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Blé Une bonne production de retour pour 2008

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Partout dans le monde ou presque, le blé a levé correctement. Et pour le moment, aucune attaque virulente d’insecte ou de champignon n’est à déplorer. De fait, à ce stade précoce de la campagne, les prévisionnistes de la planète misent sur une très bonne récolte. A quelques dizaines de millions de tonnes près, le Conseil international des céréales et le bureau australien de l’agriculture affichent tous deux des prévisions records. Les cours pourraient se replier légèrement d’ici quelques mois, du fait d’une tension un peu moins forte entre l’offre et la demande. Mais ils resteront volatiles. Car les financiers ont fait leur entrée sur le marché à terme du blé et devraient y rester. Pour l’instant, les cours se maintiennent à de hauts niveaux. La nouvelle moisson n’arrivera qu’en juillet et d’ici là, les pays importateurs auront besoin de nourrir leur population.

Certes, « les arbres ne grimpent pas jusqu’au ciel », le proverbe est bien connu des marchés. Mais comme l’a fait remarquer Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, le 5 mars à l’occasion de la journée céréales organisée par le port de Rouen… aujourd’hui, « le ciel est presque atteint ». Début mars, le blé de qualité SRW (Soft red winter) a atteint près de 440 dollars la tonne (293 euros) sur la bourse de Minneapolis, aux Etats-Unis. Le blé français rendu Rouen cote pour sa part autour de 280 euros la tonne. Car les principaux exportateurs ont quasiment épuisé leurs disponibilités. Aux Etats-Unis, par exemple, les greniers sont presque vides. Début février, l’USDA prévoyait les stocks de fin de campagne les plus bas depuis 1947/1948, en raison notamment de l’accroissement des exportations. Le gouvernement russe a de son côté prolongé jusqu’au 1er juillet les taxes à l’export mises en place sur le blé, initialement prévues pour être abandonnées au 30 avril. Les exportations ukrainiennes sont quant à elles encore sous quotas.

Des populations à nourrir

En face, les acheteurs sont toujours au front. « Des émeutes ont failli se déclencher en Algérie, au Maroc et en Egypte », a rappelé Pierre Duclos, chez InVivo, le 5 mars. Les gouvernements n’ont pas les moyens d’attendre pour acheter… Et ils doivent payer le prix fort. Malgré la faiblesse du dollar, un euro cote aujourd’hui 1,53 dollar, ces pays optent donc pour du blé européen, voire français, l’un des rares encore disponibles. Pour la première fois de la campagne, l’Egypte a donc acheté 120 000 tonnes de blé français. Avantage tout de même par rapport à leurs homologues américains : le coût du fret, qui permet à la tonne de céréales d’arriver sur place pour 20 à 25 euros de moins. Défavorable aux importateurs, le contexte mondial actuel pourrait faciliter la vie des Européens. Entre l’Afrique noire, le Maghreb et l’Egypte, les Vingt-sept pourraient trouver à vendre plus de 1,5 Mt de blé, ce qui les conduirait à résorber son stock de report pour la campagne 2008/2009.

De record en record

L’euphorie ne devrait pas durer. 646 Mt, c’est ce que la planète pourrait récolter en 2008. Le chiffre provient du rapport du CIC (Conseil international des céréales) publié le 28 février. L’organisme confirme en les augmentant ses ambitieuses prévisions de janvier, quis’élevaient à 642 Mt. Des chiffres gigantesques au regard des 603 Mt produites en 2007, elles-mêmes déjà record. Deux idées fondent les chiffres du CIC. La hausse des surfaces, d’abord, que l’organisation évalue à 3 %. La sole mondiale monterait donc à 221 millions d’hectares. Séduits par la flambée des prix, les producteurs ont privilégié la céréale. Les Européens ont par exemple augmenté de 6,6 % les surfaces en blé tendre, tandis que la sole de colza perdait 6,4 %.

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Tant que le temps se maintient…

Seconde idée forte : l’absence d’incidents climatiques chez les principaux exportateurs mondiaux, Amérique du Nord, Europe et Australie, notamment. La récolte des 27 augmenterait de 15 % par rapport à 2007, tandis qu’en Ukraine, elle gagnerait 30 %. En Australie, le CIC prévoit un quasi-doublement de la récolte, si l’absence de sécheresse perdure. Et en Amérique du Nord, la production enregistrerait plus de 11 % de progression. Le département américain de l’Agriculture (USDA) n’a pas encore livré ses prévisions de récolte mondiale pour 2008, mais l’Abare, bureau australien de l’agriculture, s’y est déjà risqué. Dans sa publication parue début mars, l’organisation prévoit 622 Mt pour la récolte 2008. Largement inférieure à celle du CIC, cette estimation reste tout de même très au-dessus de celle de 2007.

Un risque intégré par le marché

Pour Pierre Duclos, compte tenu de ce contexte, une cotation de 380 euros/tonne pour du blé nouvelle récolte fob Golfe du Mexique ne correspond pas à la réalité. Sauf que rien ne dit aujourd’hui avec certitude que la récolte mondiale va passer au travers de tous les incidents climatiques. « Le marché intègre dès maintenant le risque d’un déficit de production, explique l’expert. Si cet événement intervenait, le danger serait fort ». La sécurité alimentaire mondiale pourrait être difficile à assurer. Car les stocks mondiaux de blé sont loin d’être reconstitués. A 113 Mt, ils sont descendus à leur plus bas niveau en 25 ans selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). Les experts du Fapri, organisation qui conseille le Congrès américain, le soulignent bien dans leur rapport publié début mars : « Les cours du blé devraient rester plus élevés que dans la période qui a précédé 2006 ». Cette perspective inquiète la FAO. Pour la deuxième année consécutive, les pays à faible revenu et en déficit alimentaire vont augmenter en 2007/2008 de 35 % leur facture d’importation de céréales qui diminuera de 2 % en volumes… Ce qui pourrait se renouveller en 2008/2009.