L’étude publiée dans la revue Inra Sciences sociales d’octobre (voir Agra presse du 15 novembre), qui met en cause la légalité de l’agriculture raisonnée, a suscité de nombreuses réactions chez les défenseurs de l’agriculture raisonnée. Après Christiane Lambert, qui a pointé un travail « purement bibliographique », le ministère de l’Agriculture, le député Antoine Herth et même la présidente de l’Inra Marion Guillou ont unanimement apporté leur soutien à l’agriculture raisonnée. Reste à convaincre les principaux intéressés, les agriculteurs eux-mêmes, qui de l’aveu de Christiane Lambert, « ne se jettent pas ventre à terre » dans la démarche.
L’étude de l’Inra sur l’agriculture raisonnée (Voir Agra Presse du 15 novembre) a suscité de nombreuses réactions. Publiée dans la revue Inra Sciences Sociales d’octobre, l’étude relève la grande similitude entre le référentiel et la réglementation et doute de la validité d’un étiquetage spécifique. Isabelle Doussan, qui a réalisé l’étude, a ainsi écrit que la qualification AR « n’apparaît pas conforme au droit à l’information des consommateurs, ainsi qu’aux règles relatives à la loyauté de la concurrence ». Christiane Lambert, présidente de Farre, a tiré la première le 16 novembre au moment de la présentation de l’assemblée générale de Farre le 5 janvier prochain. D’après elle, la chercheuse « a fait son étude sans contacter qui que ce soit, pas même Antoine Herth, président de la Commission nationale de l’agriculture raisonnée, et a fait un travail purement bibliographique ».
Christiane Lambert dénonce « un postulat de départ erroné »
D’après elle, la chercheuse s’est fondée sur « un postulat de départ erroné », à savoir que l’agriculture raisonnée se contente de respecter la réglementation. « Sur les 98 points d’engagement, 43 concernent le respect de la réglementation, ce qui signifie que 55 points vont au delà », a-t-elle expliqué. Sollicité par la présidente de Farre, le ministère de l’Agriculture envoyait le lendemain une note à l’attention de Agra Presse, énonçant les différentes étapes qui ont conduit à l’élaboration de la démarche agriculture raisonnée. Rappelant que « les associations de consommateurs représentées au CSO (Conseil supérieur d’orientation) et à la Cnar (Commission nationale de l’agriculture raisonnée) se sont beaucoup impliquées dans ce dossier » et que « ce décret a par ailleurs reçu l’accord de la Commission européenne et la validation du Conseil d’Etat », la note conclut que « le temps n’est plus à la polémique mais à la mobilisation pour le développement de l’agriculture raisonnée dans l’intérêt de notre agriculture et de l’environnement ».
« La forme moderne de développement agricole » pour Pierre Eric Rosenberg
Pierre-Eric Rosenberg, président de la section agrément des organismes certificateurs de la Cnar et par ailleurs directeur du conseil général du Gref au ministère de l’Agriculture, s’est voulu plus précis. Selon lui, « la qualification agriculture raisonnée ne peut pas être considérée comme un segment de marché car elle a vocation à créer un effet de masse sans lequel il n’y aurait pas d’effet durable ». Estimant « indispensable» le rappel à la réglementation, il justifie la relative modestie des contraintes par la nécessité à « s’adresser très vite à une grande majorité ». D’après lui, « l’agriculture raisonnée entrera vite dans une logique d’accès au marché ». Pour ce haut fonctionnaire, « l ’agriculture raisonnée est la forme moderne du développement agricole ».
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Antoine Herth évoque les radars automatiques
Antoine Herth, président de la Commission nationale de l’agriculture raisonnée (Cnar), file quant à lui la métaphore pour répondre aux détracteurs. « Une des critiques qu’on nous oppose souvent c’est de dire que l’agriculture raisonnée n’apporte pas grand chose de plus par rapport à la réglementation. Je réponds que c’est comme le code de la route : tout le monde dit qu’il le respecte – ou presque –, mais depuis qu’on a mis des radars automatiques, on constate un rapprochement des conducteurs par rapport à cette réglementation. C’est la même chose pour l’agriculture raisonnée ». S’exprimant le 18 novembre lors des « Journées de la fertilisation » organisées par l’Unifa à Versailles, Antoine Herth ajoute qu’en s’engageant à respecter le référentiel de l’agriculture raisonnée, les agriculteurs se soumettent à des contrôles inopinés, et que ce sont ces contrôles qui permettront d’obtenir des effets sur le terrain.
Pour Marion Guillou, « cet article reflète une recherche en cours »
Restait la réaction de l’Inra, qui s’est exprimée par la plume de sa p.-d.g., Marion Guillou. Commentant le travail d’Isabelle Doussan, elle estime que « cet article scientifique résulte de travaux de recherche. Les chercheurs ont l’habitude de soumettre leurs résultats à la controverse et au débat scientifique, c’est comme cela que la recherche avance. Cet article reflète donc une recherche en cours et non la position officielle de l’Inra. Bien évidemment, l’Inra soutient la démarche de construction d’une agriculture raisonnée et nombre de ses chercheurs travaillent dans le sens d’une production agricole durable, ce qui est au cœur de ses missions ». Les réactions sont donc unanimes pour présenter l’agriculture raisonnée comme un processus inéluctable. Reste à convaincre les principaux intéressés, les agriculteurs eux-mêmes. Christiane Lambert le reconnaissait elle-même. « On ne peut pas dire que les agriculteurs s’y jettent ventre à terre » . Estimant que « le contexte économique ne pousse pas les agriculteurs à réfléchir à moyen et long terme », elle remarquait que « il reste beaucoup de gens à convaincre ». Au jour où elle s’exprimait, le 16 novembre, 458 exploitations étaient qualifiées.