Abonné

Explication Une envolée des céréales non prévue par les fabricants d’aliments

- - 5 min

Le prix de l’aliment du bétail est composé à 70% du coût des matières premières. Une matière première sera achetée par le fabricant d’aliment, en fonction des opportunités du marché, selon différents contrats qui constitueront l’ampleur de ses stocks. La moyenne de ces prix d’achats fera le prix final de cette matière première dans le prix de l’aliment. Si les fabricants d’aliments du bétail ont des techniques pour se couvrir contre des hausses de prix, la flambée de juillet n’avait pas été prévue.

Pour tous les professionnels de l’aliment du bétail, l’envolée du cours des céréales a été si rapide et si inattendue qu’aucun ne l’avait anticipée au niveau de ses stocks. Sans parler de la nécessité de rester compétitif par rapport à ses concurrents, la fixation du prix de l’aliment va dépendre de la politique d’achat des matières premières. Selon Michel Dochez de Coop de France, les fabricants d’aliments ont, dans l’ensemble, peu de stock « physique » qui leur aurait permis d’éviter les hausses de prix. Cela leur reviendrait trop cher. Les stocks existants représentent trois à quatre jours d’autonomie tout au plus. Les stocks de couverture correspondent à des contrats d’approvisionnement entre le fournisseur de matières premières et le fabricant d’aliment.

Appro assuré sur un à douze mois
L’approvisionnement est alors assuré à 100% sur une durée qui variera de un à douze mois selon le produit. « Le contrat dénommé six de mai, par exemple, correspond à six livraisons à partir du mois de mai », explique Michel Dochez. Ainsi, lorsque le prix de la matière première est particulièrement bas, acheter des stocks de couverture avec des livraisons sur un an et non sur un mois devient très intéressant. « Nous n’achetons jamais toutes les matières premières nécessaires à la fabrication de nos aliments sur une même durée d’approvisionnement car nous avons toujours à l’esprit que les prix pourraient baisser par la suite, continue Michel Dochez. Comme les prix peuvent évoluer dans les deux sens, étaler les risques reste une priorité. »

Des outils pour étaler les risques
Les marchés à terme ou les contrats d’achat avec option vont donc intervenir à ce niveau. Par exemple, dans le cas d’un contrat avec une option de 10€/t, si le fabricant d’aliment a acheté à une date t du blé à 200€/t devant être livré six mois plus tard, mais que, à l’époque de la livraison, le blé ait baissé de 50€/t, l’acheteur aura la possibilité de revendre à son fournisseur le blé au prix d’achat, soit 200€/t. Par contre, il devra payer la fameuse option, c’est-à-dire 10€/t. L’acheteur se retrouve donc avec une moindre perte, 10€/t au lieu 50€/t, et le vendeur récupère sa marchandise tout en ayant été indemnisé. Certains achats se font via des courtiers qui ont l’obligation de respecter l’anonymat du vendeur et de l’acheteur. « Ces courtiers sont souvent spécialisés dans une famille de matières premières ou sont parfois liés à une région particulière », ajoute Michel Dochez. Des « achats électroniques », par ordinateurs interposés, se développent aussi même s’ils restent pour le moment minoritaires. Les contrats de gré à gré entre fournisseurs et fabricants d’aliments persistent encore car dans certaines matières premières, le nombre de fournisseurs reste limité. Parmi tous ces contrats cités précédemment, des contrats types existent selon les matières premières, le pays d’origine, voire même le fournisseur. Ainsi, en France, le Syndicat de Paris établit et diffuse des contrats sous le nom de « formules Incograin », adaptés au commerce européen. Le syndicat français du commerce extérieur des céréales proposera des contrats connus sous le nom de Synacomex. En Grande-Bretagne, les contrats Gafta seront utilisés.

10€ d’écart de prix sur une journée
« Avant 2007, les variations du prix des matières premières étaient très modérées sur une journée, quelques dizaines de centimes d’euros maximum, constate Michel Dochez. Aujourd’hui, les prix peuvent varier d’une dizaine d’euros sur la journée. » Un écart de prix de 10€ sur un tonnage très important peut mettre en « forte difficulté » une fabrique d’aliment. Ces importantes variations journalières et le manque de lisibilité à long terme reste très « acheteurs. Pour Adolphe Thomas, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia), la politique d’approvisionnement des fabricants d’aliments se réfléchit aujourd’hui sur du court terme (quelques semaines) afin de limiter l’impact de l’envolée des cours. La répercussion de cette envolée est donc très rapide auprès des éleveurs, même si les fabricants d’aliments, de par leurs stocks de couverture, ont pu légèrement amortir la hausse.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.