L’industrie laitière européenne se dit encouragée par les conclusions d’une étude parlementaire qui recommande que toute restriction légale des acides gras trans (AGT) dans les aliments, associés à l’augmentation des maladies cardiaques, soit limitée aux acides gras trans industriels (provenant d’huiles végétales partiellement hydrogénées) et non pas aux acides présents naturellement dans les produits laitiers et les viandes. Elle se dit par ailleurs opposée à tout étiquetage nutritionnel des acides gras trans naturels.
Selon un rapport demandé par le Parlement européen à la Nordic School of Public Health « Les acides gras trans et la santé: rapport sur les risques pour la santé et la législation existante ». Etude de 2006, commandée par la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du PE., il existe beaucoup de preuves scientifiques qui associent l’ingestion des AGT avec des maladies, notamment cardiovasculaires. Le rapport souligne, néanmoins, qu’étant donné que ces AGT se retrouvent naturellement dans les produits laitiers et les viandes rouges, « il serait ni possible ni souhaitable de les exclure complètement de l’alimentation. En tant que tels, les restrictions doivent être limitées à la production industrielle des AGT ». L’étude recommande que le niveau maximal de 2% d’AGT dans tous les ingrédients destinés à la consommation humaine soient pris en compte. Ce niveau est suffisamment élevé pour permettre la présence naturelle d’AGT dans les produits alimentaires. Une telle approche conduirait à un niveau moyen de 1% d’AGT dans le produit alimentaire final, une dose plus ou moins conforme aux recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), souligne l’étude. Si elle reconnaît que des initiatives volontaires dans certains Etats membres ont permis de réduire la présence d’AGT, il n’en reste pas moins que les niveaux d’AGT industriels demeurent élevés dans certains types de produits alimentaires destinés notamment aux couches de la population les plus économiquement faibles. Surtout quand on sait que les aliments exempts d’AGT industriels sont vendus plus chers. L’étude recommande donc que la Commission puisse considérer l’interdiction des AGT industriels au niveau de toute l’UE.
Non à l’étiquetage des AGT naturels
European Dairy Association (EDA), le lobby de l’industrie, se félicite que l’étude parlementaire confirme la nécessité de faire la différence entre AGT naturels et AGT industriels. Elle souligne que dans le contexte du débat actuel sur l’étiquetage, les AGT naturels présents dans les produits laitiers ne doivent pas être considérés pour l’étiquetage nutritionnel. Joop Kleibeuker, le secrétaire général d’EDA, avertit que si l’on devait étiqueter les AGT naturels « cela pourrait induire en erreur et inquiéter inutilement les consommateur ». Pire : « Cela pourrait même entraîner une baisse de la consommation de produits laitiers, une baisse qui à son tour, pourrait avoir un effet préjudiciable sur la santé publique en raison de la réduction automatique de l’absorption de nutriments essentiels ». EDA soutient donc la position de la Commission d’après laquelle l’étiquetage des AGT est optionnel sauf quand il y a une allégation sur ces ingrédients. « C’est la seule situation dans laquelle l’étiquetage des AGT deviendrait obligatoire », dit EDA.
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Bruxelles favorable aux reformulations volontaires
Interrogés par Agra alimentation, les services de la commissaire à la santé et à la protection des consommateurs, Androula Vassiliou, ont indiqué qu’ils ont pris note des faits et chiffres de l’étude parlementaire sur les AGT. Ils ont toutefois tenu à souligner que dans cette étude « d’importants faits et chiffres faisaient défaut comme par exemple les expériences positives de reformulations volontaires des produits menées dans des pays comme la Norvège, ou encore la question de la substitution des acides gras trans par des matières grasses ainsi que celle de la faisabilité de leur substitution au niveau d’un marché de 500 millions de consommateurs ». Nina Haravgi-Papadoulaki, la porte-parole, nous a précisé que la Commission est convaincue qu’il y a aujourd’hui « des indications claires que les doses d’AGT ont diminué en raison des reformulations volontaires des produits dans l’UE » et qu’une restriction légale des AGT serait « une mesure disproportionnée au niveau de toute l’UE ». Elle rappelle au passage qu’au Danemark l’utilisation des AGT est seulement « limitée et non pas interdite ». La Commission se dit disposée à poursuivre ses efforts pour travailler avec l’industrie afin de réduire davantage les niveaux d’AGT dans les aliments et ceci notamment par le biais des reformulations volontaires.
(2) En 2003, le Danemark a instauré une législation qui interdit l’utilisation dans les aliments des graisses et des huiles contenant plus de 2 % d’AGT produits industriellement. La même année, deux sociétés danoises ont introduit un recours devant la Commission européenne, affirmant que la législation danoise allait à l’encontre des règles européennes sur la libre circulation des biens. Ce cas n’a pas encore été réglé.