L’agroalimentaire français, qui a conservé son rang tant bien que mal pendant la crise, n’est quand même plus que le 4e exportateur mondial de produits agricoles et alimentaires. Un certain réveil de nos ventes, depuis la fin 2009, redonne de l’espoir mais ne saurait suffire à retrouver notre place de n°1 des ventes sur le marché mondial de produits alimentaires transformés. Par rapport à ses partenaires de l’Union européenne, la France est à la peine mais demeure le troisième exportateur européen (1) en produits agricoles et alimentaires et, sur le marché mondial, elle reste sans conteste le 1er exportateur mondial de boissons grâce à ses vins et spiritueux. La conjoncture actuelle oblige les opérateurs à réviser certains de leurs choix, certains pays étant déjà clairement dans l’après-crise et d’autres, plus proches et mieux connus des entreprises, n’offrant plus tout à fait les mêmes opportunités qu’avant.
Sur le plan conjoncturel, le commerce extérieur agroalimentaire a essuyé des revers mais un certain rebond est perceptible depuis le début de l’année. Après un recul – historique – de 3,5 milliards d’euros en 2009 au plus fort de la crise, l’excédent commercial français en produits agricoles et alimentaires s’est rétabli quelque peu avec un mieux de 500 millions pour le seul 1er semestre 2010 pour se situer fin juin à 3,4 Mds € en cumulé sur les six mois. Bien qu’encore inférieurs de 10 % aux niveaux records du 1er semestre 2008, ces échanges (exportations comme importations) confirment leur rôle moteur dans le commerce extérieur global de la France qui, lui, se solde par un déficit abyssal de 24,5 milliards, aggravé encore à cause de la hausse du pétrole dont les prix en dollars traduisent la dépréciation de l’euro.
L’embellie résulte du dynamisme retrouvé des exportateurs français de produits agricoles et alimentaires dont les ventes au 1er semestre ont atteint 23,1 Mds €, soit une augmentation de 4,4 % par rapport au 2nd semestre 2009. Cette hausse des ventes est supérieure à la croissance de l’ensemble des exportations françaises (+3,7 %). Parallèlement, les importations ont augmenté, mais à un rythme moins soutenu (+2,5 %), pour atteindre 19,7 Mds €, selon la dernière synthèse publiée par le Département agroalimentaire d’Ubifrance (*).
Dans le détail par sous-secteur (2), les exportations de produits agricoles sont celles qui ont le plus progressé (+4,9 %), même si elles restent à des niveaux inférieurs de 15 % à ceux d’avant la crise (1er semestre 2008). Les importations agricoles, elles, ont repris plus rapidement, progressant de 6,4 %. L’excédent dégagé, dès lors, se stabilise à 0,8 Md € au 1er semestre 2010.
Le rôle moteur du vin
Les ventes françaises de boissons (qui pèsent pour près d’un tiers des ventes des IAA !), ont également connu une forte reprise (+4,6 % par rapport au 2nd semestre 2009 et +10,1 % par rapport au 1er semestre 2009). Par comparaison, les importations de boissons n’augmentent que très modérément (+1,3 %) ; partant, l’excédent se consolide à 3,9 Mds €. Il reste toutefois encore inférieur de 16 % au niveau record du 1er semestre 2008. C’est sur les vins et champagnes que la reprise est la plus marquée : +10,7 % pour les exportations par rapport au 1er semestre 2009 (au cours duquel elles avaient le plus souffert), tandis que les importations sont en baisse (-13,4 %), ce qui porte l’excédent pour les vins passe de 1,7 Md€ à 2,0 Md€ au 1er semestre 2010 contre 1,7 Md au 1er semestre 2009.
Les autres produits des IAA, grâce à une nette reprise des ventes de produits laitiers et de produits à base de fruits et légumes, progressent plus vite (+4,1 %) à l’export qu’à l’import (+1,3 %) et affichent un déficit commercial (hors boissons) en réduction de 300 M EUR au 1er semestre 2010, soit quand même un niveau de 1,3 Md€. Commentaire d’Ubifrance : sur la période des 4 premiers mois 2010, les exportations de produits des IAA (vins et boissons inclus) sortent du marasme qu’elles avaient connu et progressent de 6,4 % (soit 690 M EUR de plus), ce qui prouve la réalité du phénomène de reprise.
Les freins subsistent sur l’Europe
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Dans leur ensemble, les exportations de produits agricoles et alimentaires vers l’Union Européenne ont connu une progression modeste au 1er semestre 2010 (+0,8 % par rapport au 1er semestre 2009). Leur recul vers l’Allemagne, le principal pays partenaire de la France (-3,3 %) et vers la Belgique (-0,1 %) est toutefois compensé par leur croissance vers le Royaume-Uni (+1,2 %), l’Espagne (+1,8 %), l’Italie (+2,0 %) et surtout les Pays-Bas (+4,6 %), ces six pays représentant presque 60 % des ventes totales dans ce secteur. En revanche, les exportations ont été particulièrement dynamiques vers les grands marchés émergents, mais ce ne sont pas encore des débouchés importants pour l’agroalimentaire français… Ubifrance note en particulier les fortes progressions de nos ventes vers la Chine (+35,9 % par rapport au 1er semestre 2009), la Russie (+25,5 %), Singapour (+41,6 %) et le Brésil (+103,2 %, les ventes passant de 30 M€ au 1er semestre 2009 à plus de 60 M€ au 1er semestre 2010).
Enfin, l’Amérique du Nord a également tiré les exportations françaises au 1er semestre 2010, les ventes ayant bondi de 17,7 % par rapport au 1er semestre 2009 vers le Canada et surtout de 28,4 % vers les Etats-Unis.
Déjà l’après-crise pour certains
« Certains marchés sont déjà entrés dans l’après-crise », analyse Ubifrance : alors qu’en 2009 les 15 premiers pays clients de l’agroalimentaire français représentaient 81 % en valeur de nos ventes et que seuls le Portugal et la Chine (Hong Kong compris) avaient augmenté leurs achats de produits français, au début 2010 la reprise est sensible sur ces quelques grands marchés (Chine, Etats-Unis, Russie, Singapour) où la consommation se redresse et où l’effet bénéfique de la baisse de l’euro est manifeste. La Chine, avec Hong Kong, est désormais le 9e client de la France, juste après la Suisse. En revanche, les ventes à nos partenaires de l’Union européenne ne progressent guère et elles sont même souvent en recul.
« Entre crise et reprise : où exporter ? », sous ce titre est parue la dernière version de la Veille conjoncturelle à la fin du 1er semestre 2010 établie par le département Agrotech d’Ubifrance
(1) La France se place en effet derrière l’Allemagne et les Pays-Bas dont le rôle de plateforme de réexportation a une incidence sur les statistiques d’importations des pays partenaires.
(2) Le secteur agroalimentaire est composé des produits de l’agriculture (25,4 % des exportations totales), des boissons (22,3 %) et des produits des industries agroalimentaires IAA (52,3 %) qui comprennent entre autres les produits laitiers, les viandes, les produits de boulangerie-pâtisserie, les aliments pour animaux, etc.