Excessif pour les agriculteurs, insuffisant pour les écologistes réunis au sein de la FNE, le rapport Potier va provoquer un large débat. Principal reproche : il n'analyserait les phytos qu'en termes de quantité, sans différencier les produits selon leur dangerosité.
« Diminuer coûte que coûte les phytosanitaires en agriculture sans tenir compte de l'impact économique, c'est cela qui m'inquiète », a expliqué le président de l'Assemblée des chambres d'agriculture (APCA) Guy Vasseur en présentant ses vœux à la presse le 7 janvier, réagissant à la présentation du rapport Potier sur la réduction des phytos en agriculture. Il a également marqué son opposition à tout dispositif qui pourrait être « punitif » en cas d'échec des mesures incitatives. Par ailleurs, « OK pour l'Europe, rien que l'Europe », a lancé Guy Vasseur, pour qui la France doit se limiter à appliquer les règles voulues par Bruxelles et pas plus (lire page 22).
« Le rapport Potier a le mérite d'exister mais nous allons le challenger, c'est sûr », a estimé le président de la FNSEA Xavier Beulin en présentant ses vœux à la presse. Xavier Beulin lui reproche de se cantonner aux aspects purement quantitatifs. « L'analyse n'est pas conduite sur le plan qualitatif, celui de l'impact des produits phytos sur la santé et l'environnement », explique le président de la FNSEA. Et Christiane Lambert, vice-présidente, d'ajouter : « Il manque l'affirmation de la nécessité des phytos, qui représentent une garantie de sécurité alimentaire. » Selon Xavier Beulin, ce travail se borne à analyser les volumes de produits utilisés, à envisager des interdictions plutôt que des alternatives technologiques. « Il est très léger sur le volet innovation », considère Xavier Beulin (lire page 20).
« C'est une erreur de se focaliser sur la réduction des quantités, affirme Eugénia Pommaret, directrice générale de l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes). Il y aurait plus de chance d'adhésion en valorisant ce que les agriculteurs font de bien, au niveau formation, contrôle des pulvérisateurs, bandes enherbées, jachères pollinisatrices… » Selon elle, pas un mot ne figure en reconnaissance de ce qui est fait par les producteurs, or « depuis 2008, beaucoup a été fait en changement des pratiques ». Le rapport est jugé « décevant » : « On a du mal à voir les priorités, le cap proposé ». Eugénia Pommaret y voit une « incohérence » entre d'une part, la volonté de produire plus et mieux, d'autre part, l'objectif de baisse du Nodu (Nombre de doses unités, ndlr). « Le rapport ne parle pas du contexte sanitaire, des enjeux de filière, de l'objectif de compétitivité de nos entreprises, qui contribuent à l'innovation, la richesse. »
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Divergences sur la taxation
Côté financement d'Ecophyto, le rapport propose de porter la contribution de la Redevance pollution diffuse au minimum à 100 M d'euros. Pour Didier Marteau, président de la commission environnement pour les chambres d'agriculture, « il faut faire attention. Cette redevance est une taxe pour les agriculteurs ». Au contraire, Jean-Claude Bévillard, vice-président en charge de l'agriculture chez France Nature environnement (FNE), estime « qu'il n'y a pas de signal sur une fiscalité incitative. Les moyens sont insuffisants ». Sébastien Picardat, directeur général de la FNA (Fédération du négoce agricole), pense lui qu'« on en peut pas, d'un côté, voir l'agriculteur comme un professionnel responsable, libre de ses choix et, de l'autre, rejeter sur le distributeur la faute d'un objectif phytos non atteint, en le taxant ». Il s'interroge aussi sur le fléchage des fonds ainsi collectés, qui pour lui doivent « être destinés aux utilisateurs finaux ». En matière de conseil, la mission préconise la montée en puissance d'un conseil agronomique ou stratégique indépendant, autrement dit à caractère public et libre des enjeux commerciaux. Jean-Claude Bévillard demande « un conseil indépendant de la vente ». Il regrette que « ceux qui vendent sont ceux qui conseillent ». Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France métiers du grain, soutient que « c'est un faux problème. Les coopératives sont orientées par les attentes des agriculteurs en termes de revenu et d'image ».
Guy Vasseur juge intéressant le rapport Potier en ce qu'il met avant l'importance des chambres d'agriculture dans le conseil aux agriculteurs pour réduire le poids des intrants en agriculture. Idem sur le rôle des coopératives et négociants en la matière, note Sébastien Picardat, qui salue l'idée de replacer les opérateurs économiques au cœur du dispositif.