Les productions allemande, espagnole et hollandaise ont augmenté cet été, venant dégrader des cours déjà en berne à cause de l'embargo russe.
LES éleveurs de porcs bretons n'avaient surement pas besoin de ça. Concluant « un mois de baisse sans interruption », les cours ont chuté en Allemagne de 4 cents en semaine 39, puis sur toutes les places européennes (-3,4 cents en France, - 5,5 cents en Espagne), constate le Marché du porc breton (MPB) de Plérin dans sa note de conjoncture du 29 septembre. La faute de l'embargo russe ? Pas seulement. Cet été, les productions allemande, espagnole et hollandaise ont augmenté brusquement, tandis que la demande, elle, stagnait voire reculait, à l'export à cause de l'embargo russe mais aussi sur le marché intérieur, comme en Allemagne.
Contrairement à la France, l'Allemagne et l'Espagne continuent d'augmenter leur capacité de production ces dernières années en s'appuyant sur les exportations vers les pays tiers. « L'Europe exportait 2 à 3% de la production il y a encore quelques années. Aujourd'hui, nous exportons 10%, le prix est mondialisé », constate Daniel Bellec, directeur du groupement Syproporcs. Lorsqu'ils sont privés de certains débouchés à l'export et confrontés à des marchés intérieurs peu dynamiques, comme cette année, les cours européens sont fortement chahutés par les hausses brutales de production.
L'Allemagne pointée du doigtL'Allemagne est à nouveau particulièrement pointée du doigt pour son influence sur la baisse des cours. « Le rôle de l'Allemagne est considérable car la moitié des exportations pays tiers perdue l'a été par les entreprises allemandes, explique le Marché du porc breton (MPB) en référence à l'embargo russe. À - 16% d'exportations, les entreprises allemandes exercent des pressions insupportables sur les différents marchés européens de viande. »
L'embargo russe a déjà fait rater aux producteurs un été 2014 qui s'annonçait sous de bons auspices. L'automne, qui ne s'annonce pas mieux, échauffe les esprits. Dans un communiqué du 29 septembre, les FRSEA et JA de l'ouest de la France (Basse Normandie, Bretagne, Pays de Loire) demandent aux « industriels transformateurs de viande porcine de faire preuve de patriotisme économique et privilégier l'approvisionnement en viande française. »
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Entre 150 et 200 producteurs de porcs se sont rassemblés le 2 octobre devant le Marché du porc breton (MPB) à Plérin pour protester contre la baisse des cours, a constaté l'AFP. Ils ont ensuite fait le tour de plusieurs hypermarchés pour vérifier l'origine de la viande dans les rayons. Ils ont vidé les rayons remplis de produits fabriqués à base de viande non française et rempli les chariots avec ces produits qu'ils ont finalement abandonnés devant les caisses.
Le retour de la saisonnalitéPrivés du débouché russe, les producteurs européens se retrouvent à nouveau pris dans la saisonnalité du marché européen. Les prix augmentent en été et baissent à l'automne. Les exportations vers les pays tiers, Russie et Chine en tête, faisaient jusqu'ici se tenir les cours, même en automne. « Et on a déjà complètement raté l'été », commente Daniel Bellec. Les perspectives sont donc plutôt baissières pour la fin de l'année. « On ne connaît pas encore le seuil psychologique du marché », explique Daniel Bellec. Il reste à moyen terme quelques raisons de positiver pour les éleveurs français. La parité euro/dollar s'améliore pour les exportations européennes, et la Russie a ouvert ses portes à la viande porcine chinoise, ce qui devrait contraindre Pékin à chercher de nouveaux partenaires pour l'approvisionner. Sur l'année, le prix moyen pour un naisseur-engraisseur se situe actuellement autour de 1,5 € le kilo, ce qui correspond à la moyenne des cinq dernières années.
LES exportateurs européens de viande porcine ont trouvé de nouveaux débouchés pour compenser l'embargo imposé par Moscou depuis le 29 janvier, observe le Marché du porc breton (MPB) dans sa note hebdomadaire du 29 septembre. « Au fil des semaines, 274 000 tonnes ont été récupérées sur les autres marchés tiers », notent les opérateurs de Plérin. Les perturbations occasionnées par l'embargo russe et le conflit ukrainien auraient coûté 438 600 tonnes aux exportateurs européens (366 kt en Russie, 46kt en Biélorussie et 26kt en Ukraine), calculent les Bretons. Mais les exportations vers les pays tiers n'ont chuté que de 165 000 tonnes sur la même période. Autrement dit, les exportateurs européens ont trouvé de nouveaux débouchés, notamment vers le Japon (+68kt), les Philippines (+50kt), la Corée du Sud (+48kt).