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Une cartographie partielle des concentrations de phytos dans l’air

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La fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air (Atmo France) vient de publier une base de données nationale rassemblant l'ensemble de ses observations sur les phytos depuis 2002. « Mais il est encore difficile de dégager des tendances nationales », regrette l'association, qui demande justement à l'Etat de l'aider à renforcer son réseau, notamment en zones rurales.

« Quand on a commencé à s’y intéresser au début des années 2000, tout le monde partait du principe qu’il n’y avait rien », rappelle Emmanuelle Drab-Sommesous, référente produits phytosanitaires à Atmo France, la fédération des associations de mesures de qualité de l’air. Dès 2002, quelques-unes des associations du réseau se lancent alors de leur propre initiative et sur leurs propres fonds dans des mesures. Les présupposés sont rapidement démentis : certaines molécules utilisées dans les champs se retrouvent bien dans l’air.

Quinze ans plus tard, AtmoFrance publie pour la première fois une base de données nationale présentant les concentrations de produits phytosanitaires dans l’air entre 2002 et 2017. Elle porte sur 321 substances actives recherchées et 6837 prélèvements effectués sur 176 sites.

Quelles conclusions tirer de ces données ? « Avec la variabilité des mesures et des situations, il est encore difficile de dégager des tendances nationales », regrette Emmanuelle Drab-Sommesous. En synthèse, Atmo France a donc choisi de présenter non des chiffres, mais la liste des dix molécules les plus couramment détectées en France, dont le prosuflocarbe, le chlorpyrifos, ou encore le lindane, interdit depuis 1998. « C’est un bruit de fond, qui ne dépend pas de la saison culturale, et que nous attribuons donc à une rémanence du produit », précise Emmanuelle Drab-Sommesous.

Boussole locale

Impossible toutefois d’aller plus loin actuellement à l’échelle française. « Le compartiment air est extrêmement réactif. Dans l’état du dispositif, il est donc périlleux d’extrapoler au niveau régional ou national. Mais à l’échelle d’un territoire, on peut rapidement voir les effets des changements de pratiques », se réjouit Emmanuelle Drab-Sommesous.

Pour l’heure, Phytatmo représente donc plutôt une boussole réservée à l’évaluation de projets locaux. Une limite qui demeurera tant que les effets de ces concentrations sur la santé, de l’ordre du nano gramme par mètre cube, demeureront inconnus, et qu’aucun seuil réglementaire n’aura été défini.

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« Il n’y a pas de données consolidées sur les aspects sanitaires. Il existe des valeurs d’inhalation, mais elles ne sont pas transposables à l’air ambiant », confirme Emmanuelle Drab-Sommesous. L’Anses et Santé publique France seraient actuellement en train de se pencher sur cette zone d’ombre déterminante pour des utilisations futures de la base de données.

Plus de mesures pour mieux comprendre

Avec cette publication, Atmo France espère montrer la pertinence scientifique sa démarche, et attirer des financements en vue de la renforcer. Car les points de mesures, pour l’heure, ne correspondent pas à un véritable quadrillage territorial, mais seulement à la rencontre entre les possibilités des associations, et les engagements volontaires des collectivités. « Nous avons montré l’intérêt de ces informations. Maintenant, il faut se donner les moyens de déployer le dispositif sur tout le territoire », exhorte Emmanuelle Drab-Sommesous.

Parce que l’outil permettrait de mieux cibler ses actions, Atmo France défend par ailleurs l’idée d’un recensement des achats et utilisations de produits phytosanitaires demandées par certains députés. « Vu le coût de nos mesures, il est important de rationaliser. Ces données nous permettraient d’identifier des sites prioritaires », explique Emmanuelle Drab-Sommesous. Elles aideraient par ailleurs les associations de mesure de qualité de l’air, jusque-là centrées sur les pollutions urbaines, à s’intéresser aux zones rurales.

Une campagne nationale avec l'Anses et l'Ineris pour esquisser le dispositif

La première campagne nationale de mesure des résidus de pesticides dans l’air, lancée en juin 2018 par l’Anses, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et Atmo France, est en train de s’achever. « Les mesures se sont terminées et nous sommes dans la phase d’exploitation », précise Emmanuelle Drab-Sommesous. Avec 80 substances, sur 50 sites de mesures, et 1 500 échantillons, l’objectif de cette campagne était d’améliorer les connaissances sur les substances dans l’air ambiant, afin « de définir une stratégie de surveillance des pesticides dans l’air ». Le bilan de cette expérience, attendu dans les prochains mois, pourrait alimenter la réflexion politique concernant le réseau national espéré par Atmo France.