De toutes les abondantes récoltes en 2014, la palme revient au maïs. Sa production devrait afficher un « double record » de 107 q/ha et 18 Mt de grains, a annoncé le 19 novembre l'AGPM (Association générale des producteurs de maïs). La qualité s'avère, de plus, « excellente dans la majorité des cas ». Un bilan flatteur, pour une culture qui montre ainsi son grand potentiel. Les producteurs soulignent la hausse constante des rendements. Certaines exploitations grimpent à des moyennes de 140 à 150 voire 170 q/ha. Problème, les prix ne sont pas à la hauteur, ayant du mal à couvrir les frais. Et puis, le maïs reste sujet à controverse, notamment en matière d'irrigation.
Les producteurs en oublieraient presque la faiblesse des cours. 2014 est marquée par un rendement historique pour le maïs. C'était pourtant mal parti, avec « un début de cycle loin d'être optimal », rappelle l'AGPM. La suite a montré « les fortes capacités de résilience de la plante et son extraordinaire potentiel de production ».
Le bilan pluviométrique de l'année a largement contribué à la récolte record, car les zones « où le potentiel de la culture est habituellement limité par des déficits hydriques ont bénéficié de bonnes conditions », expliquent les producteurs.
Une qualité « globalement bonne »
Autre satisfaction, la qualité est au rendez-vous pour l'essentiel de la récolte. « C'est pour la façade Ouest une des meilleures années en termes de qualité sanitaire », a relevé Gilles Espagnol, ingénieur maïs chez Arvalis, lors d'une conférence de presse le 19 novembre. La qualité est, d'un point de vue national, jugée « globalement bonne ».
Avec un bémol : dans l'est du pays, quelques problèmes liés à des teneurs élevées en mycotoxines (DON), la pluie autour de la floraison ayant favorisé localement les champignons responsables de fusarioses. Des analyses sont en cours pour en connaître l'ampleur. « La situation paraît très hétérogène, seules certaines parcelles sont touchées », a-t-il précisé.
Progrès génétique
La belle récolte 2014 s'inscrit dans la tendance à la hausse des rendements du maïs. « Plante hybride qui bénéficie pleinement des progrès récents en matière d'agronomie et de biotechnologie, son amélioration variétale ne semble pas connaître de limites », écrit dans un ouvrage paru en septembre (1) Jean-Paul Renoux, conseiller technique à l'AGPM. L'auteur souligne la différence avec le blé, dont les rendements plafonnent. En maïs, ils gagnent 1,44 q/ha par an. « L'essentiel du progrès des rendements en maïs est apporté par le progrès génétique et il a été correctement transmis aux agriculteurs », peut-on lire.
Cette année, l'AGPM observe de hautes performances techniques, avec des moyennes d'exploitation de 140 à 150 voire 170 q/ha. « Chez les agriculteurs au top, des microparcelles approchent les 200 q/ha », a signalé en conférence de presse Jean-Paul Renoux.
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Des prix inférieurs aux coûts de production
Une conjoncture difficile assombrit le tableau. Elle l'est sur le plan économique. « Les volumes sont au rendez-vous mais peinent à couvrir les coûts de production », a déclaré le président de l'AGPM Christophe Terrain. Ces derniers atteignent 160 euros/t pour un prix de 120 à 140 euros/t payé au producteur, d'après l'AGPM. Résultats, « les problèmes de trésorerie sont déjà réels » chez les maïsiculteurs, a-t-il dit en évoquant la situation au sein de sa coopérative Vivadour.
D'autres inquiétudes concernent les facteurs de production : retraits de molécules, contraintes réglementaires et environnementales, gestion de la ressource en eau, énumère l'AGPM dans un communiqué le 19 novembre. Cela impose « un nouveau volontarisme et du courage politique de la part des pouvoirs publics », juge-t-elle.
Problème d'image
Les producteurs ont l'impression de subir des mesures discriminatoires, conséquences d'une image négative, comme l'écrit Jean-Paul Renoux. Exemple avec la limitation de la monoculture, dans le cadre du verdissement de la Pac. Le maïs est perçu comme « la plante emblématique de la civilisation américaine », explique-t-il (lire aussi l'encadré), « la plante impériale par excellence, la céréale du commerce international, de l'alimentation animale standardisée ». C'est « un prisme commode souvent utilisé pour simplifier des problèmes complexes, par exemple les conflits d'usage de l'eau, la biodiversité, les biotechnologies ».
L'AGPM cite le cas de Sivens. Un projet de retenue collinaire érigé en symbole pour l'avenir de la gestion de l'eau en agriculture. « Sivens ne vise pas à développer la production de maïs, a déclaré Céline Duroc, nouvelle directrice de l'AGPM. C'est une démarche de territoire, qui concerne une multiplicité de productions, de types d'agriculture. Le maïs est stigmatisé de manière systématique par rapport à l'irrigation. » Le taux global d'irrigation reste pourtant faible en France, à 5,7 % de la surface agricole utile, d'après Agreste. Mais le maïs est la plante la plus irriguée, avec environ 47 % du total. Un procès lui est fait de gaspiller la ressource en eau. A tort pour ses défenseurs : les surfaces en maïs irrigué ont baissé de 22 % en vingt ans, quand les rendements ont augmenté dans les mêmes proportions. « Le talon d'Achille du maïs réside peut-être dans les qualités qui font son succès : la productivité, la génétique, sa présence – visible ou non – dans de multiples agrosystème », considère Jean-Paul Renoux. (JCD)
(1) Le maïs, une plante pour l'intensification écologique (Ed. France Agricole)
Interstellar, le dernier film de science-fiction du britannique Christopher Nolan, sorti en salles le 5 novembre, projette le spectateur dans un futur proche, où le monde connaîtrait une grave crise alimentaire, et où la culture de maïs serait la dernière à pouvoir être pratiquée par les agriculteurs. Au début du film, le héros, un ancien pilote de la Nasa, reconverti dans l'agriculture à la suite de cette crise, se résout à brûler ses champs de blé, et projette d'arrêter la culture de gombo (Okra en Louisiane) l'année suivante. Ce sont avec le maïs, les dernières cultures à être utilisées sur terre par les agriculteurs. Pour l'anecdote, l'équipe de production a construit une ferme au Canada et fait pousser du maïs, spécialement pour le tournage, qui s'est déroulé durant le mois d'août 2013. « Nous avons obtenu une belle culture, et nous en avons même tiré de l'argent ! », s'amuse le réalisateur, dans une interview au Hollywood reporter, en octobre dernier.