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Récoltes Une dépendance accrue de l’Afrique du nord aux importations de céréales

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Une démographie exponentielle, couplée à des facteurs de hausse limités au niveau de la productivité agricole rendent l’Afrique du nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte) particulièrement dépendante aux importations de céréales, et donc sensible à la volatilité des prix. C’est le constat fait par le Ciheam (Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes) dans sa note d’alerte parue le 14 janvier et rédigée par Sébastien Abis, administrateur et analyste politique au Ciheam. Un élément qui, parmi d’autres, éclaire les récentes manifestations dans la région.

«L’accroissement de la population en Afrique du nord, parallèlement à une raréfaction des ressources, notamment hydriques, a toujours poussé les paysans du sud de la Méditerranée à faire preuve d’ingéniosité afin de s’adapter », a expliqué Sébastien Abis, administrateur et analyste politique au Ciheam, le 27 janvier lors d’un colloque organisé à Paris par InVivo. Il a d’ailleurs signalé que si la population urbaine d’Afrique du nord était croissante, les ruraux de la zone sont numériquement en forte hausse aussi. Cependant, ces paysans, parfois loin des centres urbains, n’ont pas accès aux marchés urbains tournés vers une économie globalisée. Ceci entraîne un sous-investissement dans ces agricultures, qui ne peuvent profiter des opportunités de marché au niveau national et donc n’accroissent plus, ou faiblement, leurs rendements.

Une consommation de blé en hausse année après année
Depuis 2004, l’Afrique du nord représente 2 à 3% de la production mondiale de blé avec de fortes disparités entre les pays. Si le Maroc ou l’Egypte produisent 50% des céréales qu’ils consomment, selon les années, le chiffre tombe à 10% pour l’Algérie ou la Libye. La zone a vu sa consommation de blé passer de 32,3Mt en 2004/2005 à plus de 40,1Mt sur 2010/2011, selon Sébastien Abis. Soit une hausse de 24% de la consommation de blé en Afrique du nord, contre une croissance mondiale de 9% des consommations, un différentiel de vitesse flagrant selon l’analyste du Ciheam. « Avec 6% de la consommation mondiale de blé, l’Afrique du nord consomme deux fois plus de blé qu’elle n’en produit sur les dernières années », a souligné Sébastien Abis. Ainsi, ces pays représentent une part moyenne annuelle de 16 à 19% du total mondial des importations de blé. Au total, l’Afrique du nord importait 16,4 millions de tonnes de blé en 2006/2007 et 22,3 millions de tonnes en 210/2011. Au passage, l’analyste souligne aussi la hausse des besoins de la zone en maïs en raison du développement de l’élevage de gros ruminant dans ces pays. L’Afrique du nord compterait ainsi pour 12% en moyenne des importations mondiales de maïs en raison des difficultés à produire cette culture sous irrigation dans ces régions.

Des réactions publiques peu coordonnées
« Cette année, les budgets publics nord-africains dédiés à l’amortissement des chocs de prix pour rendre accessible l’alimentation au plus grand nombre pourraient être à nouveau difficiles à gérer », a souligné Sébastien Abis en faisant référence à la crise de 2008. Selon lui, la répétition des épisodes inflationnistes pourrait se révéler très délicat à assumer pour les Etats. De plus, l’analyste indique que ce type d’épisode pourrait se renouveler dès 2011. Au niveau des pays les réactions divergent. L’Egypte, qui est le premier importateur mondial de blé autour des 10,3Mt sur 2009/2010, a expliqué par l’intermédiaire de son office public d’achat, le Gasc, que les 5 à 6Mt de blé importées par l’Etat seront toujours contractées sur le marché mondial, au plus offrant. En revanche, sur les 3 à 4Mt importées par le secteur privé, Saiffudin Abidali, responsable du groupe agroalimentaire égyptien Mufaddal, a déclaré lors du colloque d’InVivo qu’une stabilisation de l’approvisionnement par des partenariats privés de long terme n’était pas exclue. Du côté de l’Algérie, Noureddine Kehal, directeur de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et premier acheteur des blés français, a expliqué que son office, qui gére 95% du marché algérien du blé, a tissé de longue date des partenariats avec InVivo. De plus, il ne s’est pas déclaré hostile à la création de partenariats interétatiques de la part de l’Algérie, qui en a déjà noué un avec le Canada pour ses approvisionnements en blé dur. Au final, tous s’accordent sur la nécessité de produire plus en Europe, mais aussi dans les pays importateurs, afin d’apaiser les tensions actuelles et futures sur les marchés des grains.

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