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Communication Une campagne d’affichage de FNE qui crée la polémique

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Avec sa campagne choc mettant en cause l’agriculture, France Nature environnement (FNE) a réussi à créer la polémique à quelques jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture. Le monde agricole, et notamment l’élevage, dans sa grande majorité dénonce une communication qui stigmatise les agriculteurs.

L’objectif était de susciter le débat, c’est réussi ! Avec sa campagne d’affichage choc contre les OGM, l’élevage industriel responsable des marées vertes et les pesticides, lancée quelques jours avant l’ouverture du Salon de l’agriculture, France Nature environnement (FNE), pourtant peu habituée à ce type de communication, a provoqué une volée de réactions. Trois affiches attisent particulièrement les critiques : deux montrant des plages couvertes d’algues vertes mettant en cause l’élevage porcin et une troisième présentant un jeune homme jouant à la roulette russe avec un épi de maïs pour dénoncer les autorisations d’OGM. « Nous importons des OGM pour alimenter notre bétail alors que nous nous interdisons d’en cultiver et que le consommateur n’en veut pas. Des tonnes de lisier, issues des déjections des élevages industriels, provoquent, en augmentant le taux de nitrates dans l’eau, des marées d’algues vertes. L’emploi massif de pesticides dangereux contribue au déclin des abeilles et des autres pollinisateurs. Nous avons souhaité alerter les Français sur les dégâts provoqués par cette agriculture intensive peu respectueuse de notre environnement », justifie l’association. Mais pour FNE, depuis l’impulsion du Grenelle, la situation se dégrade. L’intention de l’association est de susciter le débat sans mettre les agriculteurs sur le banc des accusés.

L’élevage se sent visé

Raté ! Un certain nombre d’agriculteurs se sentent clairement visés. C’est « une campagne choc, caricaturale, et clairement orientée contre l’agriculture », a commenté Xavier Beulin, le président de la FNSEA. Dans un courrier à son réseau, il appelle à ne pas surréagir face à ces « excès ». « Ce n’est pas une campagne, aussi dure soit-elle, qui remettra en cause » la relation qui nous lie à nos concitoyens. Pour la Coordination rurale, « “Gros menteurs” (mentionné sur l’une des affiches) est une injure proférée contre les éleveurs honnêtes et respectueux des consommateurs qui ne font qu’appliquer la réglementation officielle sur l’étiquetage ». Le syndicat estime que FNE « plutôt que de dénoncer, à tort, les agriculteurs, ne devrait-elle pas dénoncer les Pac successives et l’OMC qui ont spécialisé notre agriculture ? ». Même son de cloche pour la Confédération paysanne qui souligne que ce sont les politiques, dont les agriculteurs sont les premières victimes, qui « génèrent des pratiques qui aboutissent à les rendre coupables aux yeux d’une partie non négligeable de la population ».
Le monde de l’élevage s’estime particulièrement visé. Interbev, l’interprofession du bétail et des viandes, qui est favorable à un étiquetage de la viande nourrie sans OGM, rappelle que l’élevage bovin, mis en cause, est majoritairement basé sur l’herbe, les fourrages et les aliments sans OGM. L’interprofession de la filière porcine, Inaporc, a, quant à elle, porté plainte en référé contre la campagne, en vain. Reste que pour l’interprofession, cette campagne « stigmatisant différents secteurs de l’agriculture française » n’est pas le « meilleur moyen d’engager un dialogue ».
Au contraire, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) salue la démarche qui permet de « mettre à jour le désastre agricole social et environnemental. Dans ce contexte, FNE a raison de dénoncer ». « Des mesures doivent être prises dès aujourd’hui pour appuyer et conforter ceux qui veulent atteindre les objectifs du Grenelle », demande la Fnab. En revanche, l’association Farre, qui a toujours prôné le dialogue entre agriculteurs et écologistes, estime, dans un communiqué, que FNE mise à tort sur la provocation.

Pas de consensus au sein du gouvernement

Le conseil régional de Bretagne a lui aussi annoncé qu’il assignait devant le TGI de Paris France Nature Environnement, qu’il estime coupable « d’une campagne caricaturale qui nie l’engagement déterminé (des professions agricoles, professionnels du tourisme) pour un environnement durable et sain ». Même Eau et Rivières de Bretagne, pourtant membre de FNE, déplore dans un communiqué du 13 février, « l’absence de concertation préalable ». Pour cette association, il aurait été nécessaire « de consulter les membres de la FNE afin de se garder de porter atteinte aux équilibres patiemment construits et d’éviter toute forme de provocation qui conduit inévitablement à des surenchères».Bruno Le Maire, qui a publié une tribune dans le quotidien Libération du 16 février a dénoncé une campagne « scandaleuse ». Le ministre de l’Agriculture fustige notamment le raccourci « inacceptable » qui consiste à associer « agriculteurs et pollueurs ». De plus il s’indigne que l’affiche montrant un homme jouant à la roulette russe avec un épi de maïs « oublie la détresse qui a conduit certains agriculteurs au suicide ». Mais dans les rangs du gouvernement les avis sont partagés. Nathalie Kosciusko-Morizet a de son côté défendu le « droit d’expression » des ONG. « C’est un principe fondateur du Grenelle de l’Environnement, a souligné la ministre de l’Ecologie. Il ne faut pas prendre les visuels au pied de la lettre, ils sont là pour faire réagir ».
L’intégralité des décrets d’application du Grenelle de l’environnement doit sortir en 2011. Si cette campagne a pour conséquence de rappeler les défis importants qu’il reste à relever, pas sûr qu’elle s’ouvre sur des discussions sereines

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