Les difficultés de la filière avicole française ne se réduisent pas à la fin des restitutions, loin de là. Mais la crise de la volaille export pourrait se révéler dévastatrice pour l'ensemble de la filière. Un rapport de l'Inspection générale des finances et du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux) paru en mars met justement en cause les difficultés de la filière volaille à agir collectivement, et plaide notamment pour la création d'une interprofession unique.
UN rapport commun de l'Inspection générale des finances et du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux) met en cause l'organisation de la représentation de la filière volaille, extrêmement morcelée, et plaide pour la création d'une interprofession unique dans la volaille. Un projet dans ce sens, qui a échoué en 2006, prévoyait pourtant à l'époque de créer un fonds destiné à gérer la transition avec les restitutions ainsi que des actions techniques et de recherches pour rénover les modèles de productions.
MULTIPLICATION DES INSTANCES DE REPRÉSENTATION
Pour l'heure, pas moins d'une douzaine de fédérations et syndicats représentent les différentes familles de la filière, pointe le rapport. Alors que le secteur compte trois interprofessions reconnues (Cidef – dinde ; Cifog – palmipèdes à foie gras ; CIP – pintade), le poulet est représenté par une association loi 1901 créée en 2007, le Comité interprofessionnel du poulet de chair (CIPC), qui ne comprend ni le label rouge ni le poulet export… Toutes ces structures se retrouvent au sein de l'APVF (Association pour la promotion de la volaille française) et au sein du comité de liaison interprofessionnel de la filière des volailles françaises. Ce dernier, structure informelle créée en 2006, « connaît une vie à éclipses, généralement active lors des crises qui affectent le secteur », estime le rapport.
DIVISIONS ET ATTENTISME
« Cette atomisation empêche la construction de stratégies d'organisation entre les maillons et vis-à-vis des concurrents étrangers. La filière ne peut pas dépasser ses divisions internes pour lancer une démarche opérationnelle collective », précisent les auteurs. « Même si la plupart des acteurs mesurent les insuffisances de la situation, beaucoup se satisfont de cet état de fait dont ils pensent tirer un profit individuel, estimant que le Comité de liaison informel suffit pour échanger efficacement sur les principaux enjeux », accusent-ils. Pour eux, une véritable interprofession de l'amont à l'aval, sans être une fin en soi, est pourtant nécessaire pour définir un nouveau cadre contractuel entre abatteurs et éleveurs, restructurer et moderniser les abattoirs, reconquérir les premiers prix dans la distribution et travailler sur l'offre à destination des industriels et de la RHF.
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UN BUDGET NAIN
Le morcèlement a aussi des implications budgétaires et explique la faiblesse des moyens de la filière volaille. A titre d'exemple, le rapport cite Interbev (bovins, équins, ovins) et son budget de l'ordre de 40 millions d'euros soit 0,4 % du chiffre d'affaires de la filière, le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière et son budget de 42 millions d'euros (0,7 %), Inaporc et son budget de 8 M€ (0,2 %). La filière volaille fait figure de petit Poucet à côté, avec un budget cumulé de 2,6 millions d'euros, alors que son chiffre d'affaires (3,6 milliards d'euros) dépasse celui du porc (3,2 milliards d'euros). Le rapport préconise de doter la future interprofession unique de moyens équivalents à ceux de la filière porcine (voir encadrés).
POUR UNE INTERPROFESSION UNIQUE
La fin des restitutions à l'exportation a mis en lumière la crise de la filière et créé une urgence. Pour pallier l'absence d'interprofession, le rapport propose la création d'un comité de pilotage de la filière parallèlement à celle d'une structure de préfiguration de l'interprofession dont les membres siègeraient au comité de pilotage. « Ce secteur aborde un tournant crucial de son existence : il doit dès à présent dépasser ses antagonismes historiques pour construire un projet partagé. Les intérêts supérieurs de la filière le requièrent urgemment afin d'ouvrir de nouvelles voies de croissance aux entreprises qui la composent », estime le rapport.
Le rapport rappelle la réussite de LDC, leader sur le marché européen, tout en mentionnant son isolement dans une filière très en difficulté. « La question est de savoir si cet isolement, avec une faiblesse dans son implantation européenne, ne sera pas menacé à terme par le délabrement général de la filière dont pourraient profiter les concurrents étrangers pour s'établir à leur tour en France par absorption des éléments les plus faibles », interrogent les auteurs. D'autant qu'ils estiment que « la concentration des élevages sur le Grand Ouest (deux tiers des abattages français sont réalisés dans cette zone) a contribué à une forme de repli de la filière sur les problématiques économiques locales dans un contexte d'émergence de stratégies globales et de grands acteurs de taille mondiale ».