Globalement, les producteurs de fruits et légumes s'accordent à dire que l'année 2014 n'a pas été bonne. « Une année à oublier très très vite », lâche Jacques Rouchaussé, le président de Légumes de France. Côté fruits, « le bilan n'est pas bon, voire catastrophique », continue Luc Barbier, le président de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF). A l'interprofession des fruits et légumes frais (Interfel), il est clair que le chiffre d'affaires des exploitations a été moins bon. « Pour les fruits et légumes français, l'année n'a pas été extraordinaire », convient le président de l'interprofession, Bruno Dupont.
Il est sûr que les producteurs de légumes ont fait parler d'eux cette année. Surtout après l'incendie de la Mutualité sociale agricole (MSA) à Morlaix en septembre dernier. Suite à cet événement, le ministère de l'Agriculture a proposé un report des cotisations MSA et un budget dédié aux fonds d'allègement des charges, ce qui représente une première enveloppe de 8 millions d'euros. Des mesures qui ne satisfont pas. Légumiers et producteurs de fruits continuent de demander une « année blanche » bancaire. « L'idée est de concevoir un système avec les banquiers qui permettrait de construire une année blanche pour ramener de la trésorerie, mais pour ça il faut une garantie de l'Etat », explique le patron du syndicat des fruits, Luc Barbier.
Guerre des prix
La grande distribution reste en ligne de mire des producteurs. « Guerre des prix, baisse de la consommation, voilà notre quotidien », s'indigne pour la énième fois Jacques Rouchaussé. L'embargo russe de cet été n'a fait que surenchérir cette « braderie permanente » selon les producteurs. « Il est difficile de chiffrer l'impact de l'embargo mais le marché reste très lourd. Et aujourd'hui le prix n'est pas là pour valoriser au mieux la récolte 2014. Nous verrons les conséquences au mois de juin et juillet 2015 », explique Luc Barbier. Il fustige également « un désengagement complet de l'Etat » avec des mesures européennes de retrait qui ne « correspondent pas du tout à la réalité française ». Pour rappel, le programme d'aide d'urgence au secteur européen des fruits et légumes, mis en place pour faire face à l'embargo russe, permet des mesures de retrait du marché d'une partie de la production comme de la distribution gratuite, du compostage ou de la non-récolte. Chaque État membre dispose de volumes définis en fonction de ses exportations vers la Russie en 2014 (voir AgraPresse du 15 décembre 2014).
« Ne pas subir 2015 »
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« Nous ne subirons pas 2015 comme nous avons subi 2014 », prévient Jacques Rouchaussé de Légumes de France. Il demande un engagement de la part de la grande distribution sur les volumes et les prix. « Arrêtons de brader l'origine France, nous devons contractualiser, avoir un revenu ! », lance-t-il.
Pour promouvoir les produits hexagonaux, il faut de la communication. Or, l'Etat a diminué cette année sa subvention auprès d'Interfel pour la promotion et la communication. Bruno Dupont compte sur les Assises des fruits et légumes, prévues en mai, pour doper de nouveau leur image. « Nous devons montrer aux politiques que nous sommes capables de communiquer et surtout d'inciter le consommateur à manger français », commente-t-il.
Par ailleurs, le financement du Centre technique des fruits et légumes (CTIFL) va changer en juin prochain, passant d'une taxe fiscale affectée (TFA) à une contribution volontaire obligatoire (CVO). Le président d'Interfel voit là l'occasion de rapprocher l'innovation technique des acteurs de la distribution et de la consommation. Il tente de conserver une pensée positive pour 2015 : pour lui les filières fruits et légumes sont « en ordre de marche » et restent « dynamiques » !
En cette campagne 2014/2015 très excédentaire en pommes de terre, avec un niveau historiquement élevé dépassant les 6 millions de tonnes, l'objectif des responsables de la filière est de réduire la production et de l'orienter davantage vers les qualités demandées par le marché. « S'adapter à la demande », tel sera le thème du congrès de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre, l'UNPT, en février. Il est demandé aux producteurs de réduire leurs surfaces. Celles-ci ont progressé de 3,6 % en 2014, à 121 410 hectares. Réduire leurs superficies ne coule pas de source, pour les producteurs. Déjà les hectares de betteraves sucrières et de légumes transformés sont appelés à fléchir. Seul le blé, semé en octobre, est en augmentation. Par ailleurs, il est demandé aux producteurs de planter moins de pommes de terre à chair ferme, pour le marché du frais, mais plus de pommes de terre d'industrie, tant pour la fécule que pour la transformation en frites, chips et purées. Cela d'autant plus qu'à l'occasion de l'effondrement des prix de la pomme de terre, les industriels, belges notamment, ont accru leurs achats pour développer l'exportation lointaine (Amérique du Sud et États-Unis). La détente de l'euro contribue à conforter ces nouveaux débouchés. (MN)
Cette année, les fruits étaient présents sur les étals (des volumes en hausse de 3 %) mais les consommateurs n'étaient pas au rendez-vous, notamment à cause d'une météo estivale maussade. Cette hausse des volumes a entraîné une forte baisse des prix de 12 %. Pour l'abricot, la baisse des prix n'a été que partiellement compensée par le retour de sa production à un niveau moyen, selon les chiffres de l'Insee parus le 15 décembre. La récolte de cerises était bien meilleure cette année, mais elle a dû faire face à la concurrence des fraises qui avaient une campagne de production en avance. Quant aux pêches, leurs surfaces s'érodent depuis 2009. La pomme doit faire face à l'embargo russe. « Malgré une récolte en retrait, les prix des pommes se replient fortement », constate l'Insee. Du côté des légumes, « la valeur de la production de légumes baisse pour la deuxième année en raison de la mauvaise orientation des prix », commente l'Insee. Les températures douces du début de campagne ont bénéficié à quelques légumes, tandis que d'autres ont pâti de la mauvaise météo de l'été. « Dans l'ensemble, la récolte de légumes est restée stable par rapport à 2013 » mais les prix se sont repliés de 4 %.