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Grandes cultures Une campagne 2009/2010 disputée à l’export en blé dur

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Une récolte record à la fois chez les exportateurs et les importateurs. Autant dire que la campagne de commercialisation 2009/2010 en blé dur ne s’annonce pas facile. D’autant plus que des erreurs d’évaluation sur la récolte canadienne ont trompé les opérateurs pendant plusieurs mois sur la réalité des disponibilités mondiales.

«Il s’agirait de la deuxième meilleure récolte que nous ayons jamais enregistrée », a expliqué Xavier Rousselin, chef de l’unité grandes cultures chez FranceAgriMer, le 28 janvier à Vendôme. Il s’exprimait à l’occasion du colloque annuel de la filière blé dur organisé par Arvalis. A près de 40,1 Mt, la moisson mondiale de blé dur 2009 s’est révélée exceptionnelle, grâce entre autres à des rendements en hausse de 38 % aux Etats-Unis. Mais elle est également embarrassante. La consommation n’atteindrait que 38,7 Mt, ce qui laisserait environ 5,1 Mt dans les stocks en fin de campagne. Les réserves canadiennes monteraient à 2,5 Mt, tandis que celles de l’Europe et des Etats-Unis atteindraient 2,6 Mt. Car, point noir, ces bonnes récoltes « se conjuguent à une réduction du commerce mondial », a précisé le spécialiste. Les volumes échangés ne dépasseraient pas 6,7 Mt contre 7,2 Mt en 2008/2009, une année déjà en retrait par rapport à la moyenne quinquennale.

Exportations en recul dans l’Union
La faute essentiellement à une récolte record au Maghreb. La zone n’importerait donc que 2,4 Mt contre 3,4 Mt sur 2008/2009. « Les exportations de l’Union européenne seront en fort recul », a prévenu Xavier Rousselin. Elles tomberaient à 2,1 Mt au lieu de 3,2 Mt en 2008/2009. Mais le manque de débouché n’est pas le seul responsable de ces stocks prévisionnels importants. Les remaniements statistiques opérés régulièrement par les autorités canadiennes, confrontées à des conditions climatiques exceptionnelles, ont empêché les opérateurs d’appréhender correctement le marché. Au début du mois d’août, le pays estimait sa récolte à 4,2 Mt, un volume inférieur à la normale. Or en décembre, la moisson a finalement atteint 5,4 Mt. Un record. « Les informations successives sur les prévisions de récolte ont impacté les décisions de beaucoup de vendeurs, a expliqué Patrick Niederoest, chez Victor Giral courtage. De la rétention s’est mise en place sur la France et aussi sur l’Espagne ».

Des prix tombés de 350 à 230 dollars
Dans l’impossibilité de trouver des volumes dans l’Hexagone en juillet, certains opérateurs se sont même vus contraints d’importer du blé dur canadien pour le réexpédier vers leurs clients méditerranéens. Les agriculteurs pensaient voir les prix grimper toujours plus haut.
De fait, les cours en fob Atlantique sont montés à 350 dollars/t début août. Sauf que par la suite, ils n’ont cessé de dégringoler, pour descendre début janvier à 230 dollars/t. « Avec les données diffusées début juillet, la récolte était évaluée 3 Mt en dessous de la réalité, a précisé Jean-Philippe Everling, chez Granit négoce. Ce qui changeait complètement le bilan mondial et le niveau des prix ». Les opérateurs n’ont pas digéré ce retournement de situation. « Sur l’année qui nous concerne, nous avons été un peu menés en bateau par nos compétiteurs », a remarqué Philippe Kerbidi, chez Union InVivo.

Une opportunité jusqu’au printemps
Pour le professionnel, plutôt philosophe, « il faut accepter les règles du marché ». Mais cela vaut dans les deux sens, et signifie également accepter qu’en blé dur « c’est un marché “cash”, avec peu d’intervenants extérieurs comme les financiers et peu d’élasticité », a-t-il indiqué. Conséquence : rares sont les surprises… Et les agriculteurs ont intérêt à laisser faire les professionnels. Car lorsqu’un acheteur veut de la marchandise, il faut la fournir sans attendre, sous peine de perdre définitivement un débouché.
Quoi qu’il en soit, la France devrait s’en sortir, selon FranceAgriMer. Pour équilibrer son bilan, l’Hexagone a besoin d’exporter un peu moins de 30 000 tonnes par mois d’ici la fin de campagne. « C’est un volume qui paraît faible » au regard du potentiel de débouchés, a observé Xavier Rousselin. D’autant plus qu’une fenêtre de tir existe pour le blé dur français jusqu’au printemps : durant l’hiver, la fermeture des grands lacs américains condamne pour un temps les exportations nord-américaines. Une opportunité à saisir.

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