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Politique agricole Un sous-investissement chronique dans la recherche agricole en Europe

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Lors du colloque Forum for Agriculture 2011 (FFA), à Paris le 18 octobre, les intervenants ont fait état d’un fort sous-investissement public et privé dans la recherche agricole de l’hémisphère nord. D’ailleurs, Franz Fischler, ancien commissaire européen à l’Agriculture, a déclaré à cette occasion qu’aujourd’hui 70% des budgets mondiaux dédiés à la recherche agricole étaient concentrés en Inde, en Chine et au Brésil.

«Lorsque les rendements en blé stagnent dans l’hémisphère nord, ceux du maïs et du soja continuent à progresser », a souligné Franz Fischler, ancien commissaire européen à l’Agriculture, le 18 octobre à Paris lors du colloque Forum for Agriculture (FFA). « Le Brésil est au treizième rang du nombre de publications scientifiques publiées chaque année, et produit dix mille doctorants par an, ainsi que seize mille articles scientifiques », a indiqué Mauricio Antônio Lopes, directeur exécutif du centre de recherche agricole brésilien (EMBRAPA).

Une offre alimentaire mondiale serrée

« Les prix alimentaires vont continuer à croître, ce qui est bon pour les agriculteurs, mais difficile pour les ménages pauvres dont la part des revenus consacrée à l’alimentation est importante », a prévenu Franz Fischler. Selon lui, l’augmentation des prix agricoles et de leur volatilité a un gros impact sur l’accès à l’alimentation des plus pauvres et dépasse les problèmes d’offre et de demande. « Les liens entre les marchés agricoles et ceux de l’énergie, et donc de la finance, sont de plus en plus forts », a expliqué Franz Fischler. Pour lui, il est nécessaire de réglementer davantage les marchés des matières premières agricoles. « Si le G20 a bien fait en créant la base de donnée AMIS (agricultural market information system), on a besoin de plus », a déclaré l’ancien commissaire. Il a d’ailleurs pointé du doigt l’effet négatif sur les disponibilités alimentaires mondiales des politiques publiques de subventionnement des agrocarburants. Selon lui, il faut réglementer afin d’atténuer les effets déstabilisant pour les marchés des productions agricoles à usage énergétique. A ce sujet, Franz Fishler souhaiterait que l’Union européenne investisse davantage dans la recherche et la production d’agrocarburants de seconde génération à base de biomasse.

La recherche pour améliorer les disponibilités alimentaires

« C’est grâce à de forts investissements publics dans la recherche, les technologies et les innovations en agriculture que le Brésil est devenu un des leaders mondiaux de l’agriculture », a déclaré Mauricio Antônio Lopes. Il a d’ailleurs rappelé « qu’au Brésil, 79% des productions agricoles sont consommées localement et 21% sont exportées vers 180 marchés étrangers ». De plus, il a souligné que ces investissements ont, depuis 1970, permis de faire baisser de 50% le prix du panier alimentaire moyen au Brésil, ainsi que d’améliorer son indépendance énergétique. Ainsi, selon Mauricio Antônio Lopes, « 47% de la matrice énergétique du Brésil est d’origine renouvelable ». Il a aussi indiqué qu’en 2010 la consommation d’éthanol au Brésil avait dépassé la consommation de carburants d’origines fossiles. Ces résultats ont été permis grâce aux forts investissements dans la recherche agricole brésilienne réalisés dès les années 70, dans un milieu agricole où les superficies progressaient et les producteurs brésiliens devenaient des « agri-entrepreneurs ». Ainsi, un parc scientifique de 17 centres de recherches, dont l’un des plus grands d’Amérique du sud, et de 70 universités dédiées à l’agriculture a vu le jour au Brésil.

Une rentabilité à long terme de la recherche publique et privée

« Ces ressources intellectuelles ont permis d’améliorer la fixation de l’azote atmosphérique dans les sols, diminuant les coûts de fertilisation de 5 Mds$/an au niveau du pays, de développer les techniques sans labour, améliorant la teneur en matière organique des sols, et de lutter contre l’érosion des sols », a souligné Mauricio Antônio Lopes. Enfin, pour Carmel Cahill, conseillère principale à la direction des échanges et de l’agriculture à l’OCDE, « si les conditions sont différentes de celles de l’hémisphère nord, l’exemple brésilien montre que la recherche et le développement sont primordiaux pour développer l’agriculture ». En effet, selon elle, si la rentabilité des recherches est bonne, elle est longue à observer et souffre d’un décalage entre le temps de l’investissement et celui de l’application au champ. Pour améliorer la situation, Carmel Cahill a préconisé un retour à l’investissement public dans la recherche agricole, car ce dernier est en baisse depuis plusieurs années. D’ailleurs, en France, les budgets alloués à la recherche publique agricole sont passés de 45M€ en 2008 à 39M€ en 2011.

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