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Orges de brasserie Une filière qui doit s’organiser

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La mauvaise récolte 2007, les prix volatiles, et la désaffection des agriculteurs pour les formes de contractualisation classiques inquiètent la filière orge de brasserie. La France reste très bien placée sur le marché mondial de l’orge et du malt. Mais pour rester compétitive, la filière doit parvenir à s’organiser.

«Dans un marché libre et mondial, la France dispose des infrastructures et de l’expertise des différents acteurs de la filière orge-malt-bière, ce qui la place parmi les leaders », a indiqué Philippe Lehrmann, du groupe Boortmalt, le 31 janvier, lors du colloque organisé par Arvalis sur les orges brassicoles à Châlons-en-Champagne. Le malt hexagonal constitue 15 % de la production et 30 % des exportations de l’Union, qui compte elle-même parmi les principaux acteurs mondiaux du secteur. En France, « les conditions climatiques et logistiques permettent de sécuriser des approvisionnements fiables », a expliqué Philippe Lehrmann. « C’est un joyau qu’il convient de préserver », a-t-il ajouté. Car si le leadership de la France sur les productions d’orge et de malt est encore incontestable, la filière craint qu’il ne se fragilise.

La contractualisation mise à mal

Faute de conditions agro-climatiques favorables, la campagne de production 2006/2007 n’a pas donné les résultats escomptés, tant en termes de volume que de qualité. Les prix ont flambé. De 200 euros en début de campagne, ils ont dépassé les 320 euros/tonne à l’automne. Et ils ont déstabilisé un équilibre fragile. Incapables d’honorer l’intégralité de leurs contrats, les agriculteurs se sont vus facturer des sommes jugées astronomiques par leurs OS, qui ont dû racheter en urgence de l’orge au prix de marché afin de satisfaire leurs contrats avec l’aval. L’affaire n’est pas passée. « Je n’y reviendrai pas avant une bonne dizaine d’années ! », racontait un agriculteur en marge du colloque. Cette logique de contractualisation qui sous-tendait bon an mal an la filière n’est plus de mise aujourd’hui. La volatilité a gagné le secteur. Et il va falloir faire avec : désormais, « c’est gravé dans le marbre », a résumé Daniel Huvet, directeur de Malteurop. Ce qui oblige à des réajustements. « Il faut mettre en adéquation une offre de prix compétitive pour nos adhérents et une garantie de marge pour la coopérative », a expliqué Romain Chiron, chez Champagne céréales. Autement dit, les méthodes de commercialisation actuelles sont à revoir. Objectif : faire face à la mutation du marché.

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Des contrats « à prime »

Une des solutions consisterait pour les OS à utiliser le marché à terme de l’orge de brasserie, l’E-Bot. Sauf que celui-ci ne fonctionne pas. « Le handicap du E-Bot est de ne pas être assez liquide », a expliqué Patrick Pariat, directeur adjoint de Soufflet agriculture. Désavantage supplémentaire, ce marché qui n’est pas géré par Euronext ne dispose pas d’une chambre de compensation suffisamment solide pour garantir les transactions. Pour Patrick Pariat comme pour Romain Chiron, une solution existe : la mise en place de « contrats à prime », déjà très utilisés en colza. Dans ce type de contrat, chaque partie fixe son prix sur le marché à terme, indépendamment de l’autre. L’engagement pris entre le malteur et l’OS porte finalement avant tout sur les conditions de livraison du physique. Le système permettrait à chaque maillon de gérer la volatilité des prix. A condition que le marché à terme soit suffisamment liquide pour que la contrepartie d’une transaction soit trouvée sans difficulté. L’idée semble faire son chemin. Il faudra de toute façon du temps avant qu’elle ne devienne effective.