C’est une première en France : une agence de l’eau a signé un contrat le 31 janvier à Dourdan (Essonne) avec un groupement d’agriculteurs biologiques en vue de préserver des zones de captage d’eau. Le ministère de l’Ecologie et du Développement durable espère que cet exemple va être suivi. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, a souhaité que les agences de l’eau concluent des accords de ce type sur tout le territoire.
L’Agence de l’eau Seine-Normandie a passé un « contrat d’animation et d’assistance technique » sur 5 ans avec le Groupement des agriculteurs biologiques d’Ile-de-France, membre de la Fnab, dans le cadre de la lutte contre les pollutions diffuses d’origine agricole. Un contrat qui s’appuie sur le programme de développement rural hexagonal. Le programme, établi dans « un souci de protection et de reconquête de la ressource en eau sur les territoires des 342 captages d’eau potable prioritaires de la région Ile-de-France, dont 202 sur en Seine-et-Marne », est doté d’un budget prévisionnel de 200 000 euros/an, co-financé à 50% par l’Agence de l’eau, à 25% par le Conseil Régional d’Ile-de-France et à 25% par le Groupement agriculture biologique d’Ile-de- France. Particularité : l’Agence de l’eau financera les conversions, pendant les deux premières années, au-delà du plafond de 3 600 euros par exploitation fixé par la France. Ce plafond correspond à une compensation de baisse de production pour 38 ha en grande culture en moyenne, estime l’Agence. Mais la superficie des exploitations de grande culture, majoritaires en Ile-de-France, est de 120 à 150 ha. L’aide à la conversion est donc peu incitative, surtout avec des prix des céréales à la hausse. Cependant, l’engagement du programme sur cinq ans devrait également sécuriser les exploitants.
Des aides non plafonnées par exploitation
Le programme comporte plusieurs volets. L’un concerne le développement de l’agriculture biologique : accompagnement des conversions sur les territoires prioritaires, vulgarisation des pratiques biologiques favorables à la protection de l’eau, animation, développement du réseau des fermes de démonstration biologiques. Une étude de terrain définira la faisabilité de développer une stratégie globale de conversion à l’agriculture biologique et « mesurera la sensibilité des élus locaux, gestionnaires d’eau et agriculteurs à la problématique “qualité de l’eau” ». Des interventions sur l’agriculture biologique et la protection de l’eau seront réalisées chaque année dans l’enseignement agricole. Des diagnostics environnementaux sur un échantillon de fermes bio évalueront l’impact des pratiques « allant souvent au-delà des engagements des cahiers des charges ». Le dernier volet du plan est une communication auprès du grand public.
La situation de l’Ile de France, qui regroupe 60% de la population du bassin Seine-Normandie, justifie cet engagement, selon l’Agence de l’eau.
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Des pollutions aux nitrates et pesticides qui s’aggravent
« Depuis longtemps, la pression polluante sur les eaux souterraines de la région (…) est particulièrement forte », précise le dossier de presse : « Ce qui a conduit au mauvais état qualitatif de ces masses d’eau. Le diagnostic est sans appel pour toutes les masses d’eau affleurantes d’Ile-de-France, les responsables de ce mauvais état systématique étant les nitrates et les pesticides. Le bilan n’est guère plus optimiste pour les eaux superficielles de la région, de qualité mauvaise au regard des pesticides ». « Phénomène plus inquiétant, ajoutent les responsables de l’Agence de l’eau, leur qualité n’évolue pas, voire continue de se dégrader ». Et de préciser que la présence des nitrates et pesticides « déclasse 70% des masses d’eaux souterraines et 65% des rivières ».
A l’appui de plusieurs exemples notamment allemands, l’Agence affirme que « les actions préventives liées à de meilleures pratiques et le développement de systèmes d’exploitation agricoles respectueux de la ressource en eau sont préférables à la mise en place de traitements coûteux et dont le prix est répercuté sur la facture d’eau ».