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Prospective Une étude européenne stigmatise la « tolérance zéro » contre les OGM

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La réticence à autoriser des OGM en Europe risque de rompre le fragile équilibre du commerce mondial qui permet à l’Union européenne de nourrir d’immenses élevages de volailles ou de porcs à partir d’aliments en provenance d’Argentine, du Brésil ou des Etats-Unis, s’inquiète la Commission de Bruxelles. Dans une étude interne, les services européens mettent au banc des accusés « la politique de tolérance zéro » menée par l’UE en cas de présence d’OGM non autorisés dans des denrées alimentaires ou des aliments pour animaux importés.

Selon les études, aux airs de scénario catastrophe, réalisées par les services de la Commission de Bruxelles, faute d’un changement d’attitude de l’Europe vis-à-vis des OGM, il y a de « fortes chances » pour que celle-ci soit rapidement contrainte d’instaurer un embargo sur les importations d’aliments pour animaux en provenance de ses principaux fournisseurs. Ces derniers sont en effet de moins en moins enclins à attendre que les procédures d’autorisation menées par la Communauté arrivent à leur terme avant d’adopter les nouveaux OGM mis sur le marché par les semenciers. D’autant plus que l’arrivée de la Chine en tant qu’acheteur offre aux fabricants d’aliments composés la possibilité d’être un peu moins dépendants du débouché européen, préviennent les experts. Il y a fort à parier que ces transgéniques se retrouveront d’une façon ou d’une autre dans les cargaisons acheminées vers le Vieux Continent.

Pas d’alternative aux importations de soja

Le risque le plus sérieux concerne les tourteaux de soja pour lesquels l’Europe n’a pratiquement pas d’alternative aux importations. Des solutions de replis pourraient être trouvées pour seulement 10 à 20 % des volumes achetés à des pays tiers. Résultat, s’il devait durer ne serait-ce que deux ans, un moratoire serait dévastateur pour les industries avicoles et porcines de la Communauté qui mettraient plusieurs années à s’en remettre.

Le scénario le plus alarmiste – c’est à dire un embargo frappant en même temps les aliments composés en provenance des Etats-Unis, d’Argentine et du Brésil – provoquerait un effondrement de la production porcine de 29 % en 2009 et de 34 % l’année suivante et celle de volaille de 29% en 2009 et 44 % en 2010. Dans le même temps, les importations de viande de porc et de volaille exploseraient respectivement de 637 % et de 92,5 % en 2009. La production de viande bovine serait épargnée.

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Instaurer un seuil de contamination

Il y a donc un « besoin urgent », préviennent les services européens, de prendre les mesures nécessaires pour ne pas en arriver là. Le rapport suggère deux pistes différentes. Soit accélérer les procédures d’autorisation des OGM au sein de l’UE, soit se montrer moins regardant en cas de contamination par un OGM non autorisé (instaurer par exemple un seuil de tolérance tel qu’il existe déjà pour la contamination des denrées alimentaires conventionnelles par des OGM autorisés).

Toutefois, pour qu’un seuil de contamination soit « utile », selon un expert européen, il faudrait qu’il soit compris dans une fourchette de 1 à 5 %. Un seuil politiquement impensable pour le moment, étant donné la complexité des procédures de codécision entre le Parlement européen et les Etats membres et l’état du rapport de force entre partisans et opposants des transgéniques. « Pour le moment, indique-t-il, pas mal d’Etats membres s’en tiennent à une politique de tolérance zéro ».

Accélérer les procédures d’autorisation

L’autre piste, celle d’une accélération des procédures d’autorisation paraît plus aisée dans l’immédiat. Il s’agit pour l’Europe de suivre le rythme imprimé par les Etats-Unis pour la mise sur le marché des nouvelles semences. De façon implicite, les services européens mettent en cause la lourdeur des procédures d’évaluation au sein de l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments. Les grands pays producteurs d’aliments composés s’apprêtent à cultiver le premier soja OGM non autorisé par l’UE, le « Roundup ready 2 » de Monsanto, relèvent-ils. Pourtant, l’évaluation entamée par l’EFSA en novembre 2006 traîne en longueur, déplorent-ils. Celle-ci pourrait durer encore « plusieurs années ».