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Oeufs Une crise typiquement bretonne ?

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L’été 2013 a été marqué par la colère des éleveurs de poules pondeuses. La raison : la baisse du prix des œufs liée à la surproduction européenne. La Bretagne, principal bassin producteur français, est l’objet de toutes les attentions.

«Il s’agit d’une crise importante : conjoncturelle et en partie structurelle », déclarait le 13 août Stéphane Le Foll, à Rennes à la sortie d’une réunion de 2 h 30 avec la filière œufs. Pour en sortir, le ministre de l’Agriculture a annoncé pour le début de la semaine suivante la nomination d'un inspecteur général : il devra lui remettre un rapport à l'automne, sur les moyens d'aider la filière à mieux s'organiser. Le préfet de Bretagne, Patrick Strzoda, a également été chargé de mettre en place au plus vite un comité de suivi. Trois objectifs lui ont été fixés : travailler sur la conduite technique des élevages (vides sanitaires, durée des lots de poules pondeuses…), trouver des opportunités sur les marchés à l’export, développer de nouveaux débouchés en France et en Europe (industrie de l’alimentation des animaux domestiques, travail avec les banques alimentaires). Par ailleurs, un suivi, au cas par cas, des éleveurs de poules pondeuses sera assuré via un guichet unique. Ce nouveau dispositif s'adressera aux éleveurs qui doivent faire face à des difficultés de remboursement, qu'il s'agisse d'échéances fiscales ou sociales, en raison de la chute des cours de l'œuf. Le ministre a enfin rappelé qu’il n’avait pas de pouvoirs d’autorité sur les opérations commerciales de la filière et en a appelé à la responsabilité de chaque maillon. « Ceux qui pensent s’en tirer individuellement se trompent », a soutenu Stéphane Le Foll. Une réunion avec la distribution était prévue fin août ou début septembre. Les producteurs ont de leur côté annoncé 15 jours de répit, pour que les cours remontent, « sinon, les actions reprendront».
 
Bruxelles exclut toute intervention et cible la grande distribution
« Nous sommes loin d'une situation exceptionnelle qui justifierait une intervention de l'Union européenne », souligne Roger Waite, porte-parole du commissaire européen à l'Agriculture.
« Nous sommes dans un processus d'ajustement du marché, mais pas dans une crise », a-t-il insisté. En juin 2013, le cours moyen de l'œuf dans l'UE avait perdu 23 % sur un an, selon les statistiques européennes disponibles. Roger Waite a reconnu que l'entrée en vigueur en janvier 2012 des règles européennes sur le bien-être des pondeuses, bannissant les cages en batterie, avait influé sur le marché, en provoquant une envolée des cours du fait d'une limitation de l'offre. Les producteurs ont du coup, ensuite, augmenté leur capacité, s'exposant à une retombée des cours, « qui ont retrouvé leur niveau normal », a-t-il analysé. Mais les Etats-membres « ont eu 12 ans pour s'adapter à ces nouvelles règles », donc « imputer à cette directive la responsabilité de l'actuelle situation du marché est un peu exagérée ». Le porte-parole européen a par contre mis en cause la pression à la baisse sur les prix imposés par la grande distribution. « La somme reçue par les producteurs n'est pas forcément celle payée par les clients (...) il y a une question de juste répartition des coûts », a-t-il lancé.
 
Don de 100 000 œufs par semaine aux associations
Lors de la réunion qui s’est tenue le 13 août, à Rennes, en présence du ministre de l'Agriculture, des représentants des groupements de producteurs d'œufs bretons, de la Chambre régionale d'agriculture, des indépendants et des syndicats agricoles représentatifs, les producteurs d'œufs se sont engagés à faire « des dons conséquents » aux Banques alimentaires. Ces dons seraient estimés à 100 000 œufs par semaine, rapportent les Banques, dans un communiqué daté du 14 août.
« Grâce à ce geste, les associations locales vont pouvoir apporter une aide concrète aux personnes qui en ont le plus besoin, par des denrées riches en protéines de haute valeur biologique », indiquent-elles.
 
Exportation en urgence de 15 millions d’œufs
« On a décidé de prendre des mesures d’urgence, car les mesures de fond que nous avons prises ces dernières semaines ne donneront des résultats qu’à moyen terme », a déclaré le 19 août Philippe Juven, président du Comité pour la promotion de l’œuf (CNPO). L’interprofession a l’intention d’exporter 15 millions d’œufs : l’objectif est de soulager le marché national pour faire remonter le prix des œufs, dont le bas niveau est à l’origine du mécontentement des éleveurs de poules pondeuses depuis plusieurs semaines en France. Le Syndicat national des industriels et professionnels de l’œuf (Snipo) sera soutenu par les attachés agricoles des ambassades françaises pour trouver des marchés et adapter l’offre française aux normes des potentiels partenaires commerciaux étrangers (date limite de consommation, marquage des œufs…). Selon l'indicateur de référence, réalisé et publié par le quotidien Les Marchés, la tendance nationale officieuse (TNO) de l'œuf calibré est restée stable en moyenne sur les calibres des gros et moyens œufs entre le 9 août et le 16 août, pour s'établir à 4,95 euros les 100 œufs. Chaque année, près de 820 000 personnes bénéficient de cette aide alimentaire, représentant l'équivalent de 200 millions de repas.
 
Deux inspecteurs généraux nommés pour aider la filière
Stéphane Le Foll a nommé deux inspecteurs généraux, Muriel Guillet et Yves Riou, pour effectuer une mission ministérielle d’appui à la filière œufs française, indiquait le ministère de l’Agriculture dans un communiqué daté du 20 août. Les deux inspecteurs sont membres du Conseil général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux. Ils ont pour mission d’aider la filière, en particulier le Comité national de la promotion de l’œuf (CNPO), à renforcer ses actions. Autre ambition : celle de donner aux opérateurs une meilleure visibilité sur le marché et explorer « les possibilités pour la filière d’approches collectives pour la prospection de nouveaux marchés à l’export ». Leurs conclusions devront être remises à Stéphane Le Foll début octobre 2013.

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