Pour permettre à la société boulonnaise Delpierre Mer et Tradition d’effacer ses dettes et de reconstituer son fonds de roulement, sa maison-mère Continentale Nutrition a recapitalisé sa filiale à hauteur de 6,5 millions d’euros. Jean-François Delpierre, le directeur général de la conserverie a fait quant à lui appel aux fonds publics. La région Nord-Pas-de-Calais et la Communauté d’agglomération du Boulonnais ont débloqué 1,25 million d’euros sous forme d’une avance remboursable sur cinq ans.
La région Nord-Pas-de-Calais et la Communauté d’agglomération du Boulonnais (CAB) viennent d’accorder à la conserverie Delpierre Mer et Tradition un prêt remboursable d’un montant d’1,25 million d’euros sur une période de cinq ans avec une année de différé. Ce prêt doit permettre à l’entreprise boulonnaise, qui a affiché en 2006 un déficit de 6 M EUR, de « traverser des difficultés passagères ».
De son côté, Continentale Nutrition, la maison-mère dirigée également par un membre de la famille Delpierre, a décidé de reconstituer le fonds de roulement de sa filiale en y injectant les 6,5 M EUR nécessaires à la poursuite de son activité.
Pour Jean-François Delpierre, le directeur général de Delpierre Mer et Tradition, « l’année 2006 aura été une véritable année noire ». De nombreux éléments défavorables se sont en effet accumulés pour cette entreprise alors qu’elle mettait en service un outil industriel flambant neuf sur la nouvelle zone industrielle de Landacres, près de Boulogne.
Aujourd’hui, il semble que le transfert des installations ne se soit pas passé comme prévu. De gros soucis avec le dimensionnement de la station d’épuration, une hausse importante des matières premières (notamment le maquereau, qui représente près de la moitié des approvisionnements, et qu’il a fallu faire venir des Etats-Unis), des lignes de fabrication en deçà de leur productivité (en 2007, l’entreprise lance la boîte à ouverture facile) et un programme export bien au-dessous des prévisions… ont mis l’entreprise gravement dans le rouge.
« Mais le plus dur est derrière nous », tient à dire aujourd’hui Jean-François Delpierre qui reconnaît que le projet de départ était fort ambitieux. Pour Guy Lengagne, le président de la CAB, « les collectivités territoriales se devaient d’intervenir pour éviter l’effet dominos ». En effet, les difficultés de l’entreprise auraient fragilisé sans aucun doute le groupe Continental Nutrition, et les répercussions sur les fabricants d’emballages auraient été inéluctables. « Un enchaînement qui aurait pu à terme menacer environ 2000 emplois à Boulogne-sur-Mer », souligne l’ancien ministre de la Mer.
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43 M EUR de chiffre d’affaires
C’est en 1993 que Continental Nutrition rachète Fourmentin-Ramet (voir encadré), la dernière conserverie de poissons indépendante de Boulogne-sur-Mer (2 M EUR de chiffres d’affaires à l’époque). Rebaptisée Delpierre Conserves, puis Delpierre Mer et Tradition dès janvier 2003, la société est trop à l’étroit dans ses 3600 m2 de Capécure, et déménage en 2006 sur la zone de Landacres, à quelques dizaines de kilomètres de là. Un déménagement qui a fait passer la superficie au sol de l’usine de 3600 m2 à 13800 m2 dont 4000 m2 de stockage. La première boîte de maquereaux au vin blanc sort ainsi des nouvelles lignes en avril 2006.
Ces nouvelles installations doivent permettre de rationaliser la production, d’améliorer la productivité, de diversifier la gamme de produits tout en améliorant leur et de développer l’exportation vers la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Benelux et l’Europe de l’Est. L’usine peut ainsi traiter jusqu’à 30 tonnes de poissons frais ou congelé chaque jour.
Elle dispose pour cela de sept lignes de production : une ligne pour la production de pilchards, quatre dédiées aux maquereaux, et deux lignes consacrées aux salades de thon en boîtes métalliques et en bols plastiques. L’investissement a représenté 16 M EUR sur trois ans (2004-2006). Pour cet investissement, l’entreprise avait augmenté ses fonds propres par émissions d’obligations remboursables en actions et obligations convertibles souscrites par Unigrains via sa filiale Uniconserves. Elle a fait également appel au fonds régional de développement qui réunit Participex (Crédit agricole), Croissance Nord-Pas-de-Calais, le Crédit Coopératif et Finorpa.
Delpierre Mer et Tradition réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de 43 millions d’euros et emploie 200 salariés. Elle travaille à 95 % pour les MDD (Auchan, Carrefour, Leclerc, Intermarché…) et le reste sous des marques propres comme marques Petit Pierre, Rodel…Chaque année, elle a besoin d’environ 12 000 tonnes de maquereaux et 4000 tonnes de harengs. Elle produit actuellement 88 millions de boîtes par an, mais ses installations lui permettent d’en produire 125 millions.