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Produits laitiers Une hausse des cours depuis janvier qui se confirme

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De façon inattendue, les cours des produits laitiers se redressent depuis le début de l'année. Benoît Rouyer, économiste au Cniel, résume la situation et parle d'« un effet d'emballement que l'on n'imaginait pas aussi fort il y a seulement quelques semaines ».

Le prix du lait monte depuis janvier 2015, après une chute importante au deuxième trimestre 2014. « On est en train de vivre un revirement un peu brutal, du fait d'une réduction de l'offre », s'exclame sur le sujet Benoît Rouyer, économiste au Cniel. Les conditions climatiques « plutôt mauvaises dans le Sud », comme en Nouvelle-Zélande ou en Australie, sont l'une des explications de ce changement des cours. « Les producteurs vont devoir taper dans leurs ressources fourragères », estime Benoît Rouyer avec un rebond de la production plus tardif. En Europe, des pays comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou l'Irlande montrent « une plus faible agressivité commerciale du fait de la menace de pénalités pour dépassement de quota », observe Benoît Rouyer. « Huit pays sont en situation de dépassement avec une pénalité de 409 millions d'euros aujourd'hui. Si cela ne les effrayait pas de produire au printemps 2014 du fait du prix du lait élevé, avec la baisse des cours, ils ont freiné fortement sur les six derniers mois de campagne (-2 à 3%) », continue-t-il. Si tel n'avait pas été le cas, la pénalité aurait été de plus d'un milliard d'euros, selon lui.

Une baisse de la collecte en Europe

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Benoît Rouyer rappelle, par contre, que si ces exploitants ont « débranché » leur système de production pour un temps (pas de décapitalisation du troupeau), ils peuvent le rebrancher rapidement avec la fin des quotas. Une analyse partagée par Mélanie Richard-Lenfant, chef de projet conjoncture laitière, à l'Institut de l'élevage : « Des indicateurs montrent effectivement un ralentissement de la collecte. La question est de savoir si cela va permettre d'épurer les stocks et de rééquilibrer le marché ou pas. » La collecte en France a baissé d'environ 3% en janvier 2015, d'après les premières estimations fondées sur les chiffres de FranceAgriMer. « Avec un décalage sur le prix du lait de trois mois, cela va amener une situation confortable jusqu'au 2e trimestre 2015. Il ne faut pas bouder son plaisir ! », constate Benoît Rouyer. Le retour de la Chine est également attendu sur le marché mondial. Au premier semestre 2014, elle avait effectivement fortement soutenu les marchés en multipliant par deux ses achats par rapport à l'an passé. Ce renversement des cours arrive au bon moment dans les négociations commerciales entre industriels et grande distribution, qui doivent se clore fin février. Pour l'heure, elles sont bloquées, selon certains acteurs de la filière. « La constitution de centrales d'achat communes n'aide pas. Quatre clients, cela fait peu ! », souligne l'un d'entre eux.