fourni par l’étranger à hauteur de 36 % en poulet (contre 22 % il y a dix ans) et de 15 % pour la dinde (contre 4 %). Et en parallèle, nos exportations ont chuté de 34 %.
C’est là le signe évident d’une érosion de notre compétitivité : le rapport chiffre ainsi les différences de prix sortie abattage d’un poulet à 630 euros par tonne équivalent carcasse entre la France et le Brésil, soit un coût inférieur de 36 %. Avec l’Allemagne, l’écart est de 14,5 % pour le poulet et de 16 % pour la dinde et est imputable aux distorsions de concurrence liées au coût du travail et au régime de TVA.

Ecarter la menace de l’OMC
De plus, depuis les accords de Marrakech, les menaces semblaient ne provenir que des pays tiers mais « l’émergence récente et spectaculaire d’une filière allemande qui se développe malgré cette concurrence brésilienne incite à penser qu’il existe des alternatives à l’attentisme résigné », écrivent les rapporteurs qui ne cachent pas aussi les raisons internes de notre recul : entre autres, le vieillissement des agriculteurs et des bâtiments et donc un déficit certain de stratégie. Face à cela, le rapport recommande donc de recréer une dynamique par des actions structurées : inventer l’exploitation avicole de demain, dotée d’un bâtiment plus économique et techniquement plus performant, générer de nouvelles recettes (méthanisation, …) et réduire ainsi à terme d’un cinquième les coûts de production, abaisser les coûts d’abattage et de transformation via la robotisation et la réduction des gammes de produits proposés à la grande distribution, imposer la mention d’origine des viandes, faciliter (avec des aides du Fisia ou de FranceAgriMer) les rapprochements d’entreprise et en considérant que le marché national n’est plus pertinent pour réguler la concurrence dans un secteur aussi mondialisé. De plus, il convient de négocier avec l’Union européenne la suppression des distorsions de concurrence entre Etats-membres et la défense prioritaire, « pour quelques années encore », des restitutions sur le poulet. Enfin, la consolidation de la filière dinde nécessite une clarification de la réglementation sur les viandes séparées mécaniquement (VSM) : les viandes désossées mécaniquement (pilons, ailes,…) avec une technique qui conserve les fibres doivent être classées « viandes » et non pas VSM.

(1) Cf Agra alimentation n°2128 du 04.11.2010 page Une

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