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Lait Une année difficile pour le secteur laitier chinois

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L’année 2012 aura été difficile pour le secteur laitier chinois, selon l’Institut de l’élevage. Comme en France, la rentabilité des exploitations a été plombée par la hausse du prix de l’alimentation animale. La transformation laitière a par ailleurs dû réduire sa production faute de pouvoir rivaliser avec les prix ultra-compétitifs des poudres de lait importées. Le gouvernement chinois pense désormais à renforcer ses outils de protection de marché pour renverser la tendance.

Les producteurs de lait chinois n’ont pas été épargnés par la flambée des céréales et la baisse du prix du lait. « Le prix du lait en Chine, mesuré par la moyenne du prix des 10 provinces les plus productrices, n’a que peu augmenté au cours des derniers mois », résume Jean-Marc Chaumet, économiste à l’Institut de l’élevage, dans sa lettre d’information Idele Chine, parue fin décembre. Or, « cette relative stabilité du prix du lait ne permet pas de faire face à une hausse importante des prix du maïs et du tourteau de soja », rappelle-t-il. Une tendance inhabituelle pour la filière chinoise : depuis janvier 2010, les prix du lait affichaient une progression plus rapide que le prix de l’alimentation du bétail. En outre, plusieurs entreprises ont freiné leurs achats auprès des éleveurs chinois, suite à des pertes liées à la concurrence des poudres importées à bas prix. L’entreprise Brigh Dairy Songhak Dairy Co. Ltd, par exemple, a réduit en 2012 sa collecte quotidienne à environ 420 tonnes, contre 520 tonnes en 2011. Conséquence, certains éleveurs sont privés de leur débouché.

Perte de compétitivité

Les industriels ont en effet, eux aussi, connu une année difficile. En 2012, contrairement aux années précédentes, le prix de la poudre de lait importée a été moins élevé que celui de la poudre produite localement. « Droits de douane et taxes comprises, le prix de la poudre importée se situait en septembre aux environs de 22 000 – 24 000 yuans par tonne alors que celui de la poudre locale approchait les 30 000 yuans », chiffre Jean-Marc Chaumet. Avec un prix inférieur de 20 à 30% à la production nationale, les poudres de lait importés ont donc davantage séduit la distribution chinoise. « À 446 000 tonnes à l’issue des trois premiers trimestres, (les importations) ont déjà atteint le volume importé en 2011. Elles devraient se chiffrer à 600 000 tonnes d’ici à la fin de l’année, en progression de plus de 30% sur 2011 », anticipe Jean-Marc Chaumet. D’après les données du Bureau national des statistiques chinoises, 20% des entreprises laitières auraient donc été déficitaires au 1er semestre 2012, soit 5% de plus qu’en 2011. « Des chiffres circulent dans la presse montrant que l’importation de 100 000 tonnes de poudre de lait correspondrait à 850 000 tonnes de collecte laitière, un “manque à produire” équivalent à 340 000 vaches et à la perte de dizaines de milliers d’emplois », relate Jean-Marc Chaumet. Ces chiffres sont cependant « contestables », tempère l’économiste.

Des mesures protectionnistes

Pour faire face à ce problème, le gouvernement chinois pense à utiliser des leviers protectionnistes. Le gouvernement envisage par exemple à mettre en place des réserves de poudre de lait. « Certains analystes chinois (…) souhaitent que les consommateurs chinois se tournent vers le lait pasteurisé, difficile à importer, plutôt que de consommer du lait UHT », évoque par ailleurs Jean-Marc Chaumet. Le lait UHT représente aujourd’hui près de 70% de la consommation chinoise, contre 30% pour le lait pasteurisé. Inverser cette tendance serait un véritable retour en arrière : « Largement majoritaire en Chine avant les années 2000, avec 80% de part de marché des produits laitiers, le lait pasteurisé a vu ses parts de marché fondre face à la montée en puissance d’entreprises comme Mengniu et Yili, ardents promoteurs du lait UHT, possible à produire à partir de poudres importées », rappelle en effet Jean-Marc Chaumet.

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