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Agronomie Une banque de données révèle l’appauvrissement des sols

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Lydia et Claude Bourguignon, tous deux agronomes, d’abord chercheurs à l’INRA, ont monté leur propre laboratoire en 1990, le Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols (LAMS). En plus de 20 ans, ils ont analysé plus de 5000 sols à travers le monde. Ils disposent d’une banque de données qui leur permet de constater une chute lente et continue de l’activité biologique des sols agricoles. Heureusement, des solutions existent. Ils ont fait le point sur le sujet à l’occasion des Entretiens de Millançay (Loiret), les 27 et 28septembre.

«On observe une chute constante de l’activité biologique de nos sols. Le taux moyen de matière organique est en baisse dramatique En 1950, il était de 3% contre 1,3% aujourd’hui. La faune (lombrics, cloportes, araignés, pseudo-scorpions, nématodes, versépigés…) disparaît peu à peu. Puis les minéraux – comme la potasse, le phosphore, l’azote, le magnésium – qui ne sont plus transformés par les organismes vivants, sont emportés par l’eau. Les argiles, notamment les argiles de qualité, partent ensuite dans les rivières », explique Lydia Bourguignon

Conséquence : « En France, l’érosion a doublé depuis 1980. Selon le Cémagref Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement, les terres agricoles perdent 40 tonnes par hectare et par an (moyenne nationale). En Espagne, elles perdent 60 tonnes et au Maghreb 100 tonnes » , poursuit Lydia.

Autre conséquence : « A cause de l’état des sols, les rendements plafonnent un peu partout dans le monde depuis quatre ou cinq ans. Les blés actuels qui ont un potentiel de rendement de 150 quintaux à l’hectare ne dépassent pas 100 quintaux », constate Claude Bourguignon.

« Les grandes cultures comme les betteraves, les pommes de terres, l’arboriculture et la vigne sont responsables de la plus grande atteinte aux sols. 95 % de la vie biologique y est détruite. On parle de sols fatigués, en fait ils sont presque morts. En laboratoire, on ne décèle plus aucune activité biologique. Les agriculteurs en sont conscients et inquiets. La mort des sols peut nous entraîner vers des problèmes de famine. En céréales, nous avons aujourd’hui 40 jours de réserve mondiale devant nous », constate Claude Bourguignon.

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Des plantes restauratrices

Consultés par des agriculteurs du monde entier, les Bourguignons savent qu’il existe des solutions efficaces qu’ils mettent en application régulièrement.

« Il est possible de définir des itinéraires techniques pour éviter la mort et l’érosion des sols. Cependant, les sols ont des vocations. On ne peut pas produire n’importe quoi n’importe où. Si on n’en tient pas compte, on épuise rapidement le sol. Nous conseillons souvent aux agriculteurs qui ont des problèmes de choisir une culture adaptée à leur sol mais s’ils ne trouvent pas de débouché, ils ne peuvent suivre nos conseils. Bien des sols en France ne sont pas faits pour le maïs mais pourraient produire un excellent sorgho, moins gourmand en eau et bien adapté à l’alimentation animale. Mais les coopératives n’en veulent pas. Il faut repenser l’agriculture dans son ensemble », explique Lydia Bourguignon.

« Nous analysons les sols pour observer la vie microbiologique et pour en connaître la teneur en minéraux. Puis nous utilisons des plantes restauratrices. Certaines peuvent remonter de la potasse, du phosphore… Elles permettent de rééquilibrer les sols. Nous utilisons également le semis direct avec des plantes gélives de manière à éviter les désherbants. Avec cette technique, on restitue au sol 0,3% par an de matière organique », poursuit Claude Bourguignon.

« Sans compter qu’un labour dégage une tonne de gaz carbonique par hectare alors qu’un semis direct sous couvert en capte 4 tonnes par ha et par an. Le différentiel est donc de 5 tonnes. On pourrait faire baisser de 40% le CO2 sur terre si on passait de manière systématique au semis direct », se prennent à rêver les deux chercheurs.