Le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) vient de publier la recommandation nationale pour le prix du lait payé aux producteurs au deuxième trimestre. Une hausse de 63,8 euros/1000 litres est préconisée alors que les indicateurs de tendance indiquent une évolution de 90,8 euros/1000 litres. L’ajustement de 27 euros sera répercuté au quatrième trimestre indique l’interprofession. La Confédération paysanne demande dans une lettre ouverte au Premier ministre, le 24 avril, la tenue d’une table ronde pour discuter de la réalité des prix et des marges.
«Comme on pouvait le craindre, les indicateurs confirment une poursuite de la hausse du prix du lait estimée à plus de 25% par rapport au même trimestre de l’année précédente » précise Atla (transformation laitière) dans un communiqué. « Le lait, matière première, constituant essentiel de l’ensemble des produits laitiers, représente entre 50 et 90 % de leur coût de revient (ultra-frais, fromages, beurre, crème, lait de consommation) » poursuit le communiqué. L’industrie laitière estime, sur l’année, à près de 1,5 milliard d’euros l’impact de cette augmentation dans ses prix de revient. « Cette situation, corroborée sur l’ensemble des marchés européens et mondiaux, est sans précédent. Elle devra nécessairement être prise en compte par l’ensemble des acteurs » concluent les transformateurs.
Collusion
Du côté des producteurs, la Confédération paysanne de Bretagne a réagi. Le syndicat accuse la fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), membre de l’interprofession, de « collusion » avec les transformateurs. Selon elle, l’augmentation du prix du lait décidée en réunion interprofessionnelle du Cniel, le 17 avril, aurait dû être de 90,4 euros pour 1 000 litres pour le deuxième trimestre 2008, alors que l’accord prévoit une hausse étalée dans le temps de 63,8 euros sur le second trimestre, et le solde (27 euros) à verser au 4e trimestre. Le syndicat « pour une agriculture paysanne » s’étonne de la position de la FNPL qui accepte un décalage de paiement alors que l’an dernier, « elle n’a pas demandé une anticipation (…) » pour traduire sur la fiche de paie des producteurs la montée des cours dont bénéficiaient les transformateurs. C’est un argument supplémentaire, aux yeux de la Confédération paysanne pour réclamer « le pluralisme syndical (qui) permettrait (…) un autre rapport de force sur la fixation du prix du lait payé aux producteurs ». Dans une lettre ouverte, le 24 avril, la Confédération paysanne demande au Premier Ministre d’organiser, dans les plus brefs délais, une table ronde avec l’ensemble des acteurs de la filière, dont les syndicats agricoles et la distribution, pour discuter des prix et établir la vérité dans la communication sur la répartition des marges.
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Réfléchir à un nouvel accord sur le prix du lait
Accusée de « collusion » avec les transformateurs par la Confédération Paysanne de Bretagne, la FNPL se défend par la voix d’un de ses vice-présidents, le Breton Marcel Denieul, éleveur en Ille-et-Vilaine. « Il n’est pas cohérent, dit-il, de mieux rémunérer le lait uniquement au printemps alors que les produits laitiers doivent être disponibles toute l’année. Le risque, c’est de concentrer la production sur une période de l’année. (…) Il serait aberrant d’avoir trop de lait au printemps et d’en manquer pendant l’été. C’est de la maîtrise de production. »Même analyse pour Bertrand Posté, délégué de l’industrie laitière privée (FNIL) de Bretagne Pays de la Loire et Basse-Normandie : étaler la hausse sur deux trimestres va « encourager la régularité des apports », dit-il. Lui va plus loin. Le décalage de quelques mois entre la valeur du marché des produits laitiers et le prix payé aux producteurs pose problème. « Sans stocks ni mécanismes d’intervention, nous risquons demain d’avoir demain une plus grande volatilité des prix des produits laitiers ». Pour lui, le moment est venu de réfléchir à un nouvel accord de fixation du prix. « L‘idée fait son chemin».