Abonné

Dinde Une chute historique et deux plans de sauvetage pour la dinde française

- - 5 min

Un point d’étape du sauvetage de la filière dinde française devait être présenté lors de la journée nationale de la dinde à Pacé le 30 mai. Retour sur les raisons du déclin de la filière française sur le marché mondial de la dinde.

Dernier symptôme d’une filière en crise : la fermeture de l’abattoir de Pleucadeuc, spécialisé en dinde, mi-mai. Il employait 147 personnes. Les éventuels repreneurs de l’ancien site du groupe Doux n’étaient pas au rendez-vous. Avec la fermeture de ce site, c’est toute la filière dinde qui se trouve de nouveau face à ses difficultés. Elles sont liées à la conjoncture défavorable. Selon Itavi (institut technique de l’aviculture), la production de dinde est en recul sur les deux premiers mois de l’année 2013 avec une baisse de 3,6% en tonnes par rapport à 2012. Un résultat qui ne fait que confirmer le repli dramatique de la production depuis plus de dix ans. « La production de dinde a été particulièrement affectée : le recul de la production dépasse 300 000 tonnes équivalent carcasse depuis 2000, soit une perte de près de 40% des volumes produits », selon une étude prospective de la filière avicole française à l’horizon 2025 réalisée par l’Itavi en 2009. Car la filière dinde a aussi d’énormes difficultés structurelles. Début 2013, le plan d’action de la filière avicole française présenté par Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaire et à l’agro-industrie, tirait un bilan très sombre, notamment du maillon industriel : « Le maintien artificiel d’unités d’abattage-découpe non rentables, combiné au bas prix de vente de la dinde, entraîne de lourdes pertes pour les industriels, d’où des risques de prochains dépôts de bilan ». Parallèlement, Néodinde (plan de redynamisation de la filière dinde) obtient les financements du ministère de l’Agriculture à hauteur de 250 000 euros et du Cidef (Comité interprofessionnel de la dinde) à hauteur de 75 000 euros. Une journée nationale dinde était organisée le 30 mai à Pacé : les premiers résultats du plan Néodinde devaient être présentés. Pour rappel, l’idée est de définir un modèle d’élevage pour « favoriser des gains de productivité, la mécanisation, l’organisation du travail ainsi que la gestion environnementale des élevages ».

Crise vieille de 20 ans

Si les racines de la crise de la filière dinde en France sont profondes et nombreuses, historiquement, la France s’imposait sur le marché mondial comme un acteur incontournable. Dans les années 1990, elle était le premier pays exportateur devant le mastodonte étasunien. Cette croissance a été particulièrement entrainée par la demande des pays tiers. Mais, en 1995, la signature des accords de Marrakech sonne la fin de l’âge d’or de la dinde française. Et pour cause, ces accords qui concluaient le cycle d’Uruguay ont ouvert tous azimuts le marché mondial. Pour les experts, la connexion du marché américain au marché européen de la dinde représente un sérieux coup de frein au dynamisme de la filière française qui perd des débouchés. Deuxième coup de poignard : les accords conclus par l’Union européenne en 2006 avec la Thaïlande et le Brésil qui portaient sur des contingents d’importation à droits réduits pour les viandes salées, « les préparations de dinde » et les préparations cuites de poulet. L’ouverture des frontières n’est pas seule responsable du lent, mais continu, déclin de la production de dinde en France. Le travail des généticiens sur le poulet a été beaucoup plus poussé que sur la dinde. « Il y a eu une perte de compétitivité relative par rapport au poulet, dont la génétique et les performances ont progressé plus rapidement », selon le rapport d’Itavi. Pendant ce temps-là, le Brésil, et plus particulièrement les États-Unis se sont emparés de la place de « leader » mondial sur le marché de la dinde. Reste que la France a dû aussi faire face à une baisse drastique de la consommation : selon l’Itavi, elle recule de 20% depuis les années 2000. Près de 15 ans se sont écoulés depuis le début du déclin : la filière est mobilisée, deux plans sont en place pour sauver ce qui peut l’être : la viande de dinde présente des qualités intéressantes (moins grasse que le poulet) et a un potentiel de développement, dans la charcuterie. La filière et les 25 000 emplois de l’industrie avicole en France retiennent leur souffle.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.